Trump fait monter la tension au Moyen-Orient en signant un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite

Le président américain Donald Trump a entamé sa première tournée de visites à l’étranger. Sa toute première destination était l’Arabie saoudite, qui est depuis des décennies un allié fidèle mais controversé des États-Unis.

En Arabie saoudite, Trump, son ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson et une série de représentants de multinationales américaines ont conclu un nombre important d’accords d’affaires. Le plus spectaculaire de ceux-ci est un contrat de vente d’armements pour un montant de 110 milliards de dollars. Trump a également prononcé un discours dans lequel il a appelé les pays arabes à agir de manière plus dure envers l’Iran. Quelques jours avant sa visite à l’Otan, à Bruxelles, Trump a déjà fait augmenter la menace de guerre au Moyen-Orient et donné le ton pour une militarisation fortement accrue.

Des contrats de plusieurs milliards

Le président vient de connaître des semaines difficiles. Il fait l’objet de très vives critiques depuis qu’il a licencié le directeur du FBI suite à une enquête de cet organisme sur les soupçons d’ingérence de la Russie dans les élections américaines. Son premier voyage à l’étranger arrivait donc à point nommé pour ramener l’attention sur son programme.

Trump a immédiatement signé un contrat de plusieurs milliards pour livrer des armes, des navires de guerre, des tanks, des hélicoptères et des dispositifs antimissiles américains à l’Arabie saoudite. En plus de la défense, des accords ont également été conclus dans les domaines de l’aviation, du pétrole et du gaz. Au total, le montant de ces contrats s’élèverait à quelque 350 milliards de dollars. Les multinationales américaines de l’armement et de l’énergie fossile se frottent les mains. armi celles-ci figure entre autres ExxonMobil, le géant du pétrole dont Rex Tillerson était le CEO avant de devenir le ministre des affaires étrangères de Trump.

Ces investissements peuvent s’avérer une grande menace pour la paix mondiale. L’Arabie saoudite est connue pour être un important sponsor de groupes rebelles extrémistes au Moyen-Orient et, ces dernières années, elle intervient de plus en plus dans les conflits internes de pays voisins. En 2011, les tanks saoudiens ont ainsi réprimé une révolte populaire au Bahrein et la force aérienne saoudienne effectue depuis l’an passé des bombardements meurtriers au Yémen, faisant de très nombreuses victimes civiles.

Aventures militaires

Dans son discours sur le terrorisme, prononcé devant 55 chefs d’État de pays musulmans dans la capitale saoudienne Riyad, Trump n’a pas dit un mot sur le rôle de l’Arabie saoudite en tant que plaque tournante de l’extrémisme et de la violence au Moyen-Orient. Au lieu de cela, il a accusé l’Iran d’être à la base de la terreur et de toute l’instabilité dans la région. Il est frappant de constater qu’après l’invasion de l’Irak, les Etats-Unis tournent de plus en plus leur ligne de tir en direction de son plus grand voisin, l’Iran.

Pour les Etats-Unis et leurs alliés saoudiens et turcs au Moyen-Orient, l’Iran est un concurrent. C’est un pays isolé où peu d’entreprises étrangères sont actives. Ces dernières années, il y a toutefois eu un timide rapprochement entre l’Iran et l’Occident. Sous l’égide des Nations unies, des accords ont ainsi été trouvés avec l’Iran concernant l’énergie nucléaire. Ce week-end, le pro-occidental Hassan Rouhani vient justement d’être reconduit à la présidence de l’Iran. Mais Trump a qualifié l’accord nucléaire de l’an dernier avec l’Iran de « plus mauvais accord jamais conclu » et suit les recommandations de think-tanks comme la Heritage Foundation. Cette fondation est cofinancée par le complexe industriel militaire et elle vise un conflit militaire avec l’Iran pour bloquer l’influence iranienne en Syrie et au Liban et ouvrir le marché iranien à l’exportation américaine. Les armes et la technologie militaire que les Etats-Unis vont livrer à l’Arabie saoudite serviront donc surtout contre l’Iran.

Trump montre une fois de plus sa volonté de libérer des budgets gigantesques pour de dangereuses aventures militaires. Il a non seulement encore augmenté de 54 milliards le budget américain de la défense qui atteint déjà des hauteurs vertigineuses, mais il attend aussi de ses alliés qu’ils le suivent dans cette voie. Dans le discours qu’il prononcera à l’Otan ce jeudi 25 mai à Bruxelles, il répétera sans aucun doute son exigence : tous les Etats membres de l’Otan doivent consacrer 2% de leur produit intérieur brut à la défense. Pour la Belgique, cela représenterait une dépense de 5 milliards d’euros supplémentaires par an. Heureusement, partout où Trump est de passage, l’opposition à ses plans de guerre est bien visible. À son arrivée en Israël, quelques milliers de Palestiniens sont descendus dans les rues ; à Rome, lors de sa visite au pape, il y aura une manifestation ; et lorsqu’il atterrira à Bruxelles ce mercredi 24 mai, il sera attendu par une grande marche de protestation qui partira à 17 heures à la gare du Nord.

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