Le sous-financement ne se réglera pas dans la poche des étudiant.e.s

Le 8 mai dernier, Yves Poullet évoquait le besoin d’augmenter le minerval des étudiant.e.s. Si nous tirons le même constat sur le manque de moyens de notre enseignement supérieur, Comac s’oppose fermement à la position de l’ancien recteur de l’UNamur. Après avoir voulu aller prendre l’argent dans la poche des étaudiant.e.s étranger.e.s, c’est maintenant tou.te.s les étudiant.e.s qui se retrouvent dans la ligne de mire. Nous avons au contraire besoin de plus de financement public pour remettre l’accessibilité et la démocratisation au centre des priorités de notre enseignement.

Le 8 mai dernier, Yves Poullet, le recteur sortant de l’UNamur émettait la possibilité d’une augmentation du minerval. Dans la Libre, il tenait les propos suivants : « Je pense qu’à un moment donné, tout en prenant en compte les questions sociales, nous devrons en arriver à augmenter le minerval. ».

Un sous-financement bien réel qui a trop duré

Le sous-financement que pointe Yves Poullet est réel. En 40 ans, le financement par tête d’étudiant.e a été divisé par deux. Les 41 millions d’euros, promis par le ministre Marcourt en 2016 après un long combat étudiant, est une bouffée d’oxygène pour les établissements. Mais ce refinancement est loin d’être suffisant pour répondre aux défis de notre enseignement supérieur (voir http://www.comac-etudiants.be/articles/enseignement-sup-le-refinancement-est-positif-mais-ne-suffit-pas). Le taux d’échec en BA1 est de 60%, et augmente à 85% pour les étudiants dont les parents n’ont aucun diplôme. Les établissements réclament au moins 200 millions d’euros rien que pour faire face au définancement des 15 dernières années. Jean-Paul Lambert, recteur honoraire de l’université Saint-Louis, estime même que « le refinancement est un définancement », puisque le rythme de refinancement (+0,85% par an) n’atteint même pas la croissance attendue de la population étudiante (entre +1,8 et +2,2% par an), et donc ne compense pas les pertes des dernières années. Bien loin d’une solution durable, le refinancement de 2016 est surtout une rustine de plus sur un système de financement qui ne répond pas aux besoins de notre enseignement supérieur, qui sont d’assurer un enseignement de qualité et accessible à tou.te.s.

Ce manque de moyens, les étudiant.e.s en Communauté Française le vivent au quotidien. Locaux mal insonorisés dans des écoles d’art, manque de place dans les classes et les auditoires, assistant.e.s et professeur.e.s débordé.e.s et en sous-effectifs, vétusté du matériel, amiante dans les murs, bibliothèques bondées, … les exemples ne manquent pas. En résulte un environnement de travail peu agréable et qui est loin de favoriser la réussite pour toutes et tous, en particulier celle des étudiant.e.s les plus précaires.

Des premières attaques

Confrontés à ce problème, les établissements cherchent par tous les moyens possibles d’augmenter leurs recettes. A l’ULB, le recteur Yvon Englert avait voulu chercher l’argent pour un nouveau bâtiment chez la multinationale de la consultance McKinsey. Les étudiant.e.s s’y étaient opposés, dénonçant la volonté de l’entreprise de vouloir imposer un enseignement au service du marché (http://www.comac-etudiants.be/articles/mckinsey-lulb-nous-refusons-un-enseignement-au-service-des-multinationales). McKinsey, devant la mobilisation, avait fini par plier bagages. Mais le fait est là : le recteur était prêt à ouvrir les bras au privé pour compenser le définancement.

Une autre solution que voient les établissements est d’aller chercher l’argent dans les poches des étudiants. Les recteurs ont d’ailleurs lancé la première salve en s’attaquant au minerval des étudiants étrangers. Une lutte des étudiants et une occupation des rectorats de l’UCL et de l’ULB ont permis d’obtenir des premières victoires (http://www.comac-etudiants.be/articles/minerval-des-etudiants-etrangers-premiere-victoire-elargissons-le-mouvement), mais cette attaque montre que les recteurs n’ont pas de problème à avancer l’argument du sous-financement pour justifier une augmentation du minerval. Au début de la législature, le ministre Marcourt proposait également déjà un minerval différencié, plus cher pour les étudiant-e-s les plus riches. Une tentative d’augmenter le minerval en le cachant sous un vernis social (http://ptb.be/articles/le-ptb-repond-marcourt-augmenter-le-minerval-n-est-jamais-une-solution). Le ministre a donc aussi des idées pour aller chercher l’argent dans la poche des étudiant.e.s, même si jusqu’ici le mouvement étudiant l’a toujours fait reculer.

Quel financement pour quel enseignement ?

Ces attaques posent le débat de ce que doit être notre enseignement. Le recours au privé, l’augmentation des frais pour les étudiants, l’émergence de cursus saà un prix exorbitant (comme le master à 50 000 dollars de l’ULB[1]), la glorification des rankings, … font lentement glisser notre enseignement vers un système à l’américaine où l’éducation est majoritairement privée. Avec pour effet une flambée des prix : 80 000 € environ pour les 3 ans du bachelier[2], mais certaines universités demandent des frais de plus de 60 000 dollars par an[3]. Un système qui crée un enseignement à deux vitesses, où la plus grosse part de la jeunesse américaine rentre déjà endettée dans la vie active.

En Belgique, on retrouve dans la population des universités moins de 3% d’enfants d’ouvriers. C’est une proportion moindre que dans les années ’50[4]. Un enseignement privatisé, même en partie, diminuerait encore ce nombre car tend à élitiser l’enseignement et donc à évacuer les étudiant.e.s les plus précaires. L’exemple australien est assez éloquent. En Australie, la part du financement public dans le budget des universités est passée de 90% à 60% en 20 ans. Le financement privé étant à la fois issu de juteux contrats avec des pays asiatiques ou du Golfe, et par l’augmentation du minerval des étudiants étrangers[5]. Une augmentation de 25% du minerval est d’ailleurs prévue dans le budget de l’an prochain, rendant de plus en plus inaccessible ces universités. Privé n’est d’ailleurs même pas synonyme de qualité, puisque les auditoires sont toujours surpeuplés et l’équipement vétuste. Les étudiant.e.s australien.ne.s sont les premier.e.s victimes de la privatisation de leur enseignement.

Notre enseignement n’a pas besoin de plus de financement privé mais de plus de financement public. L’accessibilité et la démocratisation de l’enseignement supérieur belge doit être considéré comme une priorité politique si nous voulons réellement créer un enseignement qui combat les inégalités sociales et forme les jeunes de la société de demain.

Des victoires sont possibles

Il n’y a jamais eu autant de richesses produites en Belgique. Le financement de l’enseignement est une question de choix fiscaux et de priorités politiques. Les étudiant.e.s portent ce choix lorsqu’ils se mobilisent pour de meilleures conditions d’étude et pour plus de moyens. En 2013, 400 étudiant.e.s de la Haute Ecole Albert Jacquard à Namur s’étaient mobilisés dans la rue contre la dégradation de leurs conditions d’enseignement. En 2015, ces mêmes étudiant.e.s faisaient grève. Un an plus tard, la Fédération Wallonie-Bruxelles trouvait 10,5 millions d’euros pour reloger la Haute Ecole[6]. En octobre dernier, les étudiant.e.s de la Haute Ecole Lucia De Brouckère (HELDB) ont également arrêté le travail pour revendiquer de meilleurs horaires, un renouvellement du matériel, etc. Ils/elles avaient fini par obtenir gain de cause après plusieurs jours de grève[7].  

La majorité PS-CDH et le gouvernement fédéral continuent de faire la sourde oreille au problème grave qu’est le manque de moyens de notre enseignement supérieur. Qu’à cela ne tienne : nous crierons plus fort et nous nous mobiliserons pour les faire plier.

[1] https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_ulb-solvay-va-proposer...

[2] http://www.etudionsaletranger.fr/etudier-aux-etats-unis/les-frais-d-insc...

[3] http://etudiant.lefigaro.fr/international/actu/detail/article/une-cinqua...

[4] http://www.asbl-csce.be/journal/Ensemble81divers53

[5] http://plus.lesoir.be/92410/article/2017-05-03/minerval-dans-les-univers...

[6] https://www.rtbf.be/info/regions/detail_namur-l-ecole-albert-jacquard-va...

[7] http://bx1.be/news/greve-a-la-haute-ecole-lucia-de-brouckere-un-accord-a...

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