Nous, étudiants, on ne paiera pas cette crise

La crise de l’énergie affecte toute la population belge, travailleurs, petits indépendants, mais aussi les étudiants. Ils voient la température de leurs auditoires chuter, les prix de la nourriture et des kots augmenter et la sélection dans l’enseignement supérieur se renforcer. Comac exige des mesures afin que les étudiants ne paient pas pour cette crise.

“Notre loyer a augmenté de 61€ en l'espace de 6 mois (d'abord augmentation du gaz et l'électricité puis indexation). En 2 ans, nous avons eu une augmentation de pratiquement 100€ de loyer... Nous sommes deux qui risquons possiblement de devoir retourner chez nos parents à cause de toutes les augmentations. Soit je devrai cumuler deux jobs en plus de mes études soit m'inscrire au CPAS soit retourner vivre chez mes parents qui habitent en dehors de Bruxelles” témoigne un étudiant bruxellois. “ Je passe de "je m'en sors avec les 90€ que me donnent mes parents chaque mois" à "ça ne paye que la moitié des courses". Plus, quand je rentre chez moi, l'eau est parfois froide et on ne rallume pas la chaudière pendant 24h pour pas qu'elle consomme.” explique un étudiant de Namur. Ce sont deux des nombreux témoignages que Comac reçoit chaque jour.

Pendant ce temps, le premier ministre De Croo nous annonce 5 à 10 hivers difficiles. Ce n’est pas aux étudiants de payer pour la crise et que dans des périodes difficiles, un service public comme l’université devrait justement jouer son rôle de filet de sécurité collectif et nous protéger. 

Des auditoires chauffés : une solution collective. 

A l’approche de l'hiver, beaucoup d’étudiants prennent la décision de ne pas chauffer leur kot ou leur coloc' à cause des prix de l’énergie qui explosent. Mais dans le même temps, on voit que les universités et hautes écoles prévoient de baisser le chauffage. En France, certaines universités annoncent qu’elles vont fermer leurs portes une semaine de plus après les vacances pour faire des économies. Là-bas, comme pendant le Covid, on renvoie encore une fois les étudiants chez eux devant des cours en ligne, dans le froid de leur kot. Si ici, les universités n’annoncent pas encore de fermeture, on sait déjà qu’on aura froid dans les auditoires. En effet, la ministre a annoncé qu’elle prévoyait un budget de 20 millions d'euros pour le chauffage cette année. Ça parait beaucoup mais dans les faits, c'est assez peu. Ça veut dire baisser la température dans les auditoires, dans les biblis,... En bref, garder ouvert mais dans de mauvaises conditions. Pour donner un point de comparaison : dans les écoles primaires et secondaires, ils vont recevoir 50 millions alors qu'ils en auraient besoin de 180. 

Cette situation est inadmissible. S’il y a un endroit où les étudiants devraient être au chaud, c’est bien sur les campus. L’université et les hautes écoles sont des services publics. Elles sont en grande partie financées par la collectivité et doivent servir la collectivité. C’est un acquis pour toutes et tous. Quelque chose qui nous appartient  et doit nous permettre, même quand on est en difficulté, de bénéficier d’un service de qualité. En période de crise, le service public doit faire plus et pas moins.

Nous refusons qu’il serve de variable d’ajustement. Parce que pendant qu’on baisse le chauffage de nos lieu détudes, on sait qu’une multinationale de l'énergie comme Engie-Electrabel se fera 9 milliards de surprofits entre 2021 et 2024. Des surpofits dûs au prix auquel l’entreprise vend son électricité. Le coût de production de son énergie est de 30 à 35 € par MWh alors que le prix de vente est de 200 à 300 € par MWh. Soit parfois presque 10 fois plus cher que le coût de production! Le prix de l'énergie doit être bloqué à 75 €/Mwh. Nous devons baisser les prix actuels et taxer les bénéfices excédentaires d'Engie pour financer ça.

Nous refusons que les universités et hautes écoles baissent leur température et nous refusons encore plus toute fermeture qui nous renverrait chez nous. La collectivité doit garantir de la chaleur à tout le monde. Et c’est parfaitement finançable si on décide de mettre les géants de l’énergie à contribution. C’est à eux de payer les coûts de cette crise, pas aux étudiants.

Des repas à 2€ pour chaque étudiant. 

Un coût majeur auquel les étudiants sont confrontés, c’est celui des courses et des repas. Selon une étude de Test Achats réalisée en août 2022, les Belges paient en moyenne 12,33% de plus au supermarché que l’année passée. Cela revient à 48 euros par mois pour un ménage de deux personnes. Le prix des pâtes qui est le plat “pas cher” phare des étudiants a augmenté de plus de 30%. 

Il n’y a pas que les courses qui augmentent. Les étudiants sont aussi touchés par la hausse des prix des repas dans les restaurants universitaires. A Louvain-La-Neuve, par exemple, le prix du repas malin a augmenté de 30 centimes en quelques mois. Et ce n’est pas la seule ville. On remarque une augmentation des prix également à Liège (+ 50 centimes dans certaines hautes écoles) ou Mons où le plat du jour est passé de 4,10 euro à 4,50 euro. Pourtant, des alternatives sont possibles. A l’ULB, le conseil étudiant (BEA) a obtenu que l’université mette place le plat SMART. C’est un plat chaud à 2 euro qui permet aux étudiants de manger au moins un repas chaud dans la journée à prix démocratique : une exception en Belgique.

Ici aussi se pose la question du rôle du service public : Est-ce que partout les plats vont augmenter ou est-ce que l’université va protéger les étudiants de la hausse généralisée des prix en garantissant des plats à prix démocratiques partout? En France, pendant la crise covid, les CROUS avaient garanti trois repas par jours à un euro à tous leurs résidents. C’était une victoire du mouvement étudiant. Ça parait pourtant simple, comment étudier avec le ventre vide?  Personne ne devrait aller en cours en ayant faim. 

Les kots : un luxe pour les plus riches ? 

Un autre coût majeur mensuel des étudiants qui augmente et va continuer d’augmenter c’est le prix des kots, avec ou sans les charges comprises. En mai 2022, la tendance était déjà à l’augmentation du prix des loyers. Cette tendance s’explique notamment par le fait que la plupart des kots appartiennent au privé qui suit l’augmentation des prix du marché. De plus, de grands promoteurs immobiliers comme XIOR ou Upkot rachètent des bâtiments pour les transformer en kots de luxe qui ne peuvent être payés que par de riches étudiants et sont donc bien plus rentables. En conséquence, il n'y a plus de lots de base abordables. Au total, il n’y a pas assez de kot pour tous les étudiants qui veulent en prendre un et les propriétaires privés jouent sur la pénurie de kots (publics comme privés) pour faire monter les prix. 

Un exemple concret récent est celui des kots à l’ULiège. Après que l’université ait privatisé une partie de ceux-ci, le nouvel exploitant a annoncé qu’il augmentera le loyer de 375€ à 440€ soit une augmentation de 18 % ! Avec la crise énergétique le coût des charges augmentent lui aussi fortement ce qui fait grimper en flèche le prix des loyers. On parle d’une augmentation totale, loyer et charges de presque 100 euros par mois. Il y a tout de même un cas particulier  sur le campus de Louvain-La-Neuve. C’est la ville qui échappe le plus à cette tendance grâce à ses 4400 kots universitaires publics. Ceux-ci ne sont pas soumis à la concurrence du marché privé et ont donc moins tendance à suivre les flambées de prix du marché. De plus, l'UCL a annoncé qu’elle limiterait l'augmentation des prix de l’énergie à 2% ou 3% pour cette année. Si dans les années qui viennent, nous voulons encore que des étudiants, même venus de familles moins favorisées puissent kotter et en finir avec les prix élevés qui suivent aveuglément le marché, on doit construire, dans toutes les villes universitaires beaucoup plus de kots publics accessibles à tous. En attendant, il est urgent de bloquer les loyers des kots privés avec une grille contraignante comme il en existe déjà à Bruxelles. Cette grille établirait des critères clairs qui se baseraient sur les caractéristiques du kot en location (si il y a des meubles ou non, si il y a une salle de bain, etc ) En fonction de ça elle fixerait un prix similaire à la moyenne des dernières années. 

Combien coûte en moyenne un kot en Belgique ? [infographies] 

Un enseignement gratuit 

Avec la période de crise actuelle, c’est un coût de plus qui s’ajoute au budget des étudiants. Le minerval représente pour la majorité d’entre nous un coût de plus de 800 euro pour l’année. Il faut ajouter à cela les frais de syllabus et de matériel à débourser pendant l’année. Et certains étudiants se retrouvent parfois juste au-dessus du seuil maximal pour bénéficier d’une bourse et n’y ont donc pas accès.

Nous voulons que l’enseignement soit réellement gratuit en diminuant et supprimant sur le long terme les frais de minerval comme la Belgique s’y était engagée en 1966 en signant le Pacte de New York. Selon l’ARES (académie de recherche et d'enseignement supérieur), cette mesure ne coûterait que 77.3 millions d’euros à la communauté française. Une somme dérisoire quand on sait que la Belgique va investir 10 milliards € dans la défense (comprenez la guerre) dans les années qui arrivent

Etudier est un droit, pas un privilège

Une des conséquences de la hausse des prix que subit est déjà et va être le besoin accru pour de nombreux étudiants d’avoir recours à un job étudiant ou plusieurs s’ils en avaient déjà un. Cela ne laisse guère de temps pour étudier. Le premier travail d'un étudiant est d'étudier, pas de travailler.

Cette situation n’est pas acceptable. Avant la crise énergétique, déjà un étudiant sur quatre était obligé de jober pour payer ses études. Si aucune action n’est prise pour aider les étudiants, la situation va encore empirer. Pourtant on sait qu’un étudiant avec un job a 43% de chances en moins de réussir. En effet, plus on passe de temps à travailler, moins on a la chance d’assister au cours , plus on a le nez dans ses factures, moins on est capable de se concentrer sérieusement sur ses cours. Pourtant ça devrait être le seul job d’un étudiant : étudier. Pour les nouveaux inscrits c’est la double-peine. En effet, les premières années sont maintenant soumis à la réforme du décret paysage qui réduit le temps pour réussir ses études. Ils ont maintenant 2 ans maximum pour réussir leur première année sinon c’est  l’exclusion de l’enseignement supérieur. 

Cette réforme contre laquelle Comac s’est toujours opposé, est une réforme élitiste qui est loin de vouloir réduire l’échec comme l’affirme la ministre Valérie Glatigny. Elle vise surtout à éjecter plus vite de l’enseignement supérieur les étudiants avec des difficultés dans leur parcours (qui bien souvent sont les plus défavorisés). Comac est totalement contre cette vision élitiste de l’enseignement supérieur. Étudier est un droit, pas un privilège. Tout le monde doit pouvoir avoir la chance d’étudier et de réussir. C’est le rôle du service public de garantir ce droit aux étudiants, surtout ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans une famille où tout le monde a fait de grandes études. C’est pour garantir ce droit que nous voulons que les gouvernements prennent des mesures d’urgence pour les prix de la nourriture, des kots, etc. 

Nous, étudiants, on ne paiera pas cette crise.

Le combat pour que les étudiants ne paient pas la crise est un combat plus large pour un enseignement réellement démocratique et accessible à tous. Un enseignement qui ne laisse personne au bord de la route mais qui donne sa chance à tout le monde.
Avec Comac nous revendiquons : 

  1. Non aux baisses de températures dans les auditoires, la ministre doit garantir 20°C partout. Et encore plus, non aux fermetures des universités si elles sont envisagées.
  2. Pour des plats à 2€ sur tous les campus de Belgique, si c’est possible à l’ULB, c’est possible ailleurs. 
  3. Pour la construction de kots publics et un blocage et une diminution des prix des kots sur le marché privé
  4. Pour la gratuité du minerval pour toutes et tous.

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