Les étudiants à présent aussi dans la rue pour le climat: comment peuvent-ils renforcer le mouvement?

C’est la sixième semaine d’affilée que des dizaines de milliers de jeunes font grève le jeudi pour aller manifester pour le climat à Bruxelles. Cela fait plusieurs dizaines d’années que notre pays n’a plus connu un tel mouvement de protestation dans sa jeunesse. Le mouvement de protestation en Belgique se retrouve à la tête d’un mouvement international qui vient secouer les élites. Le jour de la Saint-Valentin aura vu les étudiants rejoindre la révolution climatique. Pour la première fois, les étudiants sont venus à Bruxelles depuis les différentes villes étudiantes pour manifester aux côtés des écoliers. Quel rôle les étudiants peuvent-ils jouer pour renforcer le mouvement climatique?

S’ancrer localement

Un certain nombre d’étudiants étaient déjà présents parmi les écoliers lors des manifestations précédentes mais le premier véritable rendez-vous étudiant pour se rendre à Bruxelles était ce 14 février. Cet appel fut suivi dans toutes les villes étudiantes en Belgique. Le journal Le Soir compta d'abord 20.000 jeunes au départ de la manifestation et notre propre estimation allait plutôt dans ce sens là également. La police chiffra finalement le nombre de participants à 11.000, ce qui constitue une sous-estimation manifeste.

Ce qui est dans tous les cas certain, c’est que des milliers d’étudiants étaient cette fois-ci de la partie aux côtés des écoliers. Cela peut être le point de départ d’un large mouvement étudiant. Mais il sera nécessaire pour cela de faire preuve d’ambition et d’impliquer bien plus d’étudiants encore. Ceux qui étaient présents à Bruxelles ce jour de Saint-Valentin, peuvent à présent devenir les ambassadeurs du mouvement sur leur campus ou dans leur haute école. En discutant avec les autres étudiants dans les cours, sur les réseaux sociaux, dans la bibliothèque et dans les nombreux cafés étudiants. En impliquant un maximum de cercles étudiants et en demandant le soutien du conseil étudiant. En distribuant des flyers, en speechant dans les auditoires ou en organisant des actions locales. De cette manière peut se développer un véritable élan pour le mouvement climatique sur les différents campus.

Un mouvement étudiant ne peut se développer que si celui-ci est démocratique et permet aux étudiant de débattre de son orientation. Le point de vue des cercles étudiants et des organisations politiques a tout à fait sa place dans ce débat, mais ce dernier doit être mené le plus largement possible. La meilleure manière d’organiser un large mouvement étudiant de manière démocratique est d’organiser des assemblées étudiantes où les étudiants peuvent décider ensemble de la suite du mouvement et élire leurs porte-paroles.

Quels objectifs?

La détermination des écoliers a permis d’imposer le climat en haut de l’agenda politique. Dans toutes les couches de la population, cette question fait à présent débat. Le mouvement étudiant peut jouer un rôle déterminant dans la suite du mouvement: quelle orientation doit prendre le mouvement climatique afin d’obtenir un véritable changement? La N-VA arrive encore à dominer le débat politique en Flandre avec son climatoscepticisme. Le parti nationaliste tente d’imposer un framing dans lequel il n’existe pas de solutions pour sauver le climat. Il est donc temps que le mouvement climatique se pose la question: quels sont nos objectifs? Quels types de mesures et quelle vision défendons-nous? Qu’exigeons-nous du pouvoir politique?

Pour répondre à ces questions, nous ne pouvons pas passer à côté de la question de savoir qui est responsable de la crise climatique actuelle. Depuis trop longtemps, les politiques et les campagnes de communication de multinationales nous disent que tout le monde est responsable du dérèglement climatique. Mais cela ne nous a pas fait avancer d’un pas dans la résolution du problème. D’où la réponse de Greta Thunberg lors du sommet mondial de Davos: « Certains disent que la crise climatique est quelque chose que nous avons tous créé. Mais c'est un mensonge pratique. Parce que si tout le monde est coupable, alors personne n'est responsable. Et quelqu'un est responsable. Certaines personnes - certaines entreprises et décideurs politiques en particulier - quelles choses inestimables ont dû être sacrifiées pour qu'elles continuent à gagner des sommes inimaginables d'argent. »⠀

A l’échelle mondiale, seulement 22% des émissions de CO2 proviennent des ménages tandis que le reste est émis par le monde de l’entreprise. Les multinationales sont responsables à elles seules de près de la moitié (47%) des émissions mondiales. Même au niveau individuel, l’inégalité en matière d’émissions de CO2 est énorme: les 10% les plus riches de la population polluent 40 fois plus que les plus pauvres. Comment peut-on encore ensuite justifier que tout le monde est responsable du dérèglement climatique? Cela ressemble plus à un discours ayant pour objectif d’éviter que les multinationales soient remises en causes, et leurs profits mis en danger. Si le mouvement étudiant veut avoir une chance d’atteindre son objectif, il devra s’attaquer aux multinationales polluantes et revendiquer une transition écologique qui soit juste socialement. Une transition écologique qui a non seulement pour ambition de sauver le climat mais aussi de réduire les inégalités. Les nombreuses références à Greta Thunberg parmi les écoliers et étudiants en grève indiquent que le potentiel existe pour aller dans cette direction.

Continuons à nous mobiliser!

Il est à espérer que les prochaines semaines verront se développer des mobilisations au niveau local et des assemblées étudiantes où il pourra être débattu des points de rupture que le mouvement souhaite mettre à l’agenda. Mais cela n’a évidemment aucun sens de discuter de longues heures à propos des revendications si cela ne s’accompagne pas de mobilisations permettant d’imposer leur mise en oeuvre. Jusqu’à présent, les mobilisations climatiques n’ont pas seulement éveillé le débat dans l’ensemble de la société, mais ont également créé un vent de panique parmi l’establishment. En Flandre, une ministre a même déjà du démissionner. C’est seulement en continuant à maintenir la pression depuis la base que nous pourrons nous faire entendre. Il est donc essentiel de continuer à nous mobiliser et de manifester. Sous la pression, tout devient possible.

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