The Deal of the Century : le plan de Trump pour rayer la Palestine de la carte

Le président américain, Donald Trump, a préparé un plan ambitieux pour, selon ses dires, conclure la paix entre Israël et la Palestine. Pour ce faire, il n’annonça rien de moins que « le deal du siècle », un plan à grande échelle dont les grandes lignes sont devenues évidentes ces dernières semaines. Le plan rentre clairement dans sa vision géopolitique pour redessiner les rapports de pouvoir dans le monde dans l’intérêt des Etats-Unis. Faire en sorte que les Palestiniens renoncent définitivement à leurs droits semble être l’objectif de Trump.

Paix en vue en Palestine ?

Trump veut nous faire croire qu’il détient le remède miracle pour la paix au Moyen-Orient. A Washington, on appelle souvent ce plan « The Trump Peace Plan » (Le Plan de la Paix de Trump) en référence au rendez-vous que Trump pense avoir avec l’Histoire. Atteindre la paix en Palestine serait effectivement une prouesse de haut-niveau. La conquête de la Palestine a commencé en 1948 quand des milices sionistes soutenues par l’Occident chassèrent une grande partie des Palestiniens de leurs terres pour fonder « l’Etat juif » d’Israël. Depuis 71 ans, des millions de Palestiniens vivent dans des camps de réfugiés. C’est la plus longue crise de réfugiés de l’Histoire. Depuis 1967, l’armée israélienne occupe également les territoires palestiniens restants à Gaza, Jérusalem-Est et en Cisjordanie. C’est lors de cette même année que l’on vit naître l’alliance extrêmement étroite entre Israël et les Etats-Unis. Depuis lors, plusieurs présidents américains ont essayé de faire associer leurs noms à un accord de paix pour le Moyen-Orient. Le dernier grand accord entre Israël et la Palestine fut conclut en 1993 à Oslo sous les ailes de Bill Clinton, mais Israël a tout simplement continué l’occupation et la colonisation de la Palestine.

La situation des Palestiniens n’a fait que se dégrader depuis les accords d’Oslo et rien n’indique à ce jour qu’Israël va changer de direction. L’agenda de l’actuel premier ministre de droite Benjamin Netanyahu est irréconciliable avec les exigences de base des Palestiniens. Netanyahu rêve d’entrer dans l’Histoire comme l’homme qui a réalisé l’idéal sioniste du Grand Israël. En revanche, les Palestiniens, eux, exigent au moins la fin de l’occupation de Gaza, de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie par l’armée israélienne et la création d’un véritable état palestinien, mais également la destruction des colonies israéliennes illégales qui se trouvent en territoire palestinien, le retour de millions de réfugiés palestiniens sur leur terre d’origine et les mêmes droits pour les Juifs comme pour les Palestiniens en Israël. En ce qui concerne toutes ces demandes, Netanyahu ne veut que le contraire. Il est un fervent opposant à la création d’un état palestinien, a fait mettre par écrit la discrimination des non-Juifs dans la fameuse loi d’Apartheid et a annoncé, à la veille des élections parlementaires d’avril 2019 qu’il comptait annexer toutes les colonies illégales à Israël, ce qui revient à l’absorption presque totale des territoires encore palestiniens.

Trump prétend désormais que, malgré ces contradictions exacerbées, il serait capable de conclure un accord de paix entre Israël et la Palestine qui serait tout aussi juste et attirant pour les deux parties. La question lui tient visiblement très à cœur. Son beau-fils, Jared Kushner, reçut, en 2017 déjà, la tâche d’élaborer ce plan. Le chef des négociations est Jason Greenblatt, l’ancien vice-président exécutif du groupe immobilier appartenant à Trump. Il ne s’agit ici clairement pas d’un simple dossier diplomatique aux yeux de Trump, mais plutôt d’une priorité pour la réalisation de son idéologie « America First ».

Contenu du Deal

Le « deal du siècle » comporte deux parties ; l’une économique, l’autre politique. La partie économique fut présentée par Kushner et Greenblatt le 22 juin 2019 lors d’une conférence spéciale à Manama, la capitale de l’Etat du Golfe de Bahreïn. A première vue cette partie économique du plan contient de nombreux points positifs pour les Palestiniens. Trump promet 50 milliards de dollars d’investissements dans l’économie et les infrastructures palestiniennes sur une période de 10 ans. Cet argent serait censé venir d’alliés des Américains dans le Golfe persique comme l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Jusqu’à présent, aucune date n’a été annoncée pour la divulgation de la partie politique du plan. Sa publication a déjà été retardée à de si nombreuses reprises que le secrétaire général de l’Organisation de Libération de la Palestine (PLO), Saeb Erekat, parle de « deal of the next century ». Selon le Financial Times, il n’aurait même jamais été question de rendre la partie politique du plan publique, si du moins cette partie existe sur papier. Le gouvernement Trump s’est d’ores et déjà positionné sur plusieurs questions politiques en Israël et en Palestine. Ces prises de position donnent une idée assez claire de l’aspect politique que contiendrait le plan.

Malgré la promesse d’investissements, les Palestiniens craignent que le plan de Trump signifie la fin de leurs aspirations pour retrouver leurs terres et leur liberté. Il y a en effet plusieurs indications qui justifient cette crainte.

1. Un plan ‘équitable’ sur mesure pour Netanyahu ?

Trump, Kushner et Greenblatt prétendent qu’ils envisagent les intérêts d’Israël et celui du peuple palestinien de la même façon et que leur plan est juste pour les deux parties. Tout tend à prouver le contraire. Le « Deal of the Century » ne mentionne pas la solution à deux états, contrairement à ce à quoi la diplomatie américaine nous a habitués. Kushner et Greenblatt ont reconnu que ceci était volontaire. Vu les rapports de force actuels, cela joue plutôt en faveur du gouvernement israélien. Jason Greenblatt a également reconnu que la divulgation de la partie politique du plan fut reportée à cause des résultats des élections en Israël en avril. Netanyahu n’a pas obtenu assez de sièges pour une majorité suffisamment confortable et a donc prévu de nouvelles élections en septembre 2019. Greenblatt prétend désormais que la partie politique du plan sera présentée aux alentours de cette période. Le fait que le timing de cet accord de paix soi-disant équitable dépende de la carrière politique de Netanyahu, est pour le moins suspect.

Le fait que l’équipe de Trump reprenne les demandes de Netanyahu ne devrait pas surprendre. Trump et Netanyahu sont en effet étroitement liés et vont même jusqu’à se considérer comme des amis. « Je peux l’appeler Bibi » a dit Trump au sujet de Netanyahu lors de leur première rencontre officielle en tant que président et premier ministre. La belle-famille de Trump a joué un rôle là-dedans. Les Kushners et les Netanyahus sont très proches depuis de nombreuses années. Le père de Jared, Charles Kushner, riche homme d’affaires et fervent donateur pour des organisations sionistes et pro-israéliennes qui fait partie du cercle intime de Netanyahu depuis 1999. Lors d’une des visites de Netanyahu à la villa Kushner, Jared le laissa même dormir dans son lit. En 2016, Charles Kushner organisa déjà une rencontre entre lui-même, son fils Jared, Trump et Netanyahu.

Le fait que Trump et Netanyahu s’entendent si bien n’est bien évidemment pas uniquement dû à des liens familiaux. Le parti d’extrême droite de Netanyahu, le Likoud, est le pendant israélien de la trajectoire que Trump souhaite suivre avec son Parti républicain : économie néo-libérale, éthique conservatrice, obsession de la sécurité et de l’autorité, nationaliste et même raciste. Leur parenté politique ne pouvait pas être plus étroite. Le fait que la vision de Trump sur la question palestinienne serait fort similaire à celle de Netanyahu était donc inscrit dans le marbre. Trump annonçait clairement la couleur bien avant le fameux « Deal of the Century », entre autres en déplaçant l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ce qui revient à soutenir ouvertement Israël dans son objectif de conquête de la capitale palestinienne. Trump a également reconnu la capture israélienne du Plateau du Golan syrien, dont Netanyahu renomma une partie des terres « Trump Heights ».

2. ‘Money for peace’ au lieu de ‘Land for peace’ ?

En réaction au déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, les autorités palestiniennes (AP) rompirent leurs contacts diplomatiques avec les Etats-Unis. Trump, de son côté, réagit en annulant l’aide financière des Etats-Unis aux AP ainsi qu’en virant la délégation du PLO à Washington. Le moins que l’on puisse dire c’est que les relations entre le gouvernement Trump et les représentants palestiniens ne se passent pas très bien. Etant donné que Trump ne peut pas cacher qu’il soutient les plans de Netanyahu pour continuer à annexer les terres palestiniennes à Israël, les Palestiniens boycottent à présent les négociations officielles du « Deal of the Century ». Pourtant, le gouvernement américain va devoir leur proposer quelque chose, car sans aucune collaboration des AP, Trump ne pourra certainement pas faire passer ce plan comme une « solution équitable » et un « accord de paix historique ».

C’est à ça que sert la partie économique du plan : à convaincre les autorités palestiniennes qui sont déjà à bout à cause des nombreux coups sous la ceinture. La brochure longue de 40 pages, « Peace for Prosperity », qui a été présentée au Bahreïn, contient au total 50 milliards de dollars en promesses d’investissements dans l’économie et l’infrastructure palestinienne. Human Rights Watch a immédiatement descendu le plan. La brochure tait non seulement les nombreuses atteintes aux droits de l’homme, mais passe également sous silence l’occupation de la Cisjordanie et le siège de Gaza qui déterminent toute la vie économique dans les territoires palestiniens. Selon des estimations, le contrôle militaire de la Cisjordanie coûterait environ 3,4 milliards de dollars par an à l’économie palestinienne. Le plan ne prend pas cela en considération. Pourquoi construire un corridor extrêmement coûteux entre la Cisjordanie et Gaza alors que l’armée israélienne interdit aux habitants de Gaza de voyager ? Qu’est-ce que c’est hypocrite de parler de ‘protection des droits de propriété’, alors qu’on ne dit pas un mot au sujet de l’expropriation illégale de terres palestiniennes dans le but de construire des colonies israéliennes !

La logique du plan de Trump est parfois décrite comme « Money for Peace », en référence à l’adage « Land for Peace » que le président américain Jimmy Carter a introduit dans les négociations israélo-palestiniennes. En d’autres termes, Trump veut acheter l’élite palestinienne avec son plan économique pour que ceux-ci acceptent également la partie politique.

‘It always looked like a smokescreen to mask the burial of the two-state solution (…) and greenlight the Israeli annexation of most of the West Bank’, écrit le Financial Times. ‘If a plan exists, it is essentially to tick off the irredentist Israeli right’s wishlist, and then present the Palestinians with terms of surrender — sweetened, in the Kushner view, by Gulf petrodollars.’ Netanyahu se prépare depuis des années à l’annexion en construisant plus de cent colonies israéliennes en territoire palestinien. En 2016, les Nations Unies confirmaient que les colonies étaient une ‘violation flagrante’ du droit international. Le gouvernement Trump n’y voit pourtant aucun inconvénient. Pire encore, dans une interview cette semaine, Jason Greenblatt a dit : ‘Je n’aime pas le mot colonie. Je trouve que c’est un terme tellement péjoratif. Je préfère utiliser les termes quartiers et villes. ‘

3. Un plan pour faire disparaître la moitié de la Palestine ?

L’annexion de la Cisjordanie est la prochaine étape sur le chemin de l’idéal sioniste d’un Grand Israël qui couvrirait au moins l’entièreté du territoire palestinien. Mais le sionisme n’est pas seulement une idéologie expansionniste, il prêche également une interprétation raciste d’Israël comme ‘Etat juif’ ethniquement pur. Si un jour Israël devait annexer la Cisjordanie, 3 millions d’habitants arabes deviendraient israéliens (en ce moment, 6 millions de Juifs et presque 2 millions d’Arabes vivent en Israël). Pour éviter un état binational juif-arabe, Netanyahu prit les devants en faisant voter, en juillet 2018, la tristement célèbre loi nationale juive. Cette loi fondamentale (qui, plus tard, devra servir de base pour la future constitution israélienne) stipule que ‘le peuple juif’ bénéficie de la souveraineté exclusive et du droit à l’autodétermination en Israël. D’autres groupes ethniques comme les Arabes chrétiens ou musulmans sont dégradés en citoyens de second rang. La loi supprime l’arabe comme langue officielle d’Israël. La loi mentionne explicitement que les colonies illégales ont ‘une valeur nationale’ et encourage leur construction. Pour toutes ces raisons, cette loi est appelée la loi Apartheid. Pour Israël, ce n’est pas sans risque de mettre la discrimination contre les non-juifs dans la loi, étant donné que l’Apartheid est considéré comme le deuxième plus grand crime par le droit international après le génocide. Mais la soif de conquête de Netanyahu ne lui laissa pas d’autre choix. Et il sait que les institutions israéliennes ne l’ennuieront pas, tant que Donald Trump occupe le poste le plus puissant du monde.

Il existe néanmoins une plus grand ‘menace démographique’ pour le rêve de Netanyahu d’un Grand Israël ethniquement pur que les 3 millions d’habitants palestiniens de la Cisjordanie. Il s’agit des 5 millions de réfugiés palestiniens qui vivent dans des camps en Israël, sur les territoires palestiniens et dans des pays voisins comme la Jordanie et le Liban. Ceux-ci sont suspendus au-dessus de la tête des partis sionistes en Israël depuis 1948 comme une épée de Damoclès. D’après la résolution 194 des Nations Unies, ces réfugiés ont le droit de retourner à leur lieu de résidence d’origine. Le droit de retour fut confirmé plusieurs fois par les Nations Unies. Mais c’est évidemment inacceptable pour les partis sionistes en Israël, car leur retour signifierait que les Juifs deviendraient une minorité démographique en Israël. Netanyahu sortit donc de sa manche que seules les personnes qui furent expulsées en 1948 ont le droit au statut de réfugiés, pas leurs enfants ni leurs petits-enfants qui sont nés dans les camps.

Les résolutions des Nations Unies disent littéralement le contraire. Une organisation spéciale des Nations Unies, l’UNWRA, a, depuis plusieurs décennies, la tâche de fournir l’assistance de base, comme de la nourriture, des soins de santé et l’enseignement à tous les habitants des camps de réfugiés palestiniens, sans oublier les réfugiés de deuxième et troisième génération. En août 2018, Trump donna très clairement son avis sur la question en arrêtant brusquement tous les financements américains de l’UNWRA. L’organisation perdit d’un seul coup 44% de ses moyens, ce qui rend son avenir incertain et qui détériore encore les conditions de vies déjà dramatiques des réfugiés. D’après Kushner, le plan de Trump fournira une ‘solution pragmatique’ pour les réfugiés palestiniens, mais certainement pas de retour. Le journal israélien Haaretz rapporta qu’une des pierres angulaires du « Deal of the Century » sera de naturaliser les réfugiés au Liban, en Jordanie et dans d’autres pays voisins. Kushner et Greenblatt mènent en tout cas des négociations avec les chefs d’état de ces pays dans le cadre du plan. Trump veut pousser les Palestiniens à bout, pour que ceux-ci soient contraints de renoncer à leur statut de réfugiés et donc aussi à leur droit de retour…

Résistance et solidarité internationale

Si Trump réussit à faire passer son « Deal of the Century », les Palestiniens perdront la plus grande partie des terres qui leurs restent encore (avec l’annexion de la Cisjordanie), mais également la moitié de leurs compatriotes (parce que les réfugiés palestiniens seraient obligés de prendre une autre nationalité). Cela revient à la défaite totale du peuple palestinien et la victoire totale de l’occupant israélien. Cela entre dans la stratégie de Trump pour ‘mettre de l’ordre’ au Moyen-Orient, sans déployer trop de troupes ni de moyens américains. Trump souhaite déplacer la concentration des affaires étrangères américaines sur la Chine, mais ne peut pas se retirer du Moyen-Orient sans s’assurer d’un allié fort dans la région qui défende les intérêts économiques et politiques des Etats-Unis. Un Grand Israël par exemple, qui soit assez fort pour mener une guerre contre l’Iran.

La population palestinienne n’accepte bien évidemment pas cela. Plus de 70 ans de résistance contre la colonisation, l’agression et l’occupation a rendu le peuple palestinien particulièrement combattif et très conscient politiquement. Un sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research qui date de début juillet indique que 90% des Palestiniens ne croit pas que les intentions du plan de Trump soient d’améliorer les conditions économiques des Palestiniens. A la question, qu’est-ce qui est le plus important entre indépendance ou prospérité économique, 83% des sondés choisirent l’indépendance. Dans une interview avec PBS, Jason Greenblatt s'est plain qu’il n’y avait pas de soutien pour le plan parmi les Palestiniens. Dans les coulisses, les discussions continuent avec les AP, mais ‘no matter how great the meeting goes — and almost all of them are great, even if they are tough discussions about U.S. policy — they always plead with me when I leave: "Please do not tweet about our meeting. Please do not tell who you met with."’

Les Palestiniens ont le droit à la liberté, à la reconnaissance de leurs droits fondamentaux et à leur terre. Le renouvellement du soutien américain pour l’occupant israélien démontre de nouveau à quel point la solidarité internationale est importante pour le peuple palestinien. La population des Etats-Unis et de ses alliés doit élever la voix contre les plans de Trump pour rayer la Palestine de la carte. La fin du soutien de l’Occident à l’occupation israélienne, la colonisation et l’apartheid est la clé pour la paix au Moyen-Orient.

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