Le père décède, la famille est menacée d'expulsion: Comac soutient la famille Agaoglu

La famille Agaoglu vit depuis 26 ans en Europe. Après le décès du père, leur permis de séjour n'est pas reconduit. Aujourd'hui, ils sont menacés d'expulsion vers la Turquie, pays qu'ils ne connaissent pas.

Le père travaillait en Europe depuis 26 ans

La famille Agaoglu vit à Grâce-Hollogne, dans la banlieue de Liège. Arrivée en Europe en 1990, la famille a fui les conflits dans le sud-est de la Turquie entre gouvernement et forces indépendantistes kurdes. Les parents sont arrivés en Allemagne, et y ont obtenu un permis de séjour lié au permis de travail obtenu par le père. Ils ont demandé la nationalité, mais ne l'ont jamais obtenu, tant en Allemagne qu'en Belgique.

"Mon père a toujours travaillé dans l'HORECA et ma mère a essayé de trouver du boulot. Quand mon père a perdu son boulot en Allemagne, nous étions déjà menacé d'expulsion. Alors en 2008 on est arrivé en Belgique, où mon père a retrouvé du travail dans un restaurant. Avec ma soeur et mon frère, on a toujours été scolarisés normalement", témoigne Ramadan Agaoglu (photo), étudiant à la haute-école HELMo avec sa soeur Idi, tous deux nés en Allemagne.

Alors que cette famille de travailleurs est en Belgique depuis 8 ans, les autorités ne leurs fournissent que des titres ponctuels, renouvelables. "Ce n'est pas une situation saine. C'était beaucoup de pression sur nos parents pour qu'ils acceptent le moindre boulot et qu'ils ne fassent pas d'histoire" dénonce Ramadan. "Ce stress, déjà sérieux dans la vie de mon père, a été décuplé lors de l'accident. Nous habitions rue Léopold à l'époque, et avons subi l'explosion de l'immeuble à côté du nôtre[1]. Cela a endommagé la maison et nous avons du loger pendant des mois à l'hôtel. Finalement, après des années de travail difficile, de stress lié aux papiers et à la maison, mon père a développé le cancer", explique le jeune homme.

"L'Office national des étrangers a attendu la mort de mon père pour nous expulser"

En octobre 2015, la famille était déjà menacée d'expulsion car le père avait perdu son travail. "La région wallonne nous a retiré son permis de travail après avoir estimé que le métier de mon père (cuisinier spécialisé) n'était pas en pénurie, qu'il n'était pas utile là-dedans. Il a continué à chercher mais a développé un cancer, et ne pouvait plus travailler. L'office national des étrangers en a profité pour nous menacer une première fois d'expulsion puisque nous n'avions plus de permis de travail, et donc de permis de séjour" explique le jeune homme. "J'ai été placé moi-même 2 mois en centre fermé à Vottem. Je n'avais rien fait de mal, j'étais étudiant en 1ère bachelier à la haute-école, comme des milliers d'autres. C'était déjà un scandale à l'époque et l'école ainsi que les étudiants se sont mobilisés pour que je sorte" raconte-t-il.

"On nous a alors fourni un nouveau titre provisoire de un an parce que mon père était malade. Malheureusement, vu nos soucis de permis de séjour ainsi que les problèmes financiers du fait qu'il ne travaillait plus, le cancer de mon père s'est généralisé et il est finalement décédé en décembre 2015. Maintenant qu'il n'est plus là, l'office des étrangers estime que nous n'avons plus de raison de rester en Belgique. Alors que dans 8 mois Idi est diplômée et que moi-même et mon frère sommes aux études! Ils ont attendu la mort de mon père pour nous expulser de chez nous, après lui avoir fait comprendre que seul son travail comptait" dénonce le jeune homme. "La seule fois où j'ai été en Turquie, c'est il y a 6 mois pour enterrer mon père. Nous ne parlons ni turc, ni kurde. Notre pays c'est la Belgique", insiste-t-il.

Un système d'asile au service du système économique

Cette politique d'asile dont est victime la famille Agaoglu n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans une politique d'asile globale de l'Union Européenne pour les travailleurs qui ne sont pas "hautement qualifiés" à qui est fourni un titre de séjour suivant leur permis de travail. Cette procédure appelée « guichet unique et droits » adoptée fin 2011 simplifie et accélère les procédures pour les migrants de pays tiers venus résider et travailler dans l'Union. Une même procédure traite similairement la demande de permis de séjour et de travail dans tous les états, qui décident ensuite de la durée et des conditions de renouvellement et d'annulation des permis.

Ceux-ci donnent le droit aux ressortissants de pays hors Union-Européenne d'entrer et vivre dans l'état qui a délivré le permis et transiter par les autres pays-membres. Cette procédure unique a pour but d'uniformiser les droits de ces étrangers qui travaillent légalement en Europe (comme le père de la famille Agaoglu) et de fournir les mêmes droits minimums concernant leur travail (droit d'affiliation à un syndicat, droit à l'éducation et à la formation professionnelle, la sécurité sociale, etc.).

Sauf que l'on observe une inégalité de fait entre les travailleurs nationaux et étrangers: la directive européenne ne prévoit rien sur les conditions d'octroi des permis de séjour, ceux-ci sont délivrés par les états-membres en fonction justement du permis de travail (qui lui-même est obtenu en fonction d'un emploi déterminé). Ceci crée un lien de dépendance entre le travalleur étranger par rapport à son employeur, qui sait que si il le licencie, il risque de perdre son permis de travail, et donc son permis de séjour.

Ainsi, ce système pousse les travailleurs étrangers à accepter n'importe quel conditions de travail, à être moins revendicateurs, ce qui permet à l'employeur de faire d'autant plus de profits sur leurs dos. Ensuite, ceux-ci servent à faire pression sur le reste du monde du travail pour abaisser les conditions de travail globales de tous les autres travailleurs[2]. Ces procédure d'asile voient les gens non pas comme des gens qu'il faut accueillir pour respecter les droits humains mais comme de la main-d'oeuvre bon marché exploitable sur le marché du travail en Belgique. Si des familles immigrées ne sont pas "rentables" pour une raison ou l'autre, ils sont jetés dehors ou placés dans l'illégalité. C'est une procédure avant tout destiné à servir les entreprises belges dans leur quête de profit, y compris en exploitant des travailleurs précarisés et dépendants comme le père de la famille Agaoglu.

Les étudiants se bougent pour l'octroi d'un permis de séjour

Cette injustice a poussé certains acteurs à soutenir la famille Agaoglu. Ainsi, la pétition du Conseil des étudiants de l'HELMo (AEH) a déjà été signée près de 5000 fois depuis le 17 octobre. Le conseil étudiant a déclaré son soutien à la famille dans sa lutte pour l'obtention d'un titre de séjour. Des professeurs et amis de classe des enfants ont également témoigné leur solidarité à la famille.

Avec Comac, nous estimons que cette famille a le droit de rester vivre en Belgique et d'entamer une procédure de régularisation.


Pour signer la pétition: http://www.petitions24.net/contre_lexpulsion_de_deux_etudiants_de_helmo

[1] Le 27 janvier 2010, une fuite de gaz avait causé une violente explosion dans un immeuble de la rue Léopold à Liège. 14 personnes sont décédées cette nuit là et de nombreuses autres blessées, traumatisées ou sans domicile, dont la famille Agaoglu.

[2] Pour en savoir plus, voire Etudes Marxistes n° 102.

http://www.marx.be/fr/content/asile-contr%C3%B4le-des-fronti%C3%A8res-et...

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