Minerval des étudiants étrangers : première victoire, élargissons le mouvement

Depuis le 20 avril, les étudiants occupent les rectorats de l’UCL et de l’ULB. En cause, l’augmentation du minerval des étudiants hors-UE venus étudiés en Belgique. Celui-ci est passé cette année de 2758 € à 4175€, et pourrait plafonner à l’avenir à 12.525€, soit 15 fois le montant initial de 835 € réclamé aux étudiants résidents en Europe. Après 2 semaines de luttes, les recteurs maintiennent l’augmentation mais cèdent sur plusieurs points. Une première étape, à poursuivre jusqu’à l’obtention d’un minerval égal pour tout.e.s les étudiant.e.s. Pour cela, il est nécessaire d’élargir ce mouvement contre cette mesure inbuvable.

Depuis cette rentrée académique, les étudiant-e-s en provenance de pays hors-UE (hormis les étudiant.e.s issus de pays considérés par l’ONU comme les « moins développés » qui ne sont pas concernés1) doivent payer 4175€ de frais d’inscription. Ceci représente pour eux une augmentation directe de plus de 50 % de minerval, qui était jusqu’ici plafonné à 2758 €. Mais la mesure va plus loin, puisque la modification du décret Paysage, votée l’an dernier par la majorité PS-CDH, prévoit que ces frais d’inscriptions puissent grimper jusqu’à 12.525€ de frais, soit 15 fois le minerval normal. De nombreux-ses acteurs-trices et associations étudiant.e.s (dont Comac) avaient déjà à l’occasion signé une carte blanche en novembre 2016 pour dénoncer cette mesure antisociale et dangereuse2. Une mesure qui aurait pour unique conséquence d’élitiser l’enseignement, empêchant des étudiant.e.s de nombreux pays en voie de développement comme le Cameroun, de ne simplement pas pouvoir se payer le luxe d’un tel minerval.

Deux semaines de résistance étudiante et de solidarité

Le 20 avril dernier, après des mois de discussions sans issues avec des recteurs décidés à maintenir l’augmentation du minerval, des organisations étudiantes, dont Comac, ont décidé de passer à l’action et d’occuper les rectorats de l’ULB et de l’UCL. Des dizaines d’étudiants ont donc pacifiquement occupé les lieux depuis lors. Des rassemblements de soutien et assemblées d’étudiants y ont eu lieu à de nombreuses reprises, ainsi que des témoignages de solidarité divers. Le corps académique de l’UCL a par exemple, aux côtés de doyens, apporté leur soutien aux revendications étudiantes contre la hausse du minerval3. Des organisations étudiantes de toute l’Europe, ainsi que les milieux associatifs et syndical en Belgique ont également témoigné leur solidarité au mouvement4.

Accord entre étudiants et recteurs : une première victoire grâce à la mobilisation

Ce mercredi 3 mai, les recteurs rencontraient les délégations étudiantes avec une proposition comprenant deux assouplissements, tout en restant ferme sur la volonté de maintenir l’augmentation de 2758 € à 4175 €. Ceux-ci proposent d’inclure 11 pays dans la liste des pays dits « les moins développés » qui n’étaient pas concernés par l’augmentation (et dont le minerval passera donc de 2175€ à 835 €). Ceci concernerait 25 % des étudiants étrangers5. Ensuite, les recteurs ont concédé un assouplissement au critère de réussite des étudiants hors-UE. En effet, les étudiants hors-UE devant s’acquitter d’un minerval de 4175 €, peuvent dès la seconde année de leur parcourt en Belgique, avoir accès à un minerval égal aux étudiants européens, soit de 835 €. Il leur faut pour cela valider 100 % de leurs crédits de première année. Dorénavant, ces étudiants pourront bénéficier du droit à un même minerval de 835 € si ils valident 75 % de leurs crédits. Enfin, les recteurs avancent une troisième mesure comme un assouplissement, qui n’en est pas réellement un. Le plafond de 4175 € de minerval est dès maintenant gelé pour quatre ans (au lieu des 12 525 € qu’ils auraient pu réclamer dès la rentrée 2017). Or, non seulement les recteurs n’ont jamais émis l’intention de réclamer un tel minerval (ce qui rend cet assouplissement assez simple à concéder), mais en plus leur déclaration s’accompagne d’une mise en garde : en l’état actuel des choses, à budgets égaux. Ce qui signifie que la moindre mesure d’austérité appliquée à l’enseignement supérieur par le ministre Jean-Claude Marcourt sera utilisée comme prétexte pour remettre ce gel de minerval en question. Or, depuis le début de la législature, le ministre a déjà prouvé qu’il pouvait faire de tels choix politiques, en coupant par exemple dans les budgets d’aide à la réussite des étudiants6.

Cette première étape est positive puisque depuis plusieurs mois, rien n’avait été concédé par les recteurs. Elles signifient d’un côté que non seulement toute une série d’étudiants supplémentaires bénéficieront d’un minerval à 835 € dès leur seconde année d’étude, mais également que des étudiants originaires du Congo, de Côte-d’Ivoire ou du Cameroun qui devaient jusqu’ici s’acquitter des 2175 € de minerval, pourront avoir accès à un droit d’inscription de 835 € (près de 25 % des étudiants étrangers seraient ainsi concernés). Il est clair que cette victoire a été acquise grâce à la mobilisation de dizaines d’étudiants depuis des semaines, sans quoi les recteurs auraient maintenu leur volonté d’augmenter le minerval pour tous ces étudiants étrangers.

Une mesure toujours inbuvable : élargissons le mouvement pour annuler la hausse

Mais une étape ne doit pas signifier la fin de la mobilisation contre la hausse du minerval. Celle-ci est et reste inbuvable. Non seulement la mesure est anti-sociale (prendre directement dans la poche des étudiants les sous dont l’enseignement manque par ailleurs) mais elle va engendrer l’élitisation de l’enseignement supérieur, ce qui n’est positif pour personne. En effet, selon une récente opinion de chercheurs de l’UCL, l’augmentation du minerval d’étudiants étrangers est souvent une première étape vers l’augmentation générale du minerval pour l’ensemble des étudiants du pays. En s’attaquant d’abord aux plus précarisés (dont les conditions matérielles rendent plus compliquée la résistance aux mesures qui les touchent) le gouvernement australien a fini, après avoir augmenté le minerval des étudiants étrangers, par augmenter de 25 % celui des étudiants australien7.

Cette mesure doit être supprimée. Non seulement le minerval des étudiants, d’où qu’ils viennent, doit être le même pour tous. Mais celui-ci doit tendre vers la gratuité, seule garantie pour un réel accès à l’enseignement supérieur (comme dans bons nombre de pays européens comme la Finlande, la Suède ou le Danemark8). Pour ce faire, il est nécessaire d’élargir le mouvement de résistance. Sans une mobilisation conséquent de l’ensemble des étudiants, les recteurs maintiendront leur attaque contre un public bien délimité (9000 sur les 144 000 étudiants en communauté française).

Faire payer le sous-financement aux étudiants hors-UE n’est pas la solution

Le manque à gagner des universités ne doit pas servir d’excuse pour empêcher à certains d’avoir accès à l’enseignement. Pour rappel, l’initiative des recteurs découle de deux grands facteurs. Le premier, conjoncturel, est l’austérité appliquée par le gouvernement fédéral dans les budgets d’aide au développement, dont la conséquence est la perte de plusieurs millions d’euros de subsides publics pour les établissements d’enseignement qui accueillent des étudiants venus de pays hors-UE9. Le second, est structurel et plus profond : le sous-financement structurel de l’enseignement supérieur depuis des décennies pousse les établissements à chercher des moyens « alternatifs » au financement public, pour palier à l’augmentation logique des étudiants depuis 40 ans10. Face à cela, il est bien sûr nécessaire de défendre une coopération au développement et des subsides suffisants pour les institutions qui en ont besoin. Mais dans l’immédiat, le refinancement public de l’enseignement supérieur dont la responsabilité incombe au ministre compétent Jean-Claude Marcourt (PS), est le meilleur moyen d’éviter ce genre de politique élitiste. Les moyens publics pour l’enseignement restent largement insuffisants selon tous les acteurs de terrain11, et sont une cause importante qui mène à ce genre de pratiques. En ce sens, le ministre doit fournir dans un premier temps et rapidement les 3,8 millions d’euros estimés par les recteurs comme leur manque à gagner pour éviter l’augmentation de minerval. L’éducation doit plus que jamais être un droit, et non un privilège. On lâche rien !

1http://fef.be/wp-content/uploads/2017/04/Circulaire-2015-001.pdf

Cette liste de 48 pays comprend notamment des pays comme le Burkina Faso, le Burundi ou le Cambodge.

2http://www.lalibre.be/debats/opinions/nous-sommes-contre-l-augmentation-du-minerval-des-etudiants-etrangers-a-4-175-5832baefcd70d913edcf4ada 

3http://plus.lesoir.be/91639/article/2017-04-27/lettre-des-academiques-de...

4http://www.fgtb.be/-/la-fgtb-soutient-les-etudiants-de-l-ulb-et-de-l-ucl

https://www.facebook.com/notes/non-%C3%A0-la-hausse-du-minerval-des-%C3%A9tudiantes-hors-ue/coordination-des-sans-papiers-%C3%A0-loccupation-du-rectorat-de-lulb/1897810813765446/

http://fef.be/2017/04/26/soutien-international-contre-la-hausse-du-miner...

5La liste passerait ainsi de 48 à 59 pays.

https://www.facebook.com/NONalahausseduminerval/photos/a.173079105713409...

6http://ptb.be/articles/non-indexation-des-budgets-sociaux-et-d-aide-la-r...

7http://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Minerval-et-marchandisation-d...

8http://www.touteleurope.eu/actualite/le-cout-des-etudes-superieures-en-e...

9http://www.lalibre.be/actu/belgique/occupation-a-l-ulb-et-l-ucl-yvon-eng...

10Selon une étude de l’AGE (Conseil des Etudiants de l’UNamur), le financement public par tête d’étudiant de l’enseignement supérieur a été divisé par 2 depuis les années 1970.

http://www.age-namur.be/politique/evenements/campagne-refinancement-de-l...

11http://fef.be/2016/02/01/refinancer-lenseignement-superieur-promesse-tenue/

http://www.comac-etudiants.be/articles/enseignement-sup-le-refinancement-est-positif-mais-ne-suffit-pas http://www.lalibre.be/debats/opinions/enseignement-superieur-quand-le-refinancement-est-un-definancement-56d328533570ebb7a8d1b342

http://m.levif.be/actualite/belgique/insuffisants-les-100-millions-d-euros-de-refinancement-de-l-enseignement-superieur/article-normal-433105.html

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