Trois raisons pour lesquelles Global Strike For Future est source d’espoir pour le climat

Ce 15 mars, des millions de personnes dans plus de 120 pays, sur tous les continents, ont pris part à la Global Strike For Future. En Belgique, plus de 50 000 personnes sont descendues dans les rues, pour la dixième semaine consécutive. En Suède, Greta Thunberg en est déjà à sa trentième semaine. On peut désormais affirmer que ce mouvement est historique. Tous les grands changements de l’histoire sont survenus après que le peuple est entré en mouvement. Cette première grève climatique mondiale est un pas dans la bonne direction pour remporter le défi climatique.

1. Dix semaines de grève

La première semaine, iels étaient 3000. Tou.te.s les élèves de Saint-Luc à Gand avaient reçu un mail leur signifiant que sécher les cours pour manifester serait considéré comme une absence injustifiée. « Avant ce message, nous ne savions même pas qu’il y avait une manifestation. Avec ce mail, ils voulaient peut-être justement nous inciter à y aller ? » avait répondu l’un de ces élèves au journal Het Laatste Nieuws. Pourtant, les « vieux sages » restaient convaincus qu’un bon sermon les aiderait à retrouver le chemin de l’école. « Je ne suis pas fan de fondamentalisme religieux. Ni de fondamentalisme climatique », déclara Rik Torfs, ancien recteur la KUL. L’économiste libéral Geert Noels posta sur Twitter : « Cette manifestation pour le climat a l’air bien sympathique, mais infiltrée par le PTB et par d’autres extrémistes ». « Merci de nous sous-estimer », répondirent les jeunes qui revinrent à 12 000 la semaine suivante.

Peter De Roover, l’homme à la tête du groupe parlementaire de la N-VA affirma : « l’éducation des jeunes est gravement mise à mal par toutes ces journées de cours manquées ». Enfin, Jinnih Beels (s.pa) déclara : « J’ai trouvé la première marche pour le climat fantastique. Mais bon, la deuxième, okay, le message était déjà passé ». Cependant, ce mouvement ne veut pas « faire passer le message » une seule fois, non, il continuera jusqu’à ce qu’il y ait un véritable changement. Entretemps, nous sommes à la dixième semaine d’actions, et aujourd’hui, nous étions à nouveau 35 000 à Bruxelles, 3000 à Anvers, 2500 à Mons, 3500 à Gand, 800 à Liège, 1500 à Hasselt, 300 à Leuven, 3300 à Louvain-La-Neuve, 300 à Dendermonde et 500 à Bruges. Désormais, cette grève lancée par les écolier.ère.s, s’est étendue aux étudiant.e.s, aux travailleur.se.s et même aux grands-parents pour le climat. Pour retrouver un précédent comparable, il nous faut remonter au mois de janvier 1973. À cette époque, les écolier.ère.s manifestèrent tous les vendredis à Bruxelles contre l’extension du service militaire défendue par le ministre Paul Vanden Boeynants. Le ministre avait finalement dû retirer son amendement.

2. Par-delà toutes les frontières

Un piètre argument souvent utilisé à l’encontre du mouvement climatique est que la Belgique est bien trop petite pour avoir une quelconque influence sur les émissions mondiales de CO2. C’est faux. Non seulement notre pays compte parmi les quarante plus grands pollueurs au monde, malgré sa superficie restreinte, mais en plus, aucun pays ne pourra échapper à la révolution climatique. Partout, le capitalisme, ce système complètement dépendant des émissions de carbone, devra faire place à un système durable et juste. Et le plus tôt sera le mieux.

Ce qui est vrai par contre, c’est que le mouvement doit être international pour parvenir à sauver le climat. Et c’est exactement ce qui s’est passé aujourd’hui. Ce vendredi, des grèves climatiques ont été organisées à minimum 2052 endroits, partout dans le monde, dans au moins 123 pays et sur tous les continents, y compris l’Antarctique. « Je suis née en Inde, un pays qui pollue énormément. Là-bas, personne ne se préoccupe du climat. Si nous voulons réussir, nous devons d’abord convaincre ces états », déclara par exemple Jinnih Beels (s.pa). Elle sera heureuse d’entendre qu’en Inde aussi, des actions ont eu lieu.

Le changement climatique ne s’arrête pas aux frontières nationales ni aux frontières linguistiques à fortiori. Jan Becaus (N-VA) peut bien fabuler autant qu’il veut, lorsqu’il déclare dans une interview pour Doorbraak que « les conditions climatologiques sont totalement différentes en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, de même que les besoins politiques ». Selon le sondage d’envergure publié par Het Laatste Nieuws, 82 % des Belges estiment que notre pays n’a besoin que d’un.e seul.e ministre du Climat.

3. Unité entre syndicats et mouvement climatique

Notre pays joue un rôle de pionnier dans ce mouvement. La Belgique a été l’un des premiers pays où des grèves climatiques d’écolier.ère.s ont donné lieu à des mobilisations de masse, semaine après semaine. Aujourd’hui, notre pays ouvre à nouveau la voie. Tandis que l’establishment a tout mis en œuvre pour monter le mouvement pour le pouvoir d’achat (des syndicats et des gilets jaunes) contre le mouvement climatique, ces deux fronts semblent se rapprocher de plus en plus. Dans une carte blanche pour le journal De Morgen, Bart De Wever a tenté de faire craindre aux gens la révolution climatique, en insistant sur les propositions libérales pour le climat, qui sont effectivement antisociales : « Voyager en avion, posséder des animaux de compagnie, un feu ouvert ou même s’acheter un sandwich Dagobert, il semble que tout cela sera bientôt réservé uniquement aux personnes qui pourront se le payer », écrivit-il. Mais rien n’y fit.

Aujourd’hui, les mouvements climatique et syndical sont descendus dans les rues, côte à côte, pour réclamer la justice climatique. In fine, c’est la même logique de la chasse aux profits qui est à l’origine de l’épuisement des ressources naturelles d’une part, et de l’exploitation des êtres humains d’autre part. Seules les mesures qui se détachent de cette logique du profit, telles que des investissements publics dans les transports en commun, offrent de réelles solutions à la crise climatique. Les solutions qui s’inscrivent dans une logique de marché, comme l’introduction d’écotaxes, ont non seulement peu d’effet, mais elles frappent en outre de plein fouet les personnes à faibles et moyens revenus. Un sondage publié récemment par Test-Achat montre que pour une famille sur trois, « il est très difficile, voire impossible » d’épargner. La révolution climatique sera sociale ou ne sera pas.

Un mouvement d’espoir

Il y a huit mois, une jeune fille de 15 ans s’asseyait devant le parlement suédois avec une pancarte : grève scolaire pour le climat. Lorsqu’à l’âge de huit ans, elle avait appris ce qu’était le changement climatique, elle n’était pas parvenue à comprendre pourquoi ce problème n’était pas pris au sérieux. Pendant des années, Greta Thunberg s’est totalement enfermée dans ses soucis, jusqu’au jour où elle s’est rendu compte que cela n’avait pas de sens de se sentir comme ça, alors qu’elle pouvait faire tant de bonnes choses dans sa vie. C’est ainsi qu’elle a commencé sa grève climatique. « On n’est jamais trop petit pour faire une différence », raconte-t-elle dans sa conférence Ted Talk.

À travers le monde entier, des millions de gens ont décidé aujourd’hui de sortir de leur isolement, de se détacher de leurs problèmes pour entrer en action. Il s’agit d’un véritable mouvement d’espoir, contre le pessimisme qui prétend qu’il n’existe aucune alternative, que les choses sont comme elles sont. Toutefois, cet espoir s’oppose également à cet optimisme, cette confiance aveugle dans le système qui empêche la réalisation de grands changements. Tous les grands changements de l’histoire sont survenus après que le peuple est entré en mouvement. Cette première grève climatique mondiale est un pas dans la bonne direction pour remporter le défi climatique. « L’espoir est partout une fois qu’on commence à agir », dit Greta Thunberg. « Je pense que nous n’en voyons encore que le début. Je pense que le changement est à l’horizon et que les gens vont se lever pour leur avenir. »

 

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