TTIP Game Over : « désobéir est devenu nécessaire »

Les jeux ont fait fureur cet été, que ce soit Pokémon GO ou TTIP Game Over. Si le premier est nettement plus connu, le second a compté 21 actions en une semaine contre le traité de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (TTIP). Comac a rencontré Edith Wustefeld, porte-parole de TTIP Game Over.

Probablement que les négociateur·trice·s américain·e·s et européen·ne·s du TTIP avaient choisi juillet pour organiser le 12e round des négociations en espérant que ça passerait inaperçu. Raté. Du 11 au 15 juillet, Bruxelles aura connu une semaine plus agitée que d’habitude : des écrans publicitaires piratés, des centaines d’affiches remplacées dans les stations de métro, des dizaines de jeunes qui s’enchainent aux portes d’un bâtiment de la Commission européenne, des animaux qui envahissent le hall des négociations, 300 personnes qui se retrouvent tôt le matin pour accueillir les négociateur·trice·s en tapant sur des casseroles... La semaine d’action contre les traités de libre-échange appelée par l’initiative TTIP Game Over a eu du succès.

D’où vient l’initiative TTIP Game Over et pourquoi t’es-tu engagée là-dedans ?

Edith Wustefeld. Plus on se renseigne sur le TTIP et le CETA, plus on se rend compte à quel point les enjeux qui sont derrière sont énormes. Que ce soit en termes de droits sociaux, environnementaux, sanitaires ou démocratiques. Tellement énormes qu’on se demande comment c’est possible qu'encore si peu de gens soient au courant. Et même s’il y a énormément de mobilisations, elles n’arrivent pas jusqu’ici à empêcher que ça avance… Nous avons lancé l’initiative TTIP Game Over face à ce constat, en considérant que la désobéissance civile devenait nécessaire, pertinente et légitime.

Quel message arrivez-vous à faire passer avec ces actions ?

EW.  On veut perturber, ennuyer les négociateur·trice·s. On veut qu’ils/elles ne puissent pas se dire « Ça se passe sans souci, on discute de ce qu’on veut comme on veut et dans le plus grand secret. » C’est aussi un outil pour mettre en lumière toute la mobilisation et toute la contestation qu’il y a autour du TTIP. On n’était pas des milliers et des milliers devant les portes du centre de conférence mais avec cette forme-là cela a l’avantage d’être médiatique et d’attirer l’attention. Le but est aussi de permettre à des gens de se poser des questions. Si certain·e·s peuvent se demander « Si des citoyen·ne·s sont prêt·e·s à s’enchainer c’est qu’ils/elles sont vachement déterminé·e·s : qu’est-ce qu’il y a derrière ? » alors on a atteint notre but…

Tu disais que la désobéissance civile vous est apparue comme mode d’action « nécessaire, légitime et pertinent ». Pourquoi ?

EW. Nécessaire parce que la menace est énorme. C’est nécessaire de mettre tous les moyens en œuvre parce que les moyens en face sont colossaux. Le poids des lobbys et des multinationales dans ces négociations est complètement démesuré.

La désobéissance civile est pertinente aussi, elle l'a montré par le passé : Gandhi et sa lutte pour l’indépendance de l’Inde, Rosa Parks et le mouvement contre la ségrégation aux États-Unis ou le combat pour le droit des femmes en Belgique. Ce sont souvent des luttes de longue haleine, mais ça fonctionne.

Et légitime parce qu’il y a déjà eu beaucoup d’autres choses qui ont été et sont tentées : l’initiative citoyenne européenne, les zones hors-TTIP, les mobilisations, etc. Mais ils et elles ne veulent rien entendre, ce processus est complètement anti-démocratique. C’est donc tout à fait légitime de passer à la désobéissance civile.

Pourquoi faire cela sous forme de jeux ?

EW. On veut travailler sur l'idée d’émulation et d’enthousiasme. On utilise souvent le terme « alegria militante » (le bonheur d’être militant), c’est l’idée qu’être militant n’empêche pas d’être joyeux. Même si ce qu’on combat est triste, grave, laid, dangereux, cela n’empêche qu’on peut le combattre en étant joyeux·ses : c’est cette face-là de la médaille qu’on veut. Cette face est pleine de solidarité, d’action collective et de bonne humeur. Cela nous rend plus fort·e·s face à ceux et celles qu’on combat.

Quel bilan faites-vous de ce premier round d’actions TTIP Game Over ?

EW. C’était un échauffement, on n’avait pas mis la barre trop haut. Et il y a eu beaucoup de choses : 21 actions, avec de nombreuses personnes. On ne s’était pas attendu à tout ça. Le cycle de négociation ne s’est pas déroulé sans accroc, on a réussi à le perturber et c’est déjà une réussite. On a eu aussi une grande fenêtre médiatique pour faire parler du TTIP. Et enfin, il y a environ 250 personnes qui ont été vraiment actives et 600 qui ont participé de près ou de loin. Il ne faut pas oublier que c’est de l’action directe. C'est une très bonne base pour la suite…

Quelle est la place des grandes mobilisations à côté de ces actions directes ?

EW. Elles sont indispensables si on veut gagner. Je suis convaincue qu’on peut avoir des dizaines de milliers de personnes dans les rues, voir plus. Le mardi 20 septembre, en semaine, ce ne sera pas évident de rassembler les gens qui n’habitent pas à Bruxelles, mais ce sera là aussi un échauffement. Il y a encore plein de gens qui n’ont pas la moindre idée de ce que c’est le TTIP et on doit les gagner.

 

Prochain rendez-vous les 03, 04 et 04/11 pour les TTIP GAME OVER. Plus d’infos sur ttipgameover.net/blog 


 

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