Trois raisons pour lesquelles le « nettoyeur » Theo Francken n’est pas le bienvenu sur nos campus

Le 3 octobre, le secrétaire d’État Theo Francken viendra tenir une conférence à la KU Leuven, sur invitation du KVHV (Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond – Syndicat catholique flamand des étudiants de l’enseignement supérieur). Francken poursuit ainsi sa tournée des universités flamandes. Plus tôt, il a déjà donné deux conférences à l’Université de Gand, une au KULAK et une à la VUB. Le 26 octobre, il prendra la parole à l’Université d’Anvers, de nouveau sur invitation du KVHV. Dans ces conférences, il part de la problématique des migrants pour diffuser son image d’un monde raciste et antidémocratique, et chaque fois sans possibilité de répondre. « Parlons de contenu et ne jouons pas sur l’homme », a demandé Theo Francken vendredi à l’émission Terzake (sur la chaîne flamande Canvas). De ce fait, voici donc trois raisons pour lesquelles Theo Francken n’est pas le bienvenu dans nos universités.

1. Theo Francken s’en prend aux droits de l’homme

« Hashtag opkuisen (nettoyer) ». Voilà comment « notre » secrétaire d’État à l’Asile et la Migration parle des personnes cherchant à se réfugier et que, via les intimidations de la police, il chasse du parc Maximilien ; le même langage qu’utilisait le seul Vlaams Belang voici quelques années. Des semaines durant, des centaines de migrants y ont dormi dehors et, parmi ceux-ci, des femmes enceintes et des enfants. Comme Zyada, par exemple, 22 ans et enceinte. Ou Samira, 16 ans, qui avait perdu ses deux parents. Ou encore Ali, 14 ans, qui venait souvent dire bonjour aux bénévoles. Comment Francken s’y prend-il pour « nettoyer » ces enfants ? Ces dernières semaines, Comac est allé distribuer des petits déjeuners aux demandeurs d’asile qui, pour l’instant, doivent dormir dehors dans le parc Maximilien, situé à proximité de la gare du Nord, à Bruxelles. Femmes et enfants, tout le monde y vit dans des conditions indignes. Encore heureux qu’il y ait des bénévoles qui essaient de combler les graves manquements des autorités et de rendre la situation un tant soit peu vivable.

En attendant, voilà des semaines que Jan Jambon (N-VA) durcit et multiplie les opérations de police afin de chasser les migrants de la gare et du parc. « Ces personnes ne sont pas les bienvenues. Tel est le message que nous devons leur transmettre », entend-on du côté du cabinet du ministre de l’Intérieur. (1) C’est on ne peut plus clair. « Nettoyer » ne fait pas seulement partie du langage de Theo Francken, c’est également un élément à part entière de sa politique. Ces dernières semaines, les réfugiés ont été chassés par la police, qui jetait systématiquement leurs affaires : sacs de couchage, vêtements propres, etc. Une partie d'entre eux est à présent enfermée en centres fermés. D'autres sont accueillis chez des habitants. D'autres enfin ont quitté la Belgique, pour se rendre en France par exemple. « Nettoyés », dirait Theo Francken. Plus les gens seront maltraités, plus il y aura de chances de les voir demander l’asile dans un autre pays. En attendant, des êtres humains sont littéralement traités comme du rebut.

Dans la note politique qu’il a présentée en novembre, Francken propose une politique de push-back par laquelle les frontières de la « forteresse Europe » continueront à être sécurisées militairement. Ensuite, il veut recourir davantage à ces fameux « transferts Dublin », au cours desquels les réfugiés sont renvoyés vers le premier pays dans lequel ils ont débarqué. La situation dans les camps de réfugiés grecs et italiens est déjà lamentable, aujourd’hui. Ces pays sont également soumis à de fortes pressions, parce que c’est précisément dans ces mêmes pays que se retrouvent d’abord la plupart des gens qui traversent la mer. Francken défend aussi le marché illégal avec la Turquie, marché dans lequel l’Europe refile 3 milliards à la Turquie pour y expulser les gens et les y bloquer. « Avec ce marché avec la Turquie, nous avons pu faire cesser le courant migratoire de la Turquie vers la Grèce », dit encore Francken. Ce marché est toutefois condamné par des nombreuses organisations des droits de l’homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch.

En Turquie, les réfugiés ne bénéficient que d’une protection temporaire et, légalement, ils n’ont pas le droit de travailler. Par conséquent, nombreux sont ceux qui travaillent illégalement afin de pourvoir à leurs besoins, et pour des salaires de moitié inférieurs à ceux des Turcs, ce qui s’avère souvent très insuffisant. Nombreux aussi sont les enfants qui doivent aller travailler. Pas moins de 485 000 enfants syriens en âge de scolarité obligatoire ne vont plus à l’école. La plupart d’entre eux affichent déjà un retard scolaire de deux ans, et certains plus encore. (2) Stephanie Gee, enquêteuse au service de Human Right Watch, met en garde contre les dangers découlant d’une telle situation. Elle mentionne entre autres le risque d’être confronté à une « génération perdue », la précarité de se marier à un très jeune âge, le travail forcé, la radicalisation et le recrutement par des groupes terroristes. (3)

Outre le marché illégal avec la Turquie, censé mettre un terme à l’afflux vers la Grèce, il existe également un marché entre l’Italie et les trafiquants criminels d’êtres humains de la Brigade 48. L’Italie paie de très grosses sommes à ces passeurs pour qu’ils ne passent plus de migrants. On sait pourtant que cette « brigade » viole, assassine et torture à grande échelle. La seule réaction de Francken à cela, c’est que « tout cela est de la faute du procès Hirsi contre l’Italie, en 2012 ». Un procès dans lequel il a été dit que les droits de l’homme valent également pour les gens en mer. Et, maintenant, il a donc son propre arrangement avec le Soudan. « C’est un jeu politique assez cynique, auquel sont soumis les intérêts des réfugiés », déclare le spécialiste de l’Afrique Koert Lindijer à ce propos. Le Soudan est un allié de l’Arabie saoudite dans l’atroce guerre du Yémen et il y applique la charia. « Il est très vraisemblable que des membres des services secrets fassent partie de l’équipe d’identification », ajoute cet autre spécialiste de l’Afrique qu’est Koen Vlassenroot (Université de Gand). Avec l’aide de Francken, une délégation soudanaise peut donc débarquer ici pour débusquer des opposants politiques, les ramener au Soudan et les transférer vers les chambres de torture. Violation des droits de l’homme, soutien à l’Arabie saoudite et la charia : voilà ce qu’il en est des « normes et valeurs » que Francken prétend défendre.

En outre, sa politique va à l’encontre de la Convention de Genève. Cette convention a été instaurée après la Seconde Guerre mondiale, en même temps que toute une série d’autres traités internationaux, afin d’éviter à l’avenir les atrocités de cette guerre mondiale. Dans la Convention de Genève sont établis les droits fondamentaux des réfugiés et les devoirs qui en découlent pour les États. C’est le principal fil conducteur juridique en vue d’une politique d’asile humaine et il se situe au même niveau que la déclaration européenne des droits de l’homme. La Convention de Genève stipule que toute personne qui fuit les poursuites en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses convictions politiques, ou qui risque d’être poursuivie, a droit à une protection si elle la demande. Chaque demandeur d'asile doit voir se demande évaluée de manière individuelle. On ne peut pas renvoyer des groupes de personnes simplement sur base de la nationalité. L’article 33 interdit explicitement la politique de push-back que prône Francken. « Expulser ou ramener une personne aux frontières d’un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacée est interdit. » Et, pourtant, c’est clairement ce qui se passe dans le cas des arrangements avec la Turquie, les trafiquants libyens d’être humains ou le Soudan.

À propos de la solution des causes fondamentales des flux de réfugiés, on n’entend presque jamais Theo Francken s’exprimer. Il y a plus grave encore : sur les trois principales causes — la guerre, le changement climatique et la pauvreté —, il adopte des points de vue qui ne feront qu’aggraver encore la situation. Francken veut investir davantage dans le matériel de guerre afin d’aller bombarder le Moyen-Orient. Il écrit à ce propos : « Investir dans notre propre défense est une nécessité absolue pour la protection de notre société. Sans une sécurité sévère, pas de douce sécurité sociale. (...) Sans sécurité, pas de soins. » Francken affirme donc on ne peut plus péremptoirement que nous devons bombarder afin de protéger notre bien-être. À propos du réchauffement climatique, il dit : « Le réchauffement climatique par l’homme : le groupe A dit oui ! Le groupe B dit non ! Moi, je dis : il y a un débat. » Cela revient à peu près à dire qu’il y a un débat sur la théorie de l’évolution. Quand il est interpellé à ce propos par un journaliste, il dit ceci sur la seconde cause principale du flux de réfugiés : « Peut-être est-ce le nouveau dogme politiquement correct, qu’on ne peut mettre en doute le réchauffement climatique par l’homme. (...) Qu’est-ce que cela a à voir avec la migration ? » De même, à propos de l’aide au développement, il est on ne peut plus clair : « Davantage d’aide n’est pas une garantie de moins de réfugiés. » Bombarder plus, ne rien entreprendre contre le réchauffement climatique et pas davantage d’aide au développement, donc. Et, entre-temps, renvoyer le plus de monde possible.

2. Theo Francken crée des citoyens A et B et propage le racisme

Francken est un maître pour diviser les gens. Il ne dresse pas seulement les Belges contre les réfugiés, mais au sein des deux groupes aussi, il crée la division. Ainsi, il a dit d’une part qu’il parvient moins à se représenter la plus-value des migrants marocains, congolais et algériens que celle de la diaspora juive, chinoise et indienne. Il est également partisan de pouvoir retirer la nationalité belge à des personnes qui ont une double nationalité. Une valeur fondamentale de la pensée des Lumières est l’égalité de l’être humain universel.

Tous les êtres humains, quelle que soit leur origine, sont égaux. Les droits fondamentaux valent par conséquent pour tous, indépendamment de la foi, de l’origine, de la nationalité ou de quoi que ce soit. Dans la vision de la N-VA et de Francken, il n’est toutefois pas question de l’être universel, les droits ne valent selon eux que pour les « membres de la nation ». Dans le nationalisme mesquin de la N-VA, les différences au sein de la société flamande sont rendues invisibles. Cela repose sur le mythe d’une société flamande homogène, avec une seule langue, une seule culture, une seule opinion publique.

La loi sur les étrangers appliquée par Francken montre la chose clairement. Avec cette loi, les étrangers qui séjournent légalement dans notre pays peuvent être expulsés sur base de soupçons. Sans preuve. Sans aide juridique. Sans procès. Il franchit ainsi un pas en direction d’une société avec des citoyens A et B, une société au sein de laquelle certains ont plus de droits que d’autres. Plus de 170 organisations et personnalités du monde associatif ont rédigé une lettre ouverte afin de mettre l’accent sur le caractère dangereux et antidémocratique de cette loi. Mieke Van Laer, du Progress Lawyers Network, déclare que « quelques piliers de l’État de droit ont été renversés, entre autres, le principe d’égalité, la séparation des pouvoirs, la présomption d’innocence et le droit à l’accès à un juge et à un procès équitable ». (4)

Pour diffuser sa vision, Francken prononce, avec la régularité d’un métronome, des discours racistes ou au bord du racisme. Ainsi, sur sa page Facebook, a-t-il déclaré : « Puis-je dire, de façon quelque peu provocante, que je puis bien me représenter la plus-value économique de la diaspora juive, chinoise et indienne, mais moins celle de la diaspora marocaine, congolaise ou algérienne ? Ou est-ce aller trop loin ? » Récemment, il lançait un sondage sur sa page Facebook en posant la question : « Qui doit être sauvé ? » Les options étaient : chrétiens, druzes et yézidis, tout le monde ou personne. Quand sont apparues des critiques à l’encontre du « muslim ban » de Trump, Francken a surtout estimé qu’il ne fallait pas agir « de façon hystérique ». Après l’attaque d’extrême droite contre les manifestants de gauche à Charlottesville, Francken a embrayé sur la rhétorique de Trump, qui prétendait que la violence avait été « déclenchée » par les manifestants de gauche. Sur sa page Facebook, Francken n’a rien dit de la plus grande manifestation de l’extrême droite depuis des années aux États-Unis, avec la participation de néonazis et du Ku Klux Klan. Il a parlé au contraire de la « violence » des antifascistes après qu’ils avaient abattu la statue d’un dirigeant des Confédérés (partisans des États du Sud, lors de la guerre de Sécession américaine). Après les événements de Charlottesville, il n’a retweeté qu’un seul homme politique : Donald Trump.

Sarah Smeyers, avec qui Francken collabore étroitement et avec qui il a également écrit un livre, a introduit une proposition de loi visant à réduire les allocations familiales des réfugiés reconnus. Détail intéressant : elle l’a introduite au Parlement fédéral alors qu’il s’agit d’une compétence flamande. Cela signifie que, pour elle, il s’agit avant tout de détourner le débat dans les médias concernant l’échec de la politique budgétaire vers l’idée que ce sont les migrants qui reçoivent trop d’allocations familiales. Pour l’instant, une nouvelle proposition de loi de Theo Francken est en route. Il y travaille depuis des années et elle sera censée permettre d’incarcérer bien plus facilement les demandeurs d’asile (enfants y compris) dans les centres fermés et de créer un cadre légal belge pour une politique belge du push-back dans laquelle on pourra utiliser les GSM, les médias sociaux et des sources anonymes contre les demandeurs d’asile. Bien des composantes de cette proposition de loi émanent directement du programme en 70 points pour lequel, dans le temps, le Vlaams Blok a été condamné pour racisme. De même, le langage du texte juridique de cette proposition semble emprunté au Vlaams Blok. Les demandeurs d’asile y sont décrits comme des aventuriers et des profiteurs. Bien que la loi soit en préparation depuis deux ans déjà, le monde associatif n’a été invité à prendre connaissance du projet de loi qu’une semaine à l’avance. Le Conseil d’État lui aussi a estimé ce délai trop court pour se prononcer sur la loi. Cela n’est pas sans importance, car le texte de loi va à l’encontre de très nombreux droits de l’homme et il pourrait donc très bien être déclaré anticonstitutionnel.


3. Theo Francken entend clouer le bec au monde associatif

Avec la régularité d’un métronome, Francken s’en prend aux organisations du monde associatif. « Qui est Unia ? » Telle avait été sa question dans le journal quand on lui avait demandé s’il tiendrait compte du fait que, dans son avis, le centre d’égalité des chances avait qualifié une certaine proposition politique de discriminatoire. En 2012, il écrivait dans son livre : « (...) nous avons besoin d’hommes politiques efficaces qui osent braver le diktat du PS et de l’industrie lucrative de la migration avec ses lobbys d’avocat cupides, ses dizaines d’ONG et petites ASBL. » Les organisations du monde associatif ne peuvent pas trop le contredire. Quand émanent des médias des rumeurs critiques à l’égard de la N-VA, de rudes ripostes s’ensuivent. Ainsi, il a accusé Médecins sans frontières (MSF) de trafic d’êtres humains. Christof Godderis, directeur de la communication de MSF, déclare à ce propos : « C’est la toute première fois, au cours de notre existence, que des hommes politiques européens nous attaquent de front parce que nous proposons de l’aide humanitaire à des réfugiés et que nous essayons de sauver des vies. Selon moi, c’est d’ailleurs un plus grand combat, qui se déroule ici : en attaquant MSF, certains hommes politiques attaquent également les principes auxquels nous sommes attachés. C’est inouï et, jusqu’à présent, nous avons été très gentils, dans notre réaction. Peut-être trop gentils, même. » (5) Ces accusations s’inscrivent parfaitement dans la vision de Francken, selon laquelle tous ceux qui se montrent critiques envers sa politique doivent être criminalisés et se voir imposer le silence.

De Morgen a tenté de dresser un récapitulatif des attaques de la N-VA contre ceux qui les contredisent. Le 8 janvier 2016, Bart De Wever clamait son indignation à propos d’un sujet de l’émission De Afspraak (le rendez-vous), sur la chaîne flamande Canvas, émission au cours de laquelle il avait été fait allusion à des plaintes à l’encontre du sénateur N-VA Pol Van Den Driessche pour intimidation sexuelle. Dans un courriel adressé entre autres au présentateur Bart Schols, De Wever avait écrit : « Ce cadrage conscient est tout simplement à vomir. Comment pouvez-vous être aussi stupide, incompétent, dégoûtant et vil ? » Le 5 septembre 2016, Youssef Kobo a dû démissionner de son poste de collaborateur politique du CD&V suite à une campagne de calomnie de la N-VA. Le 14 novembre 2016, Liesbeth Homans menace le Forum des minorités de le priver de ses subsides en raison de ces « absurdités » à propos du Père Fouettard. Le 9 janvier 2017, Abou Jahjah doit démissionner de son poste de chroniqueur au quotidien De Standaard suite à des années de campagne calomnieuse de la part de la N-VA. Le 18 janvier 2017, sur Twitter, Theo Francken s’en prend vertement à la journaliste Marjan Temmerman, deux minutes après un reportage réalisé à partir de Dunkerque. « Est-ce une journaliste ou une activiste ? Ou est-ce en fait la même chose, à la rédaction de la VRT ? Inimaginable ! » Le 24 février 2017, le porte-parole de la N-VA, Joachim Pohlmann, lance une attaque contre le centre interfédéral pour l’égalité des chances, Unia. Dans la foulée immédiate de sa désignation comme secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Zuhal Demir s’en prend elle aussi à Unia. Plus tard, Liesbeth Homans et Theo Francken tireront eux aussi à boulets rouges sur Unia. Le 21 mars 2017, Theo Francken accuse pour la première fois Médecins sans frontières de trafic d’êtres humains. Le 31 mars 2017, la fonctionnaire de la diversité Alona Lyubayeva est licenciée en raison d’une évaluation négative. Elle s’était montrée trop critique envers la politique. Pas une fois, dans l’interminable liste de De Morgen, ne sont reprises les nombreuses attaques contre les syndicats, les principaux représentants démocratiques de la population laborieuse. Ce n’est pas un hasard s’ils sont encore plus ciblés par la N-VA : « Les terroristes grévistes portent des noms et on entend leur conférer une personnalité juridique. »

Un monde associatif dynamique, au sein duquel les gens réfléchissent ensemble sur la société et en prennent les leviers en main, est pourtant une composante essentielle de la démocratie. Dans la vision de Francken et de la N-VA, la démocratie est toutefois ramenée à l’organisation d’élections. Une fois qu’ils sont élus, tout le monde doit se plier devant les détenteurs du pouvoir. La démocratie devient ainsi une succession de dictatures. Ce n’est pas par hasard que le président du parti, Bart De Wever, résumait comme suit son philosophe favori du 18e siècle, Edmund Burke, conservateur et hostile aux Lumières : « On peut atteindre la vraie liberté, non pas la liberté de faire ce qu’on veut, mais la liberté de faire ce qu’il convient de faire, par l’obéissance aux traditions et aux institutions. » En d’autres termes, pour la N-VA, la liberté n’est autre que la liberté d’accepter l’ordre existant. La N-VA défend les intérêts de l’establishment, la classe des Fernand Huts et des gens immensément riches de la société, des multinationales qui ne paient pour ainsi dire pas d’impôts, de l’élite qui échappe à ses impôts par le biais de constructions fiscales et de paradis fiscaux. Nous le voyons également dans la politique de ce gouvernement. La politique de Francken sert également à détourner l’attention des mesures antisociales, comme le relèvement de l’âge de la pension et les scandales de la cupidité dans lesquels Sigfried Bracke et Koen Kennis — le « champion du cumul de mandats » — sont empêtrés. Francken tente d’orienter la colère croissante — et justifiée — d’importants groupes de la société vers les personnes qui ont plus de mal encore à s’en tirer, sur les éléments les plus faibles de la société. Diviser pour régner.


Francken n’est pas le bienvenu

Francken viole les droits de l’homme, divise la société en citoyens de premier rang et de second rang et propage une idéologie raciste et antidémocratique. Selon nous, il ne pourrait y avoir de place pour cela dans notre université. En sophiste chevronné, Francken tente de se défaire de toute protestation à l’encontre de sa politique comme d’une atteinte à la liberté d’expression. C’est le contraire, cependant, qui est vrai. En tant que secrétaire d’État, il dispose de possibilités plus que suffisantes de faire connaître son avis. Chaque jour, il lui est loisible d’exposer sa vision dans les médias. Aujourd’hui, ce sont les ONG qui sont prises pour cibles et les organisations du monde associatif qui se montrent critiques risquent d’être réduites au silence. Où est la liberté d’expression des réfugiés qui, après un long et dangereux périple, échangent la guerre et le danger contre le froid et les privations dans les rues de Bruxelles ? Où est la liberté d’expression de ceux qui se noient à cause de la politique de Francken ? Où était Francken pour défendre la liberté d’expression quand les activistes de gauche, à Charlottesville, se faisaient littéralement renverser par la voiture d’un terroriste de l’extrême droite ? C’est au nom de ces gens que nous revendiquons le droit de nous opposer à la venue de Francken dans nos universités. C’est pourquoi nous soutenons aussi la marche pour la solidarité et les droits de l’homme prévue le 3 octobre à Leuven, à l’occasion de sa venue.

#FranckenNotWelcome



(1)
De Morgen, 7 septembre 2017.

(2) Le Soir, 27 novembre 2015.

(3) De Morgen, 14 novembre 2015.

(4) De Morgen, 28 février 2017.

(5) De Morgen, 18 septembre 2017.

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