Violence à Jérusalem : n’est-il pas temps de rompre les liens avec l’occupation illégale ?

Depuis plusieurs jours, les médias du monde entier diffusent l'augmentation de la tension entre Israël et la Palestine. Hier, cent mille personnes étaient rassemblées dans les rues de Jérusalem en opposition au contrôle israélien de la mosquée Al-Aqsa, située dans la partie palestinienne de la ville. Trois jeunes Palestiniens ont été tués et plusieurs centaines d'autres blessés par la répression de l'armée israélienne lors de cette manifestation. Il y a quelque jours, nous avons déjà été témoins, avec Comac, d'affrontements à Jérusalem où l'armée israélienne a attaqué des civils non armés. Les provocations et la violence d'Israël, qui occupe illégalement une grande partie des territoires palestiniens, ont fait exploser la situation. Cette occupation est parrainée par la coopération académique entre les universités occidentales et l'armée israélienne, la police secrète et l'appareil répressif. N'est-il pas temps que les universités belges rompent les liens avec les forces d'occupation?

Quand nous sommes arrivés à Jérusalem, nous avons immédiatement senti que nous entrions dans une ville occupée, dans une ville complètement gérée par les postes de contrôle de l'armée israélienne installés partout. Nous avons vu des soldats israéliens intimider et humilier un enfant, des larmes plein les yeux. Nous avons vu des soldats israéliens plaquer une femme contre le mur et la fouiller pendant qu'une arme était pointée sur elle.  Bien que la vieille ville se trouve à Jérusalem-Est, appartenant à la Palestine selon le responsable de l'ONU, elle est en permanence étouffée par les soldats israéliens. Nous avons vu comment ils usent de la violence de manière arbitraire et humiliante. Cela vaut également pour le site de la célèbre mosquée Al-Aqsa, qui est devenue le centre du conflit actuel.

La mosquée Al-Aqsa est non seulement un lieu sacré pour les croyants Palestiniens (et le troisième lieu saint selon l'Islam), mais aussi le plus important patrimoine culturel des Palestiniens qui existe encore à Jérusalem. Pour tous les Palestiniens – croyants ou non croyants - le contrôle illégal du site par l'armée israélienne est une provocation. En outre, le gouvernement israélien a décidé la semaine dernière de placer des détecteurs de métaux et tourniquets à l'entrée de la mosquée. Cette démarche est une violation à la fois du droit international et de la souveraineté de la Palestine. Les Palestiniens ont refusé cette énième humiliation et ont décidé de faire leur prière à l'extérieur de la mosquée en guise de protestation jusqu'à la suppression des détecteurs. Alors qu'une partie de notre groupe était en chemin, lundi dernier, vers le mont des oliviers pour profiter du coucher du soleil, nous avons été témoins oculaires de la manière dont l'armée israélienne a, tout à coup, cherché à diviser la foule qui était rassemblée pour la prière, avec des gaz lacrymogènes, des coups de matraque et des tirs de balles en caoutchouc. Un Palestinien qui se tenait à côté de nous a réagi avec un calme remarquable : «Ça, c'est la Palestine. Telle est la réalité quotidienne de l'occupation».

Ceux qui ont suivi les informations diffusées en Belgique ont appris que toute cette situation a commencé avec l’attaque de quelques civils palestiniens contre un groupe de soldats israéliens, dont deux ont été tués et un troisième blessé. Le gouvernement israélien a fait référence à cet incident pour justifier le placement des détecteurs de métaux et tourniquets à l’entrée de la mosquée. Cette interprétation traduit une lecture microscopique des faits qui ne tient pas compte de la réalité essentielle et omniprésente de l'occupation et de l'oppression du peuple palestinien par l'armée israélienne. Depuis 1948, les Palestiniens sont humiliés tous les jours, jetés hors de leurs maisons ou tout simplement abattus. Presque tous les jours, Israël construit de nouvelles colonies illégales en Cisjordanie. Aujourd'hui, il y a 6.200 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, dont des centaines d'enfants et une douzaine de députés. Tout cela va à l'encontre du droit international et des droits de l'Homme. Et on ne compte plus le nombre de violations des résolutions de l'ONU par Israël.

Dire que les événements actuels sont la conséquence de la tentative désespérée de quelques personnes de chasser les forces d'occupation de leur pays est un raccourci très réducteur. S'il y avait une centaine de milliers de manifestants dans les rues de Jérusalem vendredi, mais aussi dans d’autres villes de Cisjordanie, ce n’est pas seulement à cause de la violence de l'armée israélienne perpétuée à l’encontre des Palestiniens qui priaient devant les portes de la ville, ni en raison de l’installation du poste de contrôle à l’entrée de la mosquée. Non, tout cela n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pour la énième fois, trois jeunes Palestiniens ont payé de leur vie l’expression de leur ras-le-bol. La violence qui a été véhiculée par les médias ces derniers jours n’est pas un incident isolé. Cette violence est inhérente à au projet sioniste et colonial d’Israël lui-même. Pour mettre un terme à la violence et parvenir à la paix, il faut avant tout cesser l'occupation illégale de la Palestine.

Et nous pouvons contribuer à cela. Les gouvernements européens, les institutions et les universités belges participent de diverses manières à maintenir l'occupation. C’est la cas, par exemple, du projet LAW-train dans lequel le gouvernement belge, la KU Leuven, l'Université sioniste Bar Ilan et les forces de sécurité israéliennes qui coopèrent dans une recherche sur les techniques d'interrogation. La maitrise israélienne du sujet provient des techniques de torture illégale qu’Israël teste sur des Palestiniens depuis des dizaines d’années. Cela ne semble pas poser problème au gouvernement belge et la KU Leuven. Cependant, beaucoup d'étudiants c’est intolérable. Et trente enseignants ont également écrit une lettre ouverte demandant l’arrêt de ce projet. Selon un rapport de 11.11.11 de 2016, comptabilisées ensemble, les universités belges atteignent un total de 33 partenariats qui soutiennent, directement ou indirectement, la colonisation illégale de la Palestine par Israël. Ne serait-il pas bon début, pour mettre fin à l’occupation, que nos gouvernements et nos universités arrêtent toute coopération universitaire entre la Belgique et Israël?

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