Que signifie la loi Peeters pour notre avenir ?

Le gouvernement veut « moderniser le marché du travail ». Nos entreprises doivent devenir « plus compétitives » et pour cela « il faut rendre le marché du travail plus flexible ». Le ministre Kris Peeters fait d'une hausse de la productivité un objectif fondamental. De jolis concepts pour expliquer que les travailleur·euse·s seront encore plus à la merci des employeur·euse·s, avec à la clé plus de profits. Ce discours vous l'avez peut-être déjà entendu, mais concrètement qu'est ce que cela signifie pour notre avenir à nous les jeunes ? Et pourquoi appelons-nous tou·te·s les jeunes à participer à la grande manifestation nationale contre cette loi ce jeudi 29 septembre ?

Fin de la semaine de 38h

Une des mesures phares de la Loi Peeters, c'est l'annualisation du temps de travail. En clair, cela signifie qu'au lieu que votre temps de travail soit comptabilisé sur une base hebdomadaire, il le sera par année. Bien que cela représente toujours une moyenne de 38 heures par semaine, il sera maintenant possible de faire travailler quelqu’un 45 heures par semaine pendant 6 mois puis 31 heures pendant les 6 mois suivants par exemple. Cerise sur le gâteau, la Loi Peeters autorise l’employeur à négocier individuellement une centaine d’heures supplémentaires avec chacun de leurs travailleur·euse·s.

Les conséquences négatives pour le bien-être et la vie privée sont importantes et on peut les anticiper en s’intéressant aux secteurs où ce genre de pratiques existe déjà. Claudia a travaillé à la chaine chez Audi Bruxelles : « Nous devions travailler plusieurs samedis de suite. C’est épuisant. Travailler 6 jours sur 7 à la chaine — surtout si vous terminez à 22 h le samedi et que vous commencez le lundi à 6 h du matin — c’est l’enfer. Je suis jeune et en bonne santé, mais même comme ça c’était terriblement dur. »

L’intérim à vie

Une autre mesure que veut mettre en place Peeters, c’est la possibilité d’être soumi·se·s à des contrats d’intérim toute sa vie, en supprimant une série des gardes fous actuels. Les travailleur·euse·s presteraient des « missions » successives. Le fait de refuser l’une de ces missions mettrait fin au contrat de l’employé·e et lui ferait perdre le droit aux allocations de chômage. Noah, 31 ans, désespérément en quête d’un emploi stable nous explique à quel point ce type de contrats est lourd.

« Je me sens comme une balle de tennis que se renverraient sans arrêt les employeurs. Je suis encore jeune et j’ai encore de l’énergie, mais c’est difficile. Je dois à chaque fois apprendre une nouvelle tâche, m’intégrer parmi les collègues, adapter à chaque fois mes trajets. Je dois continuellement prouver que je suis au top et à la fin de la journée on me fait savoir si on me considère comme efficace ou non, si je vais pouvoir continuer ou non. Ça vous terrifie et ça impacte votre santé. Je perds mes cheveux, j’ai des problèmes d’estomac. On perd sa dignité. »

Vivre pour travailler

Passer une soirée à causer avec des amis ou simplement aller chercher les enfants quotidiennement à l’école va devenir de plus en plus compliqué. On vit de plus en plus pour travailler au lieu de travailler pour vivre.

Les horaires des travailleur·euse·s à temps partiel vont devenir de plus en plus flexibles. La loi Peeters ouvre en effet la porte à la possibilité de ne transmettre les horaires que 24 h à l’avance. John, infirmier, souligne les effets nocifs des horaires flexibles sur la santé : « Sur mon service, je vois une soixantaine de personnes. Depuis que notre hôpital essaye d’obtenir un label international de qualité et que les exigences de notre hiérarchie ont augmenté, j’ai 5 collègues qui sont partis en burn-out. »  L’incertitude permanente sur les horaires peut servir de basse à un stress important, des fatigues chroniques et des burn-outs et il sera de plus en plus dur de planifier la pratique d’activités culturelles et sportives.  

La génération du changement

C’est notre avenir qui est en jeu, nous sommes les travailleur·euse·s de demain. C’est notre avenir que le gouvernement veut aujourd’hui sacrifier pour maximaliser la « compétitivité » des entreprises, pour faire grossir encore leurs profits. Mais nous avons la possibilité de ne pas nous laisser faire. Avec plus de 20 autres organisations de jeunes, Comac a choisi de prendre part à la coalition pour le retrait de la Loi Peeters.
Nous refusons de devenir ceux et celles dont on se souviendra comme étant « la génération burn-out ». Nous refusons de devenir la génération sacrifiée, la première qui vivra moins bien que celle de ses parents. De passer notre vie à travailler et à ne jamais vivre. Ce que nous voulons, c’est devenir la génération du changement, celle qui lutte pour une société équitable, juste, une société où l’on travaille pour vivre de manière épanouie. C’est pourquoi Comac sera présent à la manifestation nationale contre la Loi Peeters de ce jeudi 29 septembre et appelle tou·te·s es jeunes à rejoindre le bloc de la Coalition des Jeunes pour le Retrait de la Loi Peeters à 10h au pied de la tour des finances (boulevard Pacheco).



 

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