Trump en Belgique : « Not Welcome ! »

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Dès la confirmation de la venue du président américain Donald Trump en Belgique, à l’occasion du sommet de l’OTAN le 24 mai, quatre jeunes Gantois ont lancé un événement Facebook « Protest March – Trump Not Welcome ». Il compte déjà près de 8 000 participants et 20 000 intéressés. Rencontre avec deux des organisateurs, Natalie Eggermont et Bakou Mertens.

Natalie Eggermont (28 ans) était jusqu’il y a peu présidente du Climate Express. Avec son équipe, elle avait réussi le pari fou d’emmener 800 Belges en train jusqu’en Pologne à l’occasion du sommet climatique en 2013, et plusieurs milliers d’autres pour manifester à Paris fin 2015 (manifestation qui avait finalement dû être déplacée à Ostende suite aux attentats). Originaire de Gand, elle habite à Courtrai et est médecin urgentiste. 

Bakou Mertens (20 ans) est originaire de Bruxelles mais étudie les sciences politiques et économiques à Gand. Il est également membre de la délégation étudiante et président de UGent1010, une plateforme active autour des questions d’écologie. 

D’où vous est venue l’idée d’organiser cette marche ?

Bakou Mertens. Lorsque Trump a été élu, cela a provoqué la peur et la colère chez beaucoup de gens. Beaucoup se sentaient un peu perdus face à un tel discours de haine et de destruction sociale. Il nous semblait donc important de pouvoir réunir et mobiliser toutes ces personnes, de ne pas nous laisser faire, et, surtout, de ne pas nous laisser diviser par son discours raciste et sexiste.

Natalie Eggermont. Nous avons également été inspirés par la Women’s March aux États-Unis, où l’initiative avait été lancée par une femme sur Facebook et avait finalement mobilisé des millions de personnes. Cela avait été la plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis !  

Quel est l’objectif de cette manifestation ?

Bakou Mertens. On veut d’abord amener du fond, montrer en quoi la politique de Trump est néfaste et dangereuse pour la société tout entière.

Natalie Eggermont. Trump est peut-être le président des États-Unis, mais sa politique a des répercussions sur le monde entier. Pensons à la guerre, à sa négation des problèmes climatiques, à sa réduction des subsides aux Nations unies, etc. 

Bakou Mertens. C’est important de saisir qu’il ne s’agit pas juste d’un clown, mais qu’il défend au contraire un agenda politique bien précis, que c’est cet agenda qui est dangereux et qu’on dénonce.

Natalie Eggermont. Le gouvernement américain est un gouvernement de multimilliardaires. Naomi Klein – qui planche sur un nouveau livre (voir www.noisnotenough.org/) à propos du combat contre la politique de Trump, l’a décrit comme « le stade ultime du néolibéralisme ». Après des années de privatisations progressives de l’État et de lobbying dans les couleurs de la politique, l’élite décide d’évincer les intermédiaires en politique et de prendre directement les rênes. Exxon Mobil aux Affaires étrangères, General Dynamics à la Défense et Goldman Sachs dans à peu près tout le reste.

Et ils sont tout de suite passés à l’attaque : contre les musulmans, les femmes, les syndicats, les militants du climat, etc. Comme citoyens engagés, nous devons du coup saisir cette opportunité pour nous unir dans la résistance en faveur d’une société pacifique, durable et socialement équitable. De plus en plus de gens se mettent en mouvement et, aux États-Unis, une marche pour la science a même été organisée !  

Bakou Mertens. Nous voulons en effet rassembler les différents mouvements en lutte dans notre société : le mouvement social, le mouvement climatique, le mouvement féministe, le mouvement pour la paix, le mouvement antiraciste, etc. Construire une plate-orme très large et très diverse contre la politique et le discours de Trump. D’où notre slogan : « United We Stand ».

Trump est président des États-Unis, pourquoi organiser une marche contre lui à Bruxelles ?

Natalie Eggermont. Ce sera la première fois que Trump se rendra dans un pays étranger depuis son investiture. J’espère que cette marche inspirera les activistes du monde entier et que partout où Trump se rendra, des milliers de gens seront là pour dénoncer sa politique.

Bakou Mertens. Nous voulons aussi faire de cette Protest March un événement contre le « phénomène Trump » qui existe et se développe ici aussi en Europe. On le voit avec la montée de certains partis d’extrême droite mais aussi déjà au niveau de certaines politiques menées contre les personnes d’origine immigrée ou les réfugiés, par exemple. 

Natalie Eggermont. On veut vraiment lancer un signal à nos dirigeants en disant : « On ne veut pas de cette politique ici. On ne veut pas de ces discours. »

Bakou Mertens. Trump vient en outre pour participer au sommet de l’OTAN avec un agenda très clair : la militarisation de l’Europe avec de nouveaux investissements dans l’armée. On veut envoyer le signal que nous refusons de suivre Trump dans cette voie. 

L’événement a très vite rencontré un succès sur Facebook. Comment expliquez-vous ce succès ?

Natalie Eggermont. Nous savions que beaucoup de gens n’étaient pas d’accord avec la politique de Trump et voulaient faire quelque chose. À peine lancé, le succès de l’event Facebook a confirmé notre idée. En quelques heures, des milliers de gens ont dit qu’ils seraient présents à la Protest March. Les nombreuses organisations qui organisent à présent la Protest March avec nous mobilisent activement autour d’elles. La presse a également très vite montré son intérêt.

Bakou Mertens. On veut aussi toucher et mobiliser les gens qui ne sont pas encore engagés dans la société civile ou qui ne sont pas membres d’une organisation, mais qui se disent « maintenant on doit faire quelque chose, il y a des alternatives ». L’objectif de la manifestation est aussi de rassembler toutes ces personnes qui s’engagent pour la première fois. Beaucoup de bénévoles aident à tout organiser. C’est très enthousiasmant et motivant. À voir tout ce dynamisme, on sent l’espoir renaître.

Natalie Eggermont. De nombreuses activités sont également prévues pour préparer et mobiliser en vue de la Protest March. Les étudiants mobilisent activement sur les campus. 

Bakou Mertens. La marche commencera avec des discours et se terminera avec des chanteurs sur un podium géant. On veut que ce soit également une fête pour une alternative. On veut montrer qu’on rejette cette politique et ce discours, et qu’un autre monde est possible. En tant que jeunes, en tant que citoyens, on peut avoir un impact sur la société. Il y a moyen de faire bouger les choses !

Natalie Eggermont. Nous nous inspirons de ces mots de Bernie Sanders : « Le vrai changement ne vient pas du haut vers le bas, mais toujours du bas vers le haut. Le changement vient quand un grand nombre de gens sont prêts à se lever et à se battre pour la justice. »

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Toutes les infos sur le site www.trumpnotwelcome.be

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