Et pourquoi on devrait beaucoup plus entendre parler du blocus illégal que subit cette île.
Depuis de nombreuses années, Comac envoie des brigades de solidarité dans des pays du Sud Global, notamment en Inde, en Palestine, aux Philippines ou à Cuba. Pourtant les dernières années, certains politiques ou médias essaient de créer une petite polémique autour de ces voyages. Cette année n’y échappe pas avec un article entier qui nous est consacré dans le journal De Morgen. Alors, nous voulons prendre le temps de répondre clairement à la question suivante : pourquoi Comac envoie une brigade de solidarité à Cuba.
Pourquoi partir à Cuba ?
D'abord, l’objectif est de mieux comprendre la réalité des pays du Sud global qui subissent de plein fouet l'impérialisme et ses conséquences concrètes sur la vie des gens. Aller sur place, rencontrer les travailleurs, les soignants, les étudiants, les activistes, les chercheurs, permet de mieux comprendre leur réalité. Mais on ne se contente pas d'observer on veut aussi apporter une aide matérielle concrète. C'est pour ça qu'on organise des collectes de dons qui nous ont permis d'apporter cette fois-ci 8 valises entières remplies de médicaments et de produits de première nécessité. À cause du blocus, ces biens manquent et on a pu les donner directement aux hôpitaux et cliniques que nous avons rencontrés. Enfin, on veut témoigner de ce qu’on a vu. Être un mégaphone pour le peuple cubain ici en Belgique.

La solidarité avec Cuba et son peuple plus importante que jamais.
Parce que non, ce qui se passe à Cuba n’est pas normal. Cuba subit depuis plus de soixante ans un blocus illégal créé et maintenu par les États-Unis. Un blocus condamné chaque année par l’immense majorité des pays du monde lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies et pourtant maintenu par les USA. C'est une situation d'une violence extrême, qui asphyxie la population d'un pays entier, et qui est largement invisibilisée.
Et ce blocus, il ne cesse de s'aggraver. Il prend aujourd'hui la forme de trois guerres menées simultanément contre Cuba. Il y a d'abord une guerre économique. Depuis 1962, un embargo commercial et financier interdit à Cuba d'accéder normalement aux marchés internationaux, aux crédits, aux technologies etc. Cet embargo a un caractère extraterritorial, ça veut dire qu’il punit non seulement les entreprises cubaines, mais aussi les entreprises étrangères qui osent commercer avec l'île. Cela dissuade de nombreux partenaires potentiels qui ont peur des représailles américaines. En janvier, Trump a encore aggravé la situation en annonçant un blocus énergétique. Depuis 7 mois, l'île n'a plus eu accès au pétrole. Concrètement, ce que ça engendre pour les Cubains et les Cubaines, ce sont des coupures d'électricité à répétition et qui durent des heures. Ce sont des familles obligées de monter jusqu'au 17ème étage de leur immeuble à pied parce que les ascenseurs ne marchent pas, à vivre sous la chaleur sans climatisation, ventilateur ni même eau courante. Ce sont des transports publics paralysés, obligeant les gens à faire du stop pour aller travailler. Idem pour le ramassage des déchets qui s'entassent dans les rues et causent des maladies. Ce sont les usines et l'agriculture qui tournent au ralenti (et par conséquent la production alimentaire). Ce sont les hôpitaux qui ne savent plus fonctionner correctement. Faute d'électricité, 14 000 enfants n'ont pas pu être opérés cette année et sont obligés d’attendre.
Il y a ensuite une guerre psychologique qui vise à convaincre la population cubaine qu'aucune alternative n'est possible, qu'il n'y a pas d'autre solution que la capitulation face à l'ingérence américaine. Cette guerre se mène à travers les médias, les réseaux sociaux, dans le but d'affaiblir la confiance du peuple cubain. Et troisièmement, il y a évidemment la menace planante d'une attaque militaire que Trump et Marco Rubio continuent d’alimenter.
Comme on l’a montré, cette triple offensive a des conséquences concrètes sur la vie des Cubains et des Cubaines. Aujourd'hui encore, plus de 7000 conteneurs de denrées alimentaires, de ressources énergétiques, de matériels hydrauliques et de médicaments sont bloqués dans des ports des Caraïbes à cause des sanctions américaines. Les gens qu'on a rencontrés à Cuba sont privés d'électricité, d'eau courante, de nourriture, etc. Parmi eux, certains soutiennent le gouvernement, d'autres pas, mais tous nous ont dit la même chose : il faut arrêter ce blocus criminel et inhumain.
Le modèle cubain se heurte-t-il à ses limites ?
Malgré la violence du blocus, malgré six décennies d'asphyxie, Cuba continue de se battre, pour défendre son modèle de société. Un système où les soins de santé restent gratuits et universels, où l'enseignement est entièrement gratuit et où la solidarité s'organise à tous les niveaux de la société. Le tout dans des conditions extrêmement difficiles.
Dans l'article de De Morgen consacré à notre voyage, le politologue Pascal Delwit affirme que « le modèle cubain se heurte à ses limites ». Pourtant, Cuba se heurte avant tout à un blocus qui empêche l’ile d’avoir accès à l'énergie, à la nourriture, aux médicaments, au commerce international et à de nombreuses ressources essentielles. Malheureusement, l’article n’en parle pas beaucoup.
¡ Cuba sí, bloqueo no !
Cuba a toujours fait preuve d'une solidarité internationale sans faille. Des dizaines de milliers de soldats cubains ont combattu aux côtés du peuple angolais contre l'apartheid sud-africain. Cuba a envoyé des médecins et du matériel médical en Italie quand le le système de santé italien ne parvenait plus à faire face à l’épidémie de Covid comme dans des dizaines d'autres pays confrontés à des crises sanitaires ou des catastrophes naturelles. Aujourd’hui encore, Cuba continue de former et d’accueillir des jeunes palestiniens pour les former comme médecins.
Si Cuba est aujourd’hui si fortement sanctionnée c’est parce qu’elle refuse de se se soumettre à Washington et a décidé de suivre un chemin alternatif au capitalisme. Ne laissons pas Trump et l’impérialisme américain imposer sa loi du plus fort en Amérique latine et dans le reste du monde. Aujourd’hui, c'est à notre tour d'être solidaires avec Cuba face au blocus.