Chaire FEB à l’ULB pour sauver le climat, le pyromane-pompier

Il y a quelques jours, l’ULB et et la VUB annonçaient l’inauguration d’une nouvelle chaire FEB (Fédération des Entreprises Belges) sur l’économie circulaire. Sur le fond de cette invitation, le dessin d’une ville envahie par la nature, une belle et douce image censée représenter le potentiel novateur de cette nouvelle chaire dans la recherche pour sauver le climat. La FEB se préoccuperait-elle du climat ? Veut-elle investir dans une éducation qui reposerait véritablement sur les besoins de la population et de la planète ? Analyse.

Les multinationales responsables du réchauffement climatique

La FEB, ou VBO en Néerlandais, représente les entreprises belges des trois régions. Celle-ci réunit quelques 75% des emplois dans le secteur du privé.  Loin de représenter les intérêts des employés, la FEB représente surtout les intérêts des patrons de plusieurs multinationales. En fait partie notamment la Fédération pétrolière Belge qui compte parmi elle les filiales belges de Exxon Mobil, Total ou encore Shell.

Leur missions est d’aller à la rencontre des politiciens afin de faire du lobby pour que les lois et les politiques menées répondent à leurs intérêts. Cela a été le cas pour la loi travail, où ceux-ci poussaient à plus de flexibilisation, ou encore sur la réformes des pensions, défendant offensivement le passage à 67 ans l’âge de la pension. Mais ceux-ci ne limitent pas le lobby aux questions d’emploi. La FEB a poussé pour diminuer les objectifs climatiques (pourtant déjà bien trop bas) que la Belgique s’était fixée : Pieter Temmerman, patron de la FEB affirmait « Ne nous tirons pas une balle dans le pied » en expliquant que le programme environnementale européen coûterait trop cher aux entreprises belges (1).

Les multinationales telles que Exxon ou encore Total font partie des 100 entreprises responsables de plus de 71% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Ce sont donc des entreprises responsables du réchauffement climatique que la FEB représente, et leurs intérêts qui primeront dans la recherche effectuée dans cette nouvelle chaire.

Notre planète vaut plus que leurs profits, ne laissons pas le climat sur le marché de la concurrence

L’économie circulaire vise la réutilisation des déchets dans le processus de production. Portée par de nombreux acteurs de gauche pour la diminution des déchets qu’elle prône, l’économie circulaire s’est pourtant vue accaparée par les plus grandes entreprises. En effet, déjà en 2015, la Table Ronde des industriels Européens (ERT) affirmait que l’économie circulaire, par la réutilisation des déchets dans le processus de production, permettait de diminuer les coûts de production, et ainsi de faire grandir les profits et de créer un nouveau marché du déchet. L’économie circulaire trouve également tout son intérêt pour les entreprises qui prévoient d’ici à 2030 une pénurie de nombreuses matières premières, la recherche sur la réutilisation des déchets pour combler cette pénurie prenant tout son sens.

Aujourd’hui cette machine est déjà en marche : Go4circle (3) attaquait en mars 2017 l’agence publique de Bruxelles propreté pour aide d’état illégale et concurrence déloyale (4). Bruxelles propreté, récupérant des déchets industriels profitables pour les entreprises actives dans la revente de déchets, représentait une entrave à la bonne concurrence. L’agence s’est vue ainsi coupée 1,5 milliard, soit 20% de ses subsides. Pas question ici de service à la population ou encore de mesure pour le climat mais d’un nouveau marché prometteur. Le déchet devenant une marchandise comme une autre, il se retrouve soumis à la concurrence du marché. Et ce, à l’image des ETS, ces “permis de polluer” pour les entreprises qui sont uniquement devenus un nouveau marché, à défaut d’avoir mené à une diminution des gaz à effet de serre

Loin de l’ambition de lutter contre le réchauffement climatique, les multinationales voient donc dans l’économie circulaire un moyen de diminuer leur coût de production, de pallier à la pénurie de matières premières, de diminuer la dépendance à l’importation de ces dernières, de créer un nouveau marché du déchet, tout cela dans l’objectif d’assurer donc un plus grand profit pour les multinationales et une compétitivité économique mondiale.

Il est nécessaire d’investir dans la recherche sur l’économie circulaire, dans la récupération des déchets. Mais si cette recherche est encadrée par les entreprises, elle n’aura pas pour objectif de répondre au défi climatique, mais bien de permettre à ces dernières de continuer à faire du profit malgré la crise climatique et la pénurie de matières premières.

Un enseignement au service de la société

En ouvrant cette chaire, l’ULB et la VUB prennent la décision d’orienter l’enseignement au service des multinationales. L’enseignement, les universités, se doivent d’être un vecteur de prise en main de la lutte contre le réchauffement climatique, mais également un espace de développement de l’esprit critique pour les étudiants, qui forme la tête, les mains, et le coeur. Un enseignement au service de la société et pas des sociétés.

L’ULB doit donc prendre en main la recherche sur l’économie circulaire. Cependant elle doit le faire en assurant que cette recherche permette de répondre au défi climatique. Mais cela ne sera pas possible en partenariat avec la FEB. Car notre planète veut plus que leurs profits.

Pour Naomi Klein, “Si le nécessaire n’a pas encore été fait pour réduire les émissions, c’est parce que les politiques à mettre en œuvre sont fondamentalement incompatibles avec le capitalisme déréglementé dont l’idéologie a dominé toute la période durant laquelle nous nous sommes démenés pour trouver une issue à la crise du climat”. (5)


(1) https://ptb.be/articles/la-belgique-n-atteindra-pas-ses-objectifs-climat...

(2) "the more efficient use of products, components and materials enables more value to be captured, both through cost savings and by developing new markets or growing existing ones" https://www.ert.eu/sites/ert/files/generated/files/document/2015_09_16_-_ert_position_-_circular_economy.pdf

(3) Fédération qui représente les entreprises de l’économie circulaire

(4) https://www.levif.be/actualite/belgique/bruxelles-proprete-condamnee-pou...

(5) Klein, N. (2015), Tout peut changer, Editions Actes Sud, Canada.

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