Victoire sur McKinsey à l’ULB : les étudiants, professeurs et travailleurs font plier la multinationale

Le 27 janvier dernier, dans un communiqué de presse commun[1], l’Université Libre de Bruxelles et la multinationale de la consultance McKinsey annonçaient la fin de leurs négociations. Celles-ci concernaient le possible soutien financier de l’entreprise dans la construction d’un nouveau bâtiment sur le campus de la Plaine en échange de pouvoir y installer ses bureaux belges. Retour sur cette lutte victorieuse.

Un mouvement d’opposition large chez les étudiants

Ces négociations avaient été rendues publiques[2] par le Bureau des Etudiant.e.s Adminitrateur.trice.s, conseil étudiant de l’ULB, au début du mois d’octobre. Le BEA, par la même occasion, faisait part de ses craintes concernant la volonté de McKinsey « d’adapter l’enseignement universitaire aux besoins des entreprises » et affirmait sa vision : « l’Université doit servir à former des citoyen-ne-s critiques et responsables, et non pas uniquement des individus prêts à l’emploi. ». Le BEA y dénonçait également le manque de transparence des autorités de l’ULB dans les négociations, interdisant d’en faire un débat public.

Suite à cette sortie du BEA, de nombreux cercles étudiants se sont joints à l’appel lancé par ce dernier pour protester devant le conseil d’administration et signer une carte blanche commune[3] « Pour une université critique, pas dogmatique » : le BEA, le Cercle du Libre Examen, Comac, le Cercle des Sciences, le Cercle des étudiants en Philosophie et Sciences sociales, le Cercle de Droit, le Cercle de Médecine, le Cercle de Psychologie, les Etudiants Socialistes, Priorité Etudiante ULB, Oxfam ULB, le Bureau des Etudiants en Science ainsi que des chercheurs membres de la délégation CGSP Enseignement & Recherche. Le mouvement étudiant démarrait donc, unis lors d’assemblées générales contre la venue de McKinsey sur le campus de l’ULB, et de manière plus générale contre la marchandisation et la privatisation de l’enseignement, contre l’augmentation du minerval des étudiants étrangers, symbole de l’élitisation et de la mise en concurrence mondiale des universités, ainsi que pour l’instauration de référendums étudiants lorsque 10% des étudiants le demandent, et ce afin de pouvoir mener des débats démocratiques sur les choix réalisés par l’université. Une pétition rassemblant ces revendications a recueilli près de 1500 signatures.

Les syndicats et professeurs s’unissent à ce mouvement

Mais les étudiants n’ont pas été les seuls acteurs de cette lutte. D’une part les syndicats des travailleurs se sont prononcés contre la venue de McKinsey sur le campus, d’autre part, des dizaines de professeurs de l’ULB ont signé une opinion[4] dénonçant la volonté de l’entreprise « de transformer l’enseignement et la recherche en un marché global, rentable, générateur de profits et libéré du poids des Etats ».

Si les étudiants ont été initiateurs de ce mouvement de résistance à la privatisation et à la marchandisation de l’enseignement, c’est l’élargissement de ce mouvement à l’ensemble de la communauté universitaire qui a permis de développer le rapport de force nécessaire pour faire plier la multinationale.

La mobilisation paye

Actuellement les politiques nous disent sans cesse qu’il n’y a « pas d’alternative » et les mesures anti-sociales et dans l’intérêt d’une minorité priment sur celui de la majorité pleuvent. Avec la lutte McKinsey, nous pouvons voir que lorsque l’on se mobilise, lorsque l’on exprime ensemble nos désaccords en élevant notre voix, il est possible de faire plier une multinationale. Un enseignement crucial pour le mouvement étudiant, qui peut refuser la marchandisation et la privatisation de notre enseignement et obtenir des victoires par la mobilisation.

La lutte continue

Et les prochaines luttes seront d’autant plus nécessaires que McKinsey n’était que la pointe visible d’un iceberg géant, celui de la marchandisation et la privatisation de notre enseignement, mis en place à travers le joug d’étranglement du sous-financement de l’enseignement, poussant les établissements à chercher du soutien financier dans le secteur privé. Locaux insalubres, manque de place, augmentation de la concurrence entre les établissements pour rayonner internationalement et attirer ainsi les chercheurs et les étudiants les plus brillants, mais également pour attirer le plus d’étudiants, sources de leur financement. Le pression mise sur les établissements doit cesser, et cela par un refinancement de l’enseignement, afin que ce dernier puisse être assuré dans l’intérêt de l’ensemble de la population, et pas pour le profit de quelques-uns. Un refinancement public à hauteur de 7% du PIB, financé par une taxe des millionnaires. Pour un enseignement public, gratuit, de qualité, accessible à tous et émancipateur, avec Comac, nous continuerons à lutter avec le mouvement étudiant, car la lutte paye.

 

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