#NotMyPresident

C’est du jamais vu dans l’histoire des États-Unis : des citoyens descendent en masse dans les rues contre un président avant même qu’il ait entamé son mandat. Il est clair que le discours nationaliste et de division de Trump ne passera pas sans résistance.

La protestation contre l’élection de Donald Trump avait déjà commencé durant la nuit même du scrutin. Depuis, les manifestations, sit-in, rassemblements et autres formes de mobilisation ont surgi comme des champignons dans tous les États-Unis. Les actions sont avant tout motivées par la crainte pour l’avenir du pays et des ses citoyens avec un milliardaire raciste, nationaliste et réactionnaire au pouvoir. Ils le proclament d’emblée : Donald Trump est #NotMyPresident.

Beaucoup de manifestations ont lieu sur les campus universitaires, et la plupart des grandes protestations ont lieu dans les grandes villes multiculturelles comme Chicago, New Jersey ou San Francisco. À Washington, exactement une semaine après les élections, plus de 2 000 élèves des écoles secondaires ont quitté les cours pour se rassembler devant un hôtel appartenant à Trump. Leur porte-parole a déclaré que l’action n’était pas « un rassemblement anti-Trump, mais une manière de montrer leur unité malgré tout ce qui se passe ces dernières années ». À New York, cinq mille personnes ont manifesté devant la Trump Tower, la vitrine de son empire immobilier. Parmi eux, la pop-star Lady Gaga et le réalisateur Michael Moore, qui sont entrés dans le gratte-ciel pour tenter de parler personnellement à Trump. 

Jusqu’à présent, la plus grande manifestation contre Trump s’est déroulée à Los Angeles, avec plus de 15 000 personnes. Mais les protestations ne se limitent pas aux grandes villes et aux universités, où les groupes d’action et les mouvements citoyens sont depuis longtemps implantés. Il y a également eu des actions dans le Midwest, où Trump à pris quelques États aux Démocrates. À deux reprises dans la même semaine, des centaines de jeunes et de travailleurs ont manifesté à Omaha, dans le Nebraska. À Milwaukee, Wisconsin, près de deux mille personnes sont descendues dans la rue. Durant une manifestation à Pittsburgh, Pennsylvanie, une infirmière, blanche, expliquait : « On voit la haine et la peur se répandre, et cela m’inquiète. Je suis ici simplement pour dire que je ne vais pas le tolérer. Nous allons veiller à ce que le président élu ne continue pas à propager cela. » 

L’ « Inauguration Day » sera un jour de protestation

Aux États-Unis, traditionnellement, le nouveau président prête serment le 20 janvier, date de l’« Inauguration Day ». Sur les réseaux sociaux, les activistes ont annoncé, sous le hashtag #DisruptJ20 « la plus grande journée d’action jamais vue » un tel jour. Sur Facebook, une initiative d’Answer Coalition, un mouvement citoyen national fondé en 2001 contre le président Bush, a déjà recueilli plus de 30 000 inscriptions pour une action contre la guerre, le racisme et l’inégalité. L’initiative affirme comprendre le désir de changement qui a probablement motivé de nombreux électeurs de Trump, mais appelle à plutôt opter pour la révolution politique de Bernie Sanders et non pas pour « un homme intolérant, raciste et sexiste ». Le lendemain de la prestation de serment, plusieurs organisations de femmes organisent une Marche des femmes vers Washington pour exprimer leur condamnation des déclarations sexistes de Trump et du fait qu’il ait fait à plusieurs reprises l’objet de plaintes pour des attouchements non désirés et des agressions sexuelles. Sur Facebook, la Marche comptait déjà près de 200 000 personnes intéressées en quelques jours. 

Bernie Sanders : « Plus que jamais, nous devons aller de l’avant »

L’ombre de Bernie Sanders et du mouvement lancé dans le sillage de sa campagne est très présente dans les protestations. L’ampleur et la variété des protestations doit sans doute beaucoup au fait qu’il a remis sur la table de façon offensive les questions de fiscalité équitable, de hausse du salaire minimum, d’un enseignement supérieur accessible, d’investissements dans une économie sociale et durable et la remise en cause du pouvoir de Wall Street. Après l’évincement injuste de Sanders en faveur d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates, celui-ci a fondé le mouvement « Our Revolution » afin de continuer à mobiliser d’en bas pour des alternatives de gauche. 

Dans sa première réaction à l’élection de Trump, Sanders a déclaré que, « si M. Trump compte vraiment améliorer la vie des travailleurs de ce pays, nous le soutiendrons. Mais s’il entend mener des politiques racistes, sexistes, xénophobes et contre l’environnement, nous nous opposerons vigoureusement à lui ». Il a immédiatement joint le geste à la parole, rejoignant à Washington un groupe d’activistes contre l’installation d’un oléoduc dans le Dakota du Nord. Il s’est adressé à eux pour leur dire entre autres : « Nous devons signifier à M. Trump et à tous les autres que nous n’allons pas nous taire et rester dans notre coin. L’enjeu pour l’avenir de la planète est bien trop grand. Nous allons sensibiliser. Nous allons nous organiser. Nous allons rassembler des dizaines de millions de gens pour dire à l’industrie du fossile que leurs profits ne sont pas plus importants que l’avenir de notre planète. »

Un écho au Parlement belge

« Oufti… on a fait fort au Parlement aujourd’hui, déclarait le député PTB Raoul Hedebouw après une séance de la Chambre juste après les élections américaines. Dewael, Maingain et Onkelinkx m’ont tous engueulé. “Populiste”, ont-ils crié en chœur. Pourquoi ? Parce que j’osais parler d’une “élite”. Et ça, c’est visiblement tabou dans ce Parlement. J’ai répondu : “Mais que pensez-vous que les gens se disent quand des hommes politiques comme De Gucht, deux ans après avoir quitté l’Europe, reçoit encore toujours 120 000 euros en sus des 144 000 qu’il touche en siégeant au conseil d’administration d’Arcelor-Mittal ? Comment pouvez-vous vous étonner que les gens se fâchent ?” »

« Il est manifeste que les partis traditionnels n’ont rien compris aux élections américaines, a dit Raoul Hedebouw à la tribune du Parlement. Votre candidate, Hilary Clinton, ne pouvait pas battre Trump parce qu’elle est le symbole de l’establishment. Il est grand temps de vous interroger sur votre politique traditionnelle et sur les accords commerciaux, parce que les gens sont fâchés. Avec votre politique, vous créez le terreau pour l’émergence de Trumps en Europe. »

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