Parc Maximilien. #Nettoyer dit Francken. Solidarité sans frontières répond Comac

« 14 personnes arrêtées ce matin dans le parc Maximilien et 9 dans la gare du Nord, 3 affirment être mineurs. Selon la police, presque plus personne dans le parc. #opkuisen (nettoyer) »1 posta le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Theo Francken sur Facebook aujourd'hui. Depuis plus d'une semaine, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon organise des opérations policières de razzia afin de chasser les migrants du parc Maximilien. Comac se rend tous les vendredis sur place depuis quelques semaines pour distribuer un petit-déjeuner de solidarité aux personnes dans le parc. Retour sur la situation.

Cela fait des semaines que plusieurs centaines de migrants sont à la rue, dont des femmes enceintes et des enfants. Comme Zyada, 22 ans et enceinte. Ou comme Samira, 16 ans, et qui a perdu ses parents. Ou encore comme Omar, 17 ans, qui s'est tué il y a plus d'un mois en tentant de s'accrocher sous un bus pour rejoindre Calais. Ou enfin comme Ali, 14 ans qui vient souvent dire bonjour aux bénévoles. Comment fait-il Francken, pour 'opkuisen' ces enfants ?

Ces personnes sont sans abri depuis plusieurs semaines dans le parc Maximilien et aux alentours de la gare du Nord. Dehors, dans le froid et souvent sous la pluie, avec seulement un accès à 4 toilettes et un seul point d'eau. Des conditions sanitaires dramatiques qui conduisent au développement de maladies. Comme la gale que plusieurs d'entre eux ont déjà contracté.

Comac se rend depuis plusieurs semaines au parc Maximilien pour aider Amitié Sans Frontières à distribuer leur petit-déjeuner de solidarité le vendredi matin. Amitié Sans Frontières est l'une des nombreuses associations qui vient bénévolement en aide à ces personnes, complètement délaissées par le gouvernement. Depuis une semaine cependant, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a intensifié les opérations policières afin de chasser les migrants du parc et de la gare.

Razzia

« Ces gens ne sont pas le bienvenu. C'est le message que nous devons leur communiquer »2 dixit le cabinet du ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) la semaine passée. Lors des opérations policières, les affaires personnelles des migrants (sac de couchage, etc) sont systématiquement confisquées et jetées. 147 personnes ont également été arrêtées et enfermées en centre-fermés3. Jan Jambon se réjouissait hier à la radio du succès des opérations de harcèlement policier dans le parc Maximilien. « Je pense que cela crée un effet dissuasif »4 dixit le ministre. Tout comme le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Theo Francken, qui poste fièrement sur Facebook et Twitter combien de personnes ont été arrêtées avec #opkuisen...

Ils ne veulent pas demander l'asile ?

« Je ne me soucie pas de ces migrants en transit illégaux. Ils ne veulent pas de la Belgique, et ces gens, je vais les arrêter et les renvoyer dans leur pays s’ils ne veulent pas le faire volontairement. »5 affirme Theo Francken. D'après le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, son administration auraient été « expliquer leurs droits et leurs devoirs à plusieurs reprises à ces personnes et comment la procédure d'asile fonctionne »6. « Ils ont trois options : demander l'asile, le retour volontaire ou être enfermé et renvoyé »7 dixit Francken.

En réalité, la première option n'est pas réelle. Theo Francken a en effet déjà clairement fait savoir que le règlement européen dit de 'Dublin' serait appliqué. Cela signifie que les migrants qui se sont fait enregistrés en passant par l'Italie y seront automatiquement renvoyés s'ils demandent l'asile en Belgique. Francken lui-même reconnaît pourtant que les conditions d'accueil n'y sont pas satisfaisantes : « un accueil correct n'y est pas assuré et les hotspots ne sont pas en capacité de fonctionner »8.

Quant à l'information donnée par ses services de l'immigration aux migrants, il s'agit d'un tract invitant les migrants à retourner volontairement, avec une photo d'un bagage. Beaucoup d'entre eux ne connaissent en réalité pas leurs droits et ont peur, et les propos de Francken, l'action des services de l'immigration et les opérations de la police n'ont rien pour les rassurer. Mais Francken feint de s'étonner que les migrants ne déposent pas leur demande d'asile et veulent quitter la Belgique pour le Royaume-Uni...

Quatre revendications pour une solution humaine

1. Ouvrir un centre d'accueil temporaire pour offrir un toit, de quoi se laver et de quoi manger à ces personnes. C'est ce que réclament les ONG actives sur le terrain comme le Ciré, Vluchtelingwerk Vlaanderen, Médecins du Monde ou encore Amitié Sans Frontières.

2. Donner accès à une information objective et correcte sur les possibilités d'asile en Belgique dans ce centre d'accueil temporaire. Beaucoup des personnes dans le parc cherchent surtout une protection et demanderait l'asile en Belgique si elles recevaient une information correcte.

3. Suspendre temporairement l'application du règlement Dublin. Le règlement Dublin stipule que si un demandeur d'asile s'est déjà fait enregistré dans un autre pays – c'est-à-dire très souvent le premier pays par lequel le demandeur d'asile est entré en Europe, à savoir dans le cas des migrants du parc Maximilien l'Italie – la Belgique a le droit de l'y renvoyer. Si les migrants du parc Maximilien recevaient la garantie de ne pas être renvoyés en Italie – où les conditions d'accueil sont insuffisantes – beaucoup d'entre eux déposeraient leur demande d'asile en Belgique.
La Belgique n'a par ailleurs pas encore rempli ses obligations européennes en matière de relocalisations de demandeurs d'asile depuis l'Italie. Le gouvernement s'est en effet engagé à relocaliser 1397 demandeurs d'asile depuis l'Italie. Or, seuls 121 personnes ont pu se rendre en Belgique jusqu'à présent, soit à peine 8 %9.

4. Ouvrir des négociations avec le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni a accueilli peu de réfugiés ces deux dernières années malgré la crise des réfugiés qu'a connu l'Europe. Une partie des migrants au parc Maximilien connaissent quelqu'un là-bas ou y ont de la famille. Des négociations doivent pouvoir être ouvertes afin que ces personnes puissent s'y rendre.

Viens avec nous chaque vendredi

Comac invite toute personne qui le désire à venir avec nous au petit-déjeuner de solidarité organisé par Amitié Sans Frontières. Nous voulons de cette manière témoigner de notre solidarité envers ces personnes qui ont fui la misère, la guerre ou le réchauffement climatique mais également pouvoir témoigner de la situation et dénoncer la politique et les mensonges du secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration. Intéressé.e ? Envoie un message ici.

1https://www.facebook.com/franckentheo/posts/984560448349655

2De Morgen, 7 septembre 2017

3De Tijd, 13 septembre 2017

4De Standaard, 13 septembre 2017

5VTM

6De Tijd, 19 août 2017

7ibidem

8ibidem

9Derniers chiffres de la Commission européenne, datant du 9 juin 2017

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