Le marxisme: une alternative au status quo

Le mardi 10 mars, Comac et le cercle libéral LVSV organisaient un débat confrontant deux visions opposées de la société: le Libéralisme et le Marxisme. Environ 400 personnes ont assistés au débat entre Raoul Hedebouw (PVDA) et Egbert Lachaert (Open VLD) dans l’auditoire Max Weber.
Une chose est apparue évidente ce soir-là: le Libéralisme n'a pas de solution concrète pour résoudre la pauvreté, lutter contre le changement climatique et construire une véritable démocratie. Afin de pouvoir répondre à ces problématiques, nous devons nous tourner vers le Marxisme.

Le débat était modéré par Ana Van Liedekerke (rédactrice en chef du magazine étudiant Veto).

Le Mythe du Libre Marché

Imaginez la scène suivante. Trois enfants se disputent au sujet d'une flûte. Le premier a conçu la flûte et estime qu'il en est le propriétaire légitime. Le second est le plus doué pour jouer de la musique avec cette flûte et, à estime son tour, qu'il devrait en être le propriétaire légitime. Le troisième enfant ne possède rien et aimerait donc aussi avoir la flûte. Qui devrait recevoir la flûte ?
 «La question n'est pas de savoir qui reçoit la flûte. La question est de savoir pourquoi il n'y a qu'une seule flûte », répond Raoul Hedebouw. Ce faisant, il indique ce que le marxisme cherche à démontrer: rompre avec le statu quo selon lequel il n'y aurait pas d'alternatives. Le marxisme part de la réalité et non des expériences de pensée. Nous n’avons jamais produit autant de richesses qu’aujourd’hui, mais cette richesse n'a jamais été aussi inégalement répartie. En 2020, nous avons les moyens de décider que les trois enfants reçoivent chacun chacun une flûte.

Raoul Hedebouw a également soulevé le mythe selon lequel le capitalisme augmenterait la prospérité. S'il n'y avait pas de marché libre, il n'y aurait pas de concurrence, donc pas de développement scientifique et d'innovation. Cependant, la réalité est bien différente. Prenons l'exemple de « bébé Pia », cette fillette pour laquelle des milliers de belges ont fait des dons, totalisant plusieurs millions d'euros en septembre, afin de lui sauver la vie. Le médicament pour soigner sa maladie musculaire coûte 1,9 million (!) d'euros. Un prix exorbitant justifié par les soi-disant dépenses de l'entreprise propriétaire. Qu'en est-il en réalité ?

Novartis, le producteur du médicament, ne l’a pas développé, mais l'a simplement acheté. Les inventions de nouveaux médicaments, comme pour de nombreux autres secteurs, proviennent en grande partie du secteur public. Ils sont développés par des chercheurs universitaires et finissent entre les mains d'un petit nombre de multinationales. Nous voyons la même chose dans la Silicon Valley: de l'Internet, aux réseaux GPS en passant par les réseaux sans fil jusqu’aux écrans tactiles. Toutes ces innovations ont été financées et conçues par l’Etat, et non pas par la Sillicon Valley.
Autre exemple: les entreprises de télécommunications ont besoin de la 4G et utilisent pour cela des satellites dans l'espace, qui appartiennent tous à l'État. Ce sont dans les universités et les centres de recherche financés par des fonds publics que travaillent les scientifiques derrière ces technologies. "Nous devons refinancer l'enseignement et les universités et mettre fin au mythe du libre marché", déclare Hedebouw.

De plus, le véritable marché libre n'existe plus. C'est un fait que Marx avait déjà décrit au XIXe siècle. Prenez le secteur de la construction aéronautique, il y a eu 5 452 fusions et acquisitions d’entreprises entre 1988 et 2010. Aujourd'hui, seuls Airbus et Boeing restent des acteurs sérieux. En 2000, lorsque les gouvernements de l'UE ont été exhorté de libéraliser leurs marchés de l'énergie, il y avait encore plusieurs centaines acteurs dans le secteur énergétique. Aujourd'hui, il n’existe plus que cinq grandes multinationales en Europe, qui déterminent à elles-seules la totalité de la production d'électricité de l’UE.

Qui décide si une PME peut exister? Ce n'est pas un politicien, mais une banque. A peine quatre grandes banques décident qui obtient un crédit d’emprunt et qui n’y a pas droit. En résumé, le marché libre s'est marginalisé. Il n'y a plus de véritable marché libre et donc plus de concurrence qui innove.

Innovation spontanée v.s Planification écologique

La thématique climatique a également été abordée lors de ce débat. Raoul Hedebouw considère le réchauffement climatique comme un problème majeur et se référe à des données chiffrées pour y répondre de manière précise. Selon Hedebouw, nous devrions réduire nos émissions de CO2 de 65% d'ici 2030 afin d’atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Aujourd'hui, cinq multinationales sont responsables de plus de 20% des émissions polluantes en Belgique. A l’inverse, Lachaert de son côté, ne considère pas les entreprises comme un problème, mais comme la clé de la solution. Son raisonnement est que l'innovation et la technologie des entreprises flamandes pourraient servir d'exemple aux industries polluantes en Afrique et en Asie. Cependant, le problème est que la baisse de nos émissions polluantes est beaucoup trop lente. Et cela semble logique, pourquoi les entreprises se forceraient-elles à moins polluer si cela leur coûte plus cher ? Si vous pouvez acheter du pétrole aujourd'hui pour moins de 30 euros le baril, à quoi bon innover?

Nous n’arriverons pas à la neutralité carbone en attendant sagement que le marché considère que sauver le climat soit un meilleur investissement que continuer à pomper du pétrole. Non, nous devons prendre des mesures structurelles majeures basées sur la réalité. Raoul Hedebouw demande que l’on prenne les scientifiques au sérieux. Nous devons suivre les recommandations du Bureau du Plan, en investissant 10 milliards d'euros par an dans la transition climatique. Cela signifie concrètement, lancer la quatrième révolution industrielle. Nous devons obliger les entreprises à réduire leurs émissions par des normes contraignantes. Mais nous devons également investir dans les entreprises publiques qui passent à l'énergie verte. De cette façon, non seulement nous sauverons le climat, mais nous créerons également des emplois durables. Parce que notre climat est trop important que pour le laisser aux aléas du marché.

La Démocratie ne se résume pas à cocher une case tous les cinq ans

La dernière thématique abordée était la démocratie. Lachaert a noté qu'il y avait un déclin généralisé de la confiance envers le monde politique. Hedebouw  acquiesçe quant à la réalité de ce constat. Cependant, selon Lachaert, cela serait en partie dû à l’augmentation de l’immigration, ce qui augmenterait le sentiment d’insécurité et de peur dans la population.

Ce que les libéraux ne disent pas, c'est que c'est en partie à cause de leurs politiques que la sécurité sociale et les services publics se sont érodés. Dans les 40 dernières années de politiques néo-libérales en Belgique, les libéraux sont restés au pouvoir 30 ans. Au gouvernement, l’Open VLD a contribué à repousser l'âge de la retraite, à économiser sur le budget des services publics et à augmenter la TVA sur l'électricité des belges de 6% à 21%, pour ne citer que ces quelques exemples. Mais il est également indécent de ne pas tenir compte de la responsabilité de la classe politique dans la baisse de cette confiance. L’arrogance des politiciens envers les gens, qui paient plein pot toutes les crises, pendant que l’élite politique profite d’une myriade d’allocations et d’indemnités financières, n’y est pas pour rien.

De plus, contrairement à ce que prétend Lachaert, il y a bien une complicité entre les politiciens et les grandes entreprises dans notre pays. Quatre ex-employés du cabinet de la ministre de l'Énergie Marghem (MR) travaillent maintenant chez Electrabel. L'assistant du cabinet de l'ancien ministre de la Défense Steven Van De Put (N-VA), responsable de l'achat des chasseurs F-35, travaille aujourd’hui chez Lockheed Martin (le constructeur américains des avions F-35).
Remettre la faute de la baisse de la confiance envers les politiques sur le dos du multiculturalisme et de l’immigration, ce n'est pas seulement récupérer le discours d'extrême droite, c’est également nié les problèmes que le néolibéralisme a causés.

C'est là que réside la différence majeure entre la montée du parti d’extrême-droite : Vlaams Belang et la montée du parti Marxiste : PTB-PVDA. «Le PVDA n'est pas un parti extrême. Nous sommes un parti pour l'égalité, ce qui est exactement l'opposé du racisme. » Le marxisme vise à s'attaquer aux causes structurelles des problèmes et prône l'équité. C'est une vision contraire et opposée à celle du Vlaams Belang, qui utilise la division et le racisme comme un paratonnerre pour  tous les problèmes. Le PTB est un parti pour lequel la démocratie ne se résume pas à cocher une case tous les cinq ans. Il faut faire de la place pour plus de participation des citoyens. Pourquoi n'y a-t-il pas de représentants du syndicat ou d'organisations étudiantes au sein des conseils d'administration? Sans le PTB, il n'y aurait qu'un seul travailleur au Parlement, avec le PTB ils sont maintenant cinq. En démocratie, les citoyens doivent être fidèlement représentés pour pouvoir mener des politiques où l’intérêt des gens passe avant le profit des entreprises.

Il y a bien une alternative

Ce qui apparait clair après ce débat, c'est qu'il existe bien une alternative. "Aujourd'hui, nous avons parfois cette idée qui paraît comme sacrée : Le marché libre est la fin de l'histoire", déclare Raoul Hedebouw. ​​"Lorsque la société esclavagiste existait, les penseurs de l'époque disaient: il n'y aura pas d’autre système que l'esclavage. Et pourtant, cela a changé. Pendant le féodalisme, tous les penseurs affirmaient: il n'y aura jamais rien d'autre, et pourtant cela a changé. Aujourd'hui, nous sommes dans la même situation où de nombreux penseurs traditionnels croient qu'il n'existera jamais rien d'autre que le capitalisme.
Evidemment qu’il existe une alternative au capitalisme et c'est cela le coeur du débat pour le PTB-PVDA dans les mois et les années à venir. "

 Vous pouvez regarder l'intégralité du débat sur la page facebook de Comac Studenten : https://www.facebook.com/comacstudenten/videos/745265769213242/

 Es-tu intéressé par les alternatives marxistes? Rejoins alors Comac. Nous nous engageons également à proposer cette alternative sur les campus: https://www.comac-etudiants.be/devenirmembre

 

Rejoins-nous sur What's App : deviens Apptivist !