McKinsey à l’ULB : nous refusons un enseignement au service des multinationales

Ce lundi 10 octobre, le Bureau des Etudiant.e.s Administrateur.trice.s, conseil étudiant de l’ULB, annonçait que les autorités de l’ULB projettent l’installation de McKinsey, multinationale de la consultance sur le campus de la Plaine. Firme dont le président de notre conseil d’administration a été pendant 27 ans le CEO. L’entreprise financerait la construction d’une partie d’un nouveau bâtiment sur le campus de la Plaine, en échange de pouvoir s’y installer[1].

Ce bâtiment est la concrétisation d’un projet lancé en 2004 dont l’objectif serait de créer un pôle des sciences et sciences appliquées (polytechnique). Le financement proviendrait de la vente de terrains de la Plaine à Immobel, rapportant 50 millions d’euros à l’ULB.

Les autorités de l’université ont affirmé lors du CA du 19 septembre leur volonté de profiter de l’installation de McKinsey dans les bâtiments de l’ULB sur le campus de la plaine pour développer ses partenariats avec ladite entreprise.

L’installation du privé dans l’enseignement – des universités au service du profit des sociétés et pas au profit de la société

Notre université a déjà mis en place de nombreux partenariats avec des entreprises privées. Que ce soit pour la construction des nouveaux logements étudiants avec Cofinimmo, ou pour la mise en place de chaires comme celle de BNP Paribas Fortis sur les banques dans la faculté de Solvay. Et les conséquences sont connues.   Une augmentation du prix des loyers de plus de 100 euros et des questions fondamentales qui se posent sur l’orientation des cours qui sont donnés par cette banque. Cette chaire ayant pour objectif « de donner un boost à l’éducation et à la recherche scientifique en regard avec le monde bancaire »[2]. Banque qui, rappelons-le, a plongé notre économie dans la crise en 2008 et a alors bénéficié d’un soutien financier important de la part de notre gouvernement.

Les entreprises privées cherchant avant tout à subsister sur le marché en étant les plus compétitives possibles tentent aujourd’hui d’influencer notre enseignement pour leurs besoins et pas pour ceux de la société. McKinsey est clair dans ses intentions, dans son rapport « Education to Employment – get Europe’s youth into work », l’entreprise affirme que « une raison importante expliquant le taux de chômage chez les jeunes est un manque de compétences pertinentes pour le lieu de travail »[3] et qu’il faut donc que l’enseignement forme les jeunes dans ce sens en augmentant les partenariats entre les instituts supérieurs d’enseignement et les entreprises. Si nous partageons le constat de la problématique du fort taux de chômage chez les jeunes, nos propositions sont grandement différentes. A quels besoins doivent répondre notre enseignement et notre recherche ? Au besoin des actionnaires de faire fructifier leurs dividendes grâce à des ingénieurs ou des scientifiques ou à l’ensemble de la société, en formant également des enseignants, des psychologues, des chercheurs en littérature (qui n’ont aucune valeur ajoutée pour les entreprises), en formant des citoyens critiques qui puissent participer à la vie sociale, économique et culturelle de la société ? En investissant dans le secteur public, ce sont des emplois plus stables et pour la collectivité qui seraient créés, répondant à la pénurie dans de nombreux secteurs.

Le privé dans l’enseignement, un plan global d’acquisition de ce nouveau marché

Le Vif publiait la semaine passée un article mettant en avant « l’étrange omniprésence des consultants de McKinsey [dans l’enseignement] ». Si McKinsey veut s’installer à l’ULB, l’entreprise a déjà les pieds bien ancrés dans notre enseignement obligatoire. En effet, ils ont été chargés par l’ex-ministre de l’enseignement obligatoire, Joëlle Milquet, de la consultance pour le Pacte d’Excellence, projet visant à réformer l’enseignement obligatoire. Et l’avis est unanime : des chercheurs de l’UCL aux responsables de l’association Changement pour l’égalité "L'enjeu de sa présence dans les travaux liés au Pacte est clairement de peser sur les politiques d'éducation." Et ce poids a une direction claire : « "les valeurs défendues par McKinsey font peur à tout le monde académique", embraie un autre universitaire. Aux yeux de ces experts, le consultant considère en effet l'école comme une entreprise d'enseignement » [4]

Le libre examen mis à mal par les autorités de l’ULB

Des projets aussi conséquents devraient nécessiter la participation de toute la communauté universitaire. Chaque corps devrait avoir son mot à dire. Nous déplorons donc, tout comme avec la réforme de la gouvernance, le manque de transparence dans notre université. Nous serons tous impactés, et nous avons donc notre mot à dire sur la direction que prend notre université. Nous déplorons également la volonté des autorités de l’ULB de garder secret ce dossier, allant jusqu’à mettre la pression aux étudiants administrateurs. Ils empêchent donc les administrateurs de réaliser leur rôle de représentation des intérêts de leur corps en informant les autres étudiants administrateurs et tous les étudiants. Le libre examen nécessite la connaissance de toutes les données d’une problématique afin de pouvoir être exercé. En gardant secrètes ces informations, c’est l’ensemble des valeurs de notre université qui sont mises à mal par les autorités de l’ULB.

La nécessaire meilleure gestion de l’université… mais dans l’intérêt de qui ?

En tant qu’étudiants de l’université, nous ne pouvons que confirmer la nécessité d’une meilleure gestion, afin d’augmenter l’efficacité des services qui sont proposés. C’est toujours un parcours du combattant pour trouver une information, les secrétariats se renvoient la balle les uns aux autres, certains professeurs ne reçoivent pas la liste des étudiants inscrits à leurs examens…

Cependant, nous ne pouvons répondre à ces défis par l’intervention d’entreprises qui seraient « plus efficaces ». Car si leur efficacité est mise au service d’une minorité d’actionnaires, les problèmes subis par les étudiants, les professeurs ou encore le personnel administratif ne sont pas une priorité. L’accessibilité de l’enseignement ou le bien-être du personnel ne sont pas non plus les critères des rankings, classements internationaux mesurant le rayonnement des universités et déterminant l’attraction de ces universités pour les meilleurs chercheurs, étudiants et investisseurs privés. Seule une gestion publique, qui, certes, doit être plus efficace, permettra de répondre réellement aux constats qui sont posés dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté universitaire.

Le financement privé, seule solution au sous-financement chronique de l’enseignement ?

Comme dit précédemment, un financement privé amène a une influence dans l’intérêt d’une minorité d’actionnaires de notre enseignement et recherche. McKinsey devrait participer à hauteur de 14 millions pour ce projet, un peu plus que la construction d’une barrette. La participation de l’ULB correspondrait à 25 millions pour 2 barrettes. Les autorités de l’ULB affirment que nous n’avons pas d’alternative et que nous sommes obligés d’obtenir un financement extérieur à cause du sous-financement de l’enseignement. Notre université a récemment investi dans un tout nouveau bâtiment pour le rectorat alors que leur ancien bâtiment était tout à fait utilisable. Cela a coûté plusieurs millions d’euros pour… avoir un bâtiment plus joli ? Ces millions auraient pu être investis dans la rénovation du Janson pour qu’il arrête de pleuvoir sur les étudiants, ou encore dans la construction du Bâtiment E de la Plaine afin d’éviter d’avoir recours à un financement privé

De manière globale, le sous-financement chronique de l'enseignement mène à sa privatisation. Le refinancement effectué par le ministre Marcourt est évidemment positif, mais c'est une goutte d'eau par rapport au retard pris et aux besoins de l'enseignement supérieur (voir position de Comac) Nous revendiquons donc un refinancement public de l’enseignement, mais également une gestion plus démocratique du budget de notre université afin de garantir un enseignement de qualité, public et accessible à tous. 

[1] https://www.facebook.com/BEA.ULB/photos/a.352420194815065.83746.20820126...

[2] https://cris.cumulus.vub.ac.be/portal/en/projects/chair--bnp-paribas-for...(ac04e24c-08f9-4aa9-82d0-751efdc803c0).html

[3] http://www.mckinsey.com/industries/social-sector/our-insights/converting-education-to-employment-in-europe p.5

[4] http://www.levif.be/actualite/belgique/enseignement-l-etrange-omnipresen...

En collaboration avec: