Les 4 arguments faux de Glatigny pour ne pas prendre en main la précarité étudiante

Dans l’émission “C’est pas tous les jours dimanche” d’hier, la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny était en débat face à des étudiantes dans la précarité. Elles lui ont expliqué l’impact énorme de leur situation sur leurs études. Elle a utilisé quatre arguments faux pour justifier qu’elle ne va pas prendre en main la précarité étudiante.

1. Le décret paysage est la cause principale de la précarité étudiante

Une des conséquences néfastes du décret paysage est l’allongement des années d’études. Plus d’années d’étude, plus de frais, logique. Glatigny en déduit que les parents “ne savent plus si leur enfant est sur une trajectoire de réussite ou d’échec” et arrêtent de les soutenir financièrement. C’est un argument bidon, car même si on réforme le décret, ce qui est nécessaire, la précarité restera. Ce qu’il faut c’est surtout prendre des mesures contre la précarité : diminuer le minerval, supprimer les frais administratifs cachés, rembourser les supports de cours, aider les étudiant.e.s pour les frais du quotidien…

2. Travailler n’est pas tellement un poids pour les études

Les cinq étudiantes présentent sur le plateau ont expliqué qu’elles travaillent pour financer leurs études. Que leur budget est une inquiétude permanente. L’une d’elle explique même : “durant la dernière session, je m’inquiétais plus de comment finir ma fin de mois que d’étudier.” Une autre poursuit : “ma vie sociale est limitée parce que je dois travailler, c’est beaucoup de pression de tout assumer.” Malgré la gravité de leur situation, la ministre leur demande de relativiser : “Tous les étudiants ne disent pas se sentir impactés négativement par la nécessité de travailler.”

Contrairement à ce que dit la ministre, la situation est dramatique : ¾ des étudiant.e.s en Wallonie et à Bruxelles travaillent, dont la moitié pour financer leurs études. 1 étudiant.e sur 4 estime que jober a un impact négatif sur ses études[1]. Travailler pendant ses études réduit considérablement les chances de réussite : le risque d’échec est presque 2x plus élevé chez les étudiant.e.s jobistes[2].

3. Le gel du minerval suffit presque pour lutter contre la précarité

Glatigny promet de maintenir le gel du minerval et une meilleure information sur les aides destinées aux étudiant.e.s. C’est évidemment très bien. Mais elle oublie de rappeler deux choses. D’abord, que le minerval a été gelé grâce à la mobilisation des étudiant.e.s. Ensuite, que geler le minerval ne règle pas tout. Comme l’explique l’une des invitées : “minerval, frais de transport, kot, supports de cours, s’habiller, manger, de moins en moins de d’étudiant.e.s arrivent à payer leurs études !”

Car les aides qui existent sont à la fois mal connues des étudiant.e.s mais surtout elles ne suffisent pas. Les demandes d’aides au CPAS ou de bourses se multiplient[3], et la précarité étudiante a des conséquences insupportables : renoncement aux soins de santé, développement de troubles psychologiques, baisse en qualité de l’alimentation, hausse de la prostitution étudiante avec le phénomène des “sugar daddy” ou encore l’immolation par le feu de l’étudiant français Anass.

4. Les étudiant.e.s étranger.ère.s doivent plus contribuer

La ministre explique enfin que la présence d’étudiant.e.s étranger.ère.s est une richesse pour la Belgique, mais se précipite d’ajouter qu’il “faudrait penser à plus leur faire contribuer.” Glatigny laisse penser qu'il s'agit d'une solution au manque d’argent, alors même que les étudiant.e.s étranger.ère.s représentent une petite part du total : 5% hors Union européenne et 15% intra-UE. Une augmentation du coût des études pour les étudiant.e.s étranger.ère.s va même à l'encontre de l'accord trouvé entre étudiant.e.s et recteurs durant la législature précédente[4]. Enfin, les étudiant.e.s étranger.ère.s participent comme les autres au financement par leurs contributions fiscales sur la TVA qui représente la grande partie du budget de l’Enseignement supérieur, loin de l’image de “profiteur” que laisse planer la ministre[5].

Une ministre qui refuse d’entendre les étudiant.e.s

Les cinq étudiantes présentes à l’émission ont expliqué à la ministre leurs difficultés du quotidien. Des milliers d’étudiant.e.s vivent la même situation. La ministre Glatigny est sensée être la mieux placée pour le savoir. Pourtant, elle a répondu complètement à côté de leurs attentes[6]. Ses mesures ne permettront pas de lutter contre la précarité étudiante à hauteur de l’urgence car elle refuse de refinancer sérieusement l’Enseignement supérieur, de réduire le minerval pour tendre vers la gratuité et assurer la gratuité des supports de cours.

 

[1] La Libre Belgique, 21 novembre 2019 : « Les étudiants disposent en moyenne de 300 euros par mois » et RTBF, 18 septembre 2017 : « La moitié des étudiants qui travaillent le font pour financer leurs études ».

[2] L’Echo, 12 septembre 2018 : « La FEF veut moins de pression des CPAS ».

[3] RTBF, 17 septembre 2018 : « Enseignement supérieur: une année d'étude coûte entre 8000 et 12.000 euros, selon la FEF » et Le Soir, 27 septembre 2018 : « Le nombre d’étudiants au CPAS a doublé depuis 10 ans ».

[4] FEF, 3 mai 2017 : « Minerval des étudiants internationaux : Les recteurs ont fait le premier pas, le mouvement appelle le ministre Marcourt à faire le second ».

[5] La Fédération Wallonie-Bruxelles en chiffres, 2018, en ligne, p. 37 et 141.

[6] Pour une analyse approfondie de ce dont l’Enseignement supérieur a besoin : https://www.comac-etudiants.be/glatigny_attaque_enseignement_superieur#_ftn2

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