Sur l’hypocrisie de Francken et une vision sur l’action à la VUB

J’ai vu beaucoup de réactions sur ce qu'il s’est passé à la VUB le mardi 2 mai lors du blocage contre Theo Francken. J’ai vu circuler beaucoup d’amalgames est de fausses informations. J’ai vu un secrétaire d’État en profiter pour se placer en tant que victime de la censure et attaquer « l’extreme gauche » sur les réseaux sociaux. C'est pourquoi je souhaite mettre quelques points sur les « i ».

Quel débat démocratique ?

Theo Francken est en tournée. Après une visite à la KUL, à l’Université de Courtrai et celle de Gand, c'était le 2 mai au tour de la VUB. Il vient dans les universités pour défendre sa politique controversée, sans contradicteur. Non seulement aucune voix opposante n’est invitée – comme Vluchtingenwerk Vlaanderen par exemple, l’équivalent du Ciré – mais aussi toutes les personnes considérées comme trop « critiques » ont été mis sur une liste et l’accès leur a été refusé. La journaliste Saskia Van Nieuwenhove a témoigné sur cette pratique lors de la visite à Gand où les journalistes et voix critiques n’ont pas pu rentrer. Une personne qui a posé une question critique à Gand a même été interdite d’entrée une semaine plus tard à Courtrai. Tout ça, vous ne pourrez pas le lire dans les tweets de Théo Francken. Vous ne le verrez pas dans les réactions non plus, puisque Francken a bloqué tous les voix critiques de politique et ne tolère aucune contradiction.

C'est pourquoi avec Comac et d'autres organisations nous avions organisé un débat alternatif le 2 mai, en marge de la visite. C'est pour donner une tribune à toutes les associations qui chaque jour travaillent pour les réfugiés et les droits de l’Homme. Nous voulions lancer un réel débat. Nous avions même invité Théo Francken. Invitation qui n'a reçu aucune réponse. Est-ce là la vision de Francken d’un débat démocratique ?

La vision (anti-)démocratique de la N-VA

Francken peut bien écrire dans un tweet “démocratie version 2017”, mais la démocratie n’a d’importance pour lui que lorsque c'est lui ou la N-VA qui tient le crachoir. Il se lave les mains de la démocratie en général, mais quand ça lui est favorable, alors il en fait son credo.

Est-ce une manière pour la N-VA de défendre la démocratie lorsque Liesbeth Homans licencie Alona Lyubayeva, fonctionnaire flamande à la diversité, parce qu'elle n'était d’accord avec sa politique. Est-ce une manière de défendre la démocratie que de mener une campagne contre les « juges déconnectés » ? C'était une attaque direct au principe de séparation des pouvoirs : lorsque la N-VA est dans le gouvernement, le parlement et la justice doivent plus se référer à loi mais écouter uniquement le pouvoir exécutif. Comme l’a dit Ico Maly dans son livre sur la N-VA: “Les résultats électoraux donnent carte blanche au plus gros parti. Les flamands ont voté pour le changement. Après les élections, tout le monde doit se taire et seul le plus gros parti peut parler". Quelle vision de la démocratie se cache derrière le discours de la N-VA qui veut que les syndicats, les associations antiracistes et les ONG se taisent et obéissent ?

Dans un article dans de Morgen intitulé « Comment la N-VA essaie de dompter le milieu associatif », les journalistes Tine Peeters et Jeroen Van Horenbeek (que Théo Francken considère sans doute comme trop critiques) montrent comment la N-VA intimide toutes les voix trop critiques. En 2012, Theo Francken écrivait dans son livre : “Nous avons besoin d’hommes politiques déterminés pour en finir avec le dictat d’une dizaine d’ONG et d’associations”. Le message est clair : les hommes politiques doivent fermer le clapet du milieu associatif et démocratique. On n'a pas le droit de résister, il faut rentrer dans le rang. Est-ce là l'idée de la démocratie de Théo Francken?

On a raison d'être en colère contre Francken

On a raison d’être en colère lorsque le secrétaire d’État accuse Médecins sans frontières de « traite d’etres humains » parce qu'ils sauvent des embarcations de réfugiés en quête d’un meilleur avenir au milieu de la Mer Méditerranée. Le sauvetage de plus d’un millier de personnes dont 248 enfants et 11 femmes enceintes va selon lui créer un effet d’attraction vers l’europe. Laisser les gens se noyer, comme le suggère Francken, est non seulement illégal et honteux, mais ce n'est pas non plus une solution. Ces personnes fuient la guerre et continueront à fuir tant qu'une guerre est en cours.

Les gens ont raison d’être en colère contre un secrétaire d’état qui défend corps et âmes un accord entre la Turquie et l’UE pour barricader des frontières contre des réfugiés qui n'ont d'autres choix que de fuir ou mourir. C'est contraire à la Convention de Genève et contre quelconque forme d’humanité. Il y a des preuves du travail forcé d’enfants réfugiés à partir de 6 ans en Turquie. Ces enfants doivent travailler au lieu d’aller à l'école. Amnesty International et Human Rights Watch ont publié plusieurs rapports prouvant que les droits fondamentaux n'étaient pas du tout respecté en Turquie. Mais ces rapports n'intéressent évidemment pas notre secrétaire d’état « super-démocratique ».

Les gens ont raison d’être en colère contre un secrétaire d’état qui accumule avec son parti les propositions révoltantes telles que la loi sur les étrangers ou la taxe pour les étrangers, avec comme objectif de diviser notre société en deux entre les citoyens de premier et deuxième rang. Un secrétaire d’État qui diffuse une vision raciste, qui discrimine, stigmatise et veut monter les gens les uns contre les autres.

Défendre la démocratie, c'est se révolter contre Théo Francken

Les gens se mobilisent partout où Francken passe, et c'est positif. À Gand, Comac a participé à l’organisation de la « Marché pour la solidarité et les droits de l’Homme » contre la politique de Francken. Ce fut un grand succès qui a mobilisé plus de 400 étudiants et gantois contre la politique du secrétaire d'Etat.

Évidemment, la discussion est ouverte sur la manière la plus efficace résister à la politique anti-démocratique de Francken. Je dois dire que je ne suis pas complètement convaincue de la manière dont l’action a été menée devant l’auditoire de la VUB mardi passé. Nous avions appelé avec Comac à venir à une action qui était prévue déjà auparavant, comme ça a déjà été mentionné. Nous voyons bien que Francken se sert de l’action pour encore plus polariser la population et se présenter en victime. Quoiqu'il en soit, il ne faut pas se tromper sur le fond de l’affaire : ceux qui menacent la démocratie ne sont pas ceux qui ont fait l’action le 2 mai mais bien Francken et compagnie.

Notre vision de la démocratie est un débat véritable, au-delà de la propagande à sens unique. Francken qui crie à la censure alors que le tapis rouge lui est déroulé pour sa propagande tous les jours dans les médias est ridicule. Notre démocratie devrait être une société où chacun est l’egal de l’autre quelque soit son origine, sa religion ou sa culture. La démocratie ne peut être relative, elle est fondamentale. Nous devons l’appliquer de manière conséquente. Aujourd'hui, se révolter contre Francken c'est choisir le camp de la démocratie.

Iman Ben Madhkour, présidente de Comac-VUB (mouvement des jeunes du PTB)


 

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