Marche pour le climat du 2 décembre | Après 30 ans de léthargie, réveillons l’élite politique

Depuis 30 ans déjà, l’élite politique du monde entier a la possibilité d’enclencher un revirement vers une économie durable. Il serait très naïf d’espérer que, de lui-même, le sommet climatique en Pologne aboutira à de bons résultats. C’est par l’action et la mobilisation que nous pourrons mettre les négociateurs sous pression.

En décembre prochain, lorsque les chefs de gouvernement du monde entier se réuniront dans la petite ville de Katowice, en Pologne, ils pourront opérer un retour en arrière sur l’année la plus chaude qu’ait jamais connue l’humanité. C’est surtout l’été 2018 qui a battu tous les records. « Le monde est en feu », titrait le journal britannique « The Sun ». La vague mondiale de chaleur de juillet a provoqué des incendies de forêt aux quatre coins du monde, faisant des centaines de morts au Japon et en Europe. Entre-temps, nous nous sommes habitués à ces records répétés de « l’année la plus chaude » ou du « mois d’octobre le plus chaud ». Qu’un journal comme « The Sun » y consacre de l’attention est plus surprenant. Ce tabloïd appartient en effet au magnat de la presse de droite Rupert Murdoch, réputé pour son scepticisme quant au climat. « Cette vague de chaleur est-elle celle qui a scellé pour de bon le sort du négationnisme climatique ? », s’interrogeait le journaliste Michael McCarthy dans « The Guardian ».

L’été 2018 pourrait devenir la nouvelle norme, du moins s’il faut en croire le climatologue belge Wim Thiery. « Si le politique ne fait rien, la Terre se réchauffera de trois à six degrés d’ici 2100. Cela aurait d’énormes conséquences pour l’homme et la nature. Considérons la vague de chaleur de cet été. Elle va devenir la norme. » Le professeur Thiery, désigné par le journal financier « Forbes » comme l’un des trente meilleurs climatologues de la planète, a également calculé que le changement climatique allait apporter des périodes non seulement de sécheresse extrême, mais aussi de précipitations exceptionnelles. « Quand il pleuvra, il s’ensuivra des inondations. De même, le niveau de la mer montera : de grandes parties de la Flandre tant orientale qu’occidentale et même une partie de la province d’Anvers se retrouveront sous le niveau de la mer. Cela aura également de graves répercussions économiques, il pourrait s’ensuivre une instabilité politique, ainsi que des vagues migratoires, et bien d’autres choses encore. Ce scénario serait une catastrophe. »

Ce n’est donc pas le pain qui manque sur la planche pour les négociateurs du 24e sommet climatique international des Nations unies (la COP24) à Katowice. À l’agenda figure surtout un dialogue en vue de pousser à la hausse les ambitions des plans climatiques nationaux. Chaque pays devait établir ses plans en fonction de l’accord climatique de Paris (2015), dans lequel 196 pays s’étaient mis d’accord pour limiter le réchauffement climatique à « well below 2°C » (bien en dessous de 2°C), en allant 1,5°C. De l’ambiance triomphaliste qui régnait alors parmi les décideurs politiques et les médias, il ne reste rien aujourd’hui. Sous la direction du président Trump, les États-Unis, le plus grand pollueur, s’est tout simplement retiré de l’accord. Et, en dépit des grandes promesses faites par les chefs de gouvernement à Paris, l’écart entre la parole et les actes reste énorme. Les plans concrets proposés par les pays participants sont largement insuffisants. Ces plans – quand ils ont déjà été appliqués – équivalent à un réchauffement global de 2,7 à 3,5 degrés. Bien au-delà des 2°C, donc.

 

Trente ans de politique de l’autruche

Il y a exactement trente ans, en 1988, le climatologue de renommée mondiale James Hensen, s’adressait au Congrès américain. « Il existe des faits suffisamment forts pour dire que l’effet de serre est une réalité. » La mise en garde de Hensen avait bien vite fait le tour du monde. L’élite politique mondiale a donc eu la possibilité durant trente ans d’enclencher le changement vers une économie durable. La fondation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) par les Nations unies, en 1988, et les divers sommets climatiques qui ont suivi, donnaient donc un signal d’espoir. Mais il n’en est jamais sorti davantage que de belles paroles. L’enthousiasme fortement médiatisé de Paris et, ensuite, la déception, constituent un mauvais film que, depuis les années 1990, nous avons dû subir à maintes reprises. Et il semble bien que ce film ringard, on veuille encore nous le resservir cette année en Pologne.

Si, jusqu’à présent, les conférences climatiques n’ont rien apporté, cela est dû à une foi aveugle de l’élite politique dans le fonctionnement sacro-saint du marché, comme le montre l’absurde et inefficace commerce des droits d’émission mis en place par le protocole de Kyoto. Par ailleurs, il y a le lobbying des multinationales polluantes qui, de plus en plus souvent même, sponsorisent l’organisation des conférences climatiques en échange d’un siège à la table des négociations. Le sommet climatique de Paris était sponsorisé par des entreprises à l’empreinte écologique gigantesque, comme Engie, Renault-Nissan et Air France. Lors de la COP24 de Katowice, il n’en ira pas autrement.

De plus, le programme environnemental des Nations unies organise le Sustainable Innovation Forum (Forum des innovations durables) à un jet de pierre de la COP. Cet événement officiel « complémentaire » de la COP24 donne la possibilité au CEO et aux représentants du big business de faire partager leur vision aux hommes politiques et diplomates présents au sommet. Parmi les sponsors, qui prendront également la parole lors de la conférence, figurent des multinationales comme BMW, Siemens, Bluewater – un constructeur de pétroliers géants – ou Eaton, qui produit des pièces pour avions et camions. Pas exactement des entreprises qui sont intéressées dans le passage à l’énergie renouvelable, aux transports respectueux du climat ou aux processus de production durables.

 

Un changement est possible

Il serait donc très naïf de croire que, d’elles-mêmes, les négociations en Pologne vont déboucher sur de bons résultats. C’est par l’action et la mobilisation, comme lors de la marche pour le climat qui doit se dérouler à Bruxelles ce 2 décembre, que nous pourrons d’ores et déjà mettre la délégation belge sous pression pour qu’elle se profile de façon ambitieuse et responsable en Pologne.

Ceci implique entre autres que la Belgique prenne le rapport du GIEC sur l’objectif de 1,5 °C comme fil conducteur des négociations.

Mais aussi, qu’au sein de l’UE même, notre pays frappe sur la table pour accroître les objectifs européens jusqu’à ce qu’ils soient en ligne avec l’accord de Paris et pour supprimer le commerce des droits d’émission au profit de normes de rejet contraignantes pour l’industrie.

En tant que gros pollueur historique, la Belgique doit elle aussi contribuer davantage au financement climatique international, et sans pour autant rogner sur les budgets de l’aide au développement. Enfin, nous devons également faire de la transition sociale équitable un fer de lance. C’est possible en la faisant figurer dans les projets d’intention politiques nationaux, comme le propose la Coalition pour le climat.

En ce moment, la Belgique compte quatre ministres du Climat, mais aucun n’a de vision à long terme. Et ce, alors qu’une économie du savoir de haute technologie comme la nôtre peut être une pionnière dans le passage à un système durable. Si nous fermons nos centrales nucléaires complètement usées, leurs sites peuvent servir de terrain de recherche pour de nouvelles formes de stockage de l’énergie. Cela requiert toutefois un plan cohérent et énergique en vue de passer rapidement à l’énergie renouvelable, ce qui ne sera possible que si nous mettons un terme pour de bon à la privatisation catastrophique du secteur de l’énergie. Il faut tirer davantage parti des voies navigables pour compenser une baisse du transport routier. Les transports publics doivent être améliorés, étendus et devenir gratuits. L’État peut intervenir afin de mieux isoler les bâtiments et logements au moyen d’un système de tiers payant. Pour réaliser tous ces investissements, on pourrait par exemple transformer Belfius en une banque publique d’investissement sous contrôle démocratique direct. À tous les inconvénients techniques, il existe une solution. Seules les élites économiques et politiques barrent encore la route à ce sauvetage.

Claim the Climate, le 2 décembre à Bruxelles

Le 2 décembre 2018, juste avant le démarrage de la COP24, La Coalition pour le climat et Climate Express organisent à Bruxelles une marche pour le climat sous la devise « Claim the Climate ! » Leur appel est clair : « Trois ans après la signature de l’accord de Paris, les belles promesses doivent encore être transformées en actes. En Belgique, une absence de volonté politique et d’énergie fait que, depuis quelques années, nos rejets ont même augmenté ! Nous devons donc passer à la vitesse supérieure et de plus en plus de gens doivent donc le faire entendre. Un groupe croissant de citoyens réclame plus d’air propre, plus de pistes cyclables, moins de déforestation, moins de plastique dans nos océans, davantage d’énergie renouvelable, de solidarité internationale, bref, davantage d’efficience politique en faveur du climat. » Plus de renseignements sur www.claimtheclimate.be

C’est surtout chez les jeunes que s’accroît la conscience de ce que le statu quo politique est intenable si nous voulons sauver le climat. C’est pourquoi, le 1er et le 2 décembre, les étudiants de Comac organisent un camp climatique international pour les mouvements de jeunesse de gauche de toute l’Europe. Ils participeront à la marche pour le climat avec le slogan « Red Is The New Green » !

Comac logo© Comac Étudiants 2018.

Privacy

En collaboration avec: