Grève générale, une jeunesse avec des étoiles plein les yeux

Ce lundi 15 decembre, une délégation de quarante jeunes de Comac ont participé à Bruxelles et à Liege à la grève générale en front commun en faisant une tournée de solidarité aux piquets de grève. Petit recit de la journée...

Bruxelles, 5h15: rendez-vous collectif à la maison médicale "La Clé" à Schaerbeek pour un petit dejeuner et un briefing de la journée. Certains sont encore un peu endormis, d'autres dejà en pleine forme; c'est parti pour une journée haute en couleur sous le signe de la solidarité. Au total, on se répartit en 5 groupes, chacun avec sa voiture et son itinéraire pour la tournée des piquets.

6h: arrivée au piquet de BMS pour l'un des groupes. Une vingtaine de travailleurs, dont les 14 grèvistes de BMS nous accueille chaleureusement. En grève depuis plus de 4 mois pour leurs conditions de travail et contre le licenciement de leurs délégués syndicaux, le moral des troupes et la camaraderie frappent aux yeux. Malgré le braséro qu'on peine à allumer à cause de la pluie, la chaleur humaine nous rechauffe bien! Ici, les mots d'ordres sont "on lache rien! On ira jusqu'au bout!"

Pendant ce temps là, les travailleurs d'Audi voient arriver un autre groupe de jeunes à leur piquet.

Ici aussi l'ambiance est au rendez-vous: des autres jeunes venus soutenir les travailleurs ont improvisé un petit show de pyramide humaine géante!

Mais malgré les rires et l'ambiances conviviale, on peut lire l'inquiétude et la colère sur le visage des grévistes qui conseillent aux jeunes "de bien travailler à l'école pour réussir dans la vie, et ne pas se retrouver à travailler comme nous comme des esclaves"... pour les plus jeunes d'entre nous, c'est une claque! Des travailleurs en 2014 se voient comme des esclaves et ne souhaitent pas aux jeunes de devoir travailler dans leurs conditions, ça fait froid dans le dos, nous raconte Jonas.

Ensuite, direction le Woluwé shopping Center, pour rencontrer les travailleurs qui bloquent le centre commercial. Drôle d'impression, ambiance western dans le parking... tout est vide. Là aussi,on nous accueille chaleureusement: "que c'est agréable de voir des jeunes solidaires de la grève! Alors expliquez-nous un peu, vous êtes le mouvement de jeunes du PTB, que faites vous?"

On discutera également de la Taxe des Millionnaires, mesure indispensable pour aller vers plus de justice sociale. Durant toute la matinée, la pétition pour l'instauration d'une telle taxe passera de main en main, les signatures affluent, parfois au son de "ah ben, je l'ai deja signée moi!"

Pendant ce temps-là, un des 5 cinq groupe suit Youssef Handichi, député bruxellois du PTB, ancien chauffeur de la STIB, lors de sa tournée dans les différents dépots de la STIB à l'arret. Ses collègues nous réservent un accueil extra, les discussions fusent et en prime, une petite visite guidée du depot et des bus!

Vers 10h, les 5 groupes se retrouvent au piquet de la "Moutstraat". Cette petite rue près de la Bourse accueille 3 écoles, voire même une 4eau coin. C'est ici que des écoliers néerlandophones, dont Wannes un jeune responable à Comac, ont participé à des actions contre l'augmentation du minerval en Flandre et les mesures d'austérité dans l'enseignement.

Après un bon chocolat chaud, séance photo devant les portes closes des écoles quand soudain... au loin... des bruits de sonnettes... ça y est, la délégation de Hart Boven Hard et Tout Autre chose (collectifs nérlandophone et francophone citoyens d'artistes, acteurs du milieu socio-culturels, profs, pensionnés, ... contre les mesures d'austérité) arrivent! Des centaines de vélos s'engouffrent dans la petite rue, Wannes prend le micro pour les accueillir: "merci et bienvenue, nous sommes ici en tant que jeunes car nous aussi sommes touchés par toutes ces mesures anticosiales de Michel et DeWever. Aujourd'hui, nous nous battons pour notre avenir!"

Les sonnettes de vélos résonnent, toute cette foule composée de francophones, néerlandophones, jeunes, vieux, animateurs de maisons de jeunes, acteurs, profs, écoliers... des gens unis contre l'austérité et pour une autre société. C'est impressionnant...

 

Et à Liège aussi, les jeunes se sont levés tôt pour silloner les piquets de grève...

6h15, arrivés au premier piquet, devant la société Belgacom, nous sommes accueillis par un délégué syndical très content de voir des jeunes qui se lèvent si tôt pour aller soutenir les grévistes. La première chose que l’on constate à ce piquet est la diversité des syndicats présents, ce piquet est tricolore. Là aussi, nous avons pu y faire connaissance avec des personnes qui étaient très intéressées de signer notre pétition pour une taxe des millionnaires !

Aux alentours des braseros de chez Belgacom, de l’ONEM et devant les locaux de BPost l’ambiance était déterminée et amicale. Face à des jeunes militants comme nous, tous les grévistes semblaient contents de voir tant de conscience chez des jeunes.

À 8h30 nous avons déjà visité 5 piquets et décidons de nous diriger vers La Braise où se déroule le premier débriefing, mais en route nous croisons quelques enseignants qui font piquet devant l’école de promotion sociale FPS Longdoz et sont curieux de savoir comment ça se passe aux autres piquets. Nous discutons avec eux et partageons un moment de camaraderie.

En arrivant à la caserne des pompiers on aperçoit un calicot sur lequel on peut lire la devise nationale « L’union fait la force ». Un peu plus loin, devant l’entrée, nous apercevons un petit piquet de deux personnes. Ils nous expliquent qu’ils restent bien sur en service minimum et que le piquet qu’ils tiennent est plus symbolique qu’autre chose, mais qu’il est important de montrer son soutien à la grève. Ils sont également très contents de nous voir et pas du tout étonnés que nous soyons du PTB, « ben oui, on ne voit que vous dans la rue! »

Ensuite, on prend le chemin des écoles de la rue Hors-château, Sainte-Croix et l’hôtellerie ont des piquets devant, et Saint-Barthélemy est complètement désert. En passant par là, une vingtaine de grévistes à vélo mènent une action escargot en ralentissant les voitures qui circulent dans le centre.

Un peu plus loin, on croise un monsieur, seul, devant chez H&M : 

- Bonjour monsieur

-Bonjour jeunes gens ! Ah vous êtes du PTB. C’est bien, c’est bien.

- Oui, on vient visiter les piquets en soutient à la grève. Vous êtes là depuis longtemps ?

- 5h00

- Vous travaillez ici ??

- Non je suis demandeur d’emploi

- Ah bon, et vous faites quand même grève... Comment ça se fait ? Vous faisiez quoi avant ?

- Eh bien, j’ai fait tellement de choses…Savez vous ce que le mot « galérien » veut dire ? Et bien voilà ce que j’étais, j’ai été un galérien toute ma vie. J’ai travaillé dur, et aujourd’hui je n’ai plus rien, mais heureusement il me reste l’amour.

J’ai arrêté l’école à 15 ans, je n’avais pas de diplôme alors j’ai été travailler en Flandre en ramassant des pommes de terres pendant des années, puis je suis devenu boulanger et là j’ai eu un grave accident de travail. Brûlé au 3ème degré à plusieurs endroits de mon corps, j’ai dû me faire soigner, et j’ai des prothèses. Après cela j’ai travaillé au marché couvert de Droixhe, les hivers y étaient rudes. Il faisait tellement froid que j’en souffrais à cause de mes prothèses. J’ai donc dû arrêter de travailler et trouver autre chose, mais quoi ? Je n’ai pas de diplôme, je n’ai pas fait d’études, je ne peux faire que du travail lourd et manuel…après quelques années j'ai trouvé du travail en tant que chauffeur de maître. J’ai conduit des hommes politiques, puis des grand chefs de multinationales. Quand t’es chauffeur tu entends tout, tu vois tout mais tu ne peux rien dire. Quand tu vois comment ces gens-là gèrent le monde, tu te dis juste : « C’est ça le monde dans lequel je vis ? Un monde où c’est l’argent qui dirige tout ? ». J’ai été licencié en 2012 et je ne crois pas que je retrouverais du travail un jour, mais je suis là aujourd’hui car c’est important ! Parce qu’il faut se battre !

Vers midi, nous arrivons au piquet devant chez RTL, on croise des camarades qui distribuent de la soupe aux grévistes. Les grévistes sont majoritairement des enseignants à cet endroit et nous racontent leurs altercations agitées du matin.

Après cette longue matinée à silloner les piquets de grève, à la rencontre des travailleurs, on s'est tous retrouvés au siège du PTB. La salle est pleine, on boit une bonne soupe pour se réchauffer en se racontant notre journée. Certains repartent faire un tour des piquets et d’autres rentrent chez eux, fatigués par le froids mais « chauds boulette » pour la suite de la résistance sociale ! Ce 15 decembre, nous avons pu voir une jeunesse qui raconte, les étoiles dans les yeux, leur rencontre avec des travailleuses et travailleurs de différents milieux et entreprises mais qui ont une chose en commun: la volonté de se battre pour un meilleur avenir.

 

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