La campagne « Fossil Free » arrive sur nos campus

Le mouvement climatique n'a pas fini de faire parler de lui. La campagne Fossil Free est l'un de ses nouveaux chevaux de bataille et arrive à présent sur nos campus. Cette campagne, qui a démarré aux États-Unis, vise à désinvestir dans les énergies fossiles afin de sauver le climat. Sur le campus de l'université de Gand, c'est la plateforme UGent1010 (voir encadré) qui lance « Fossil Free Gent ». Leur nouveau président Bakou Mertens a pris le temps de répondre à nos questions.

Peux-tu expliquer à nos lecteur·trice·s en quoi consiste la campagne « Fossil Free » ?

Bakou Mertens. Fossil-Free s'inscrit dans la campagne internationale Divestment. Cela signifie désinvestir dans l'industrie fossile. Elle se traduit à de très nombreux niveaux, depuis des fonds de pension jusqu'à des gouvernements en passant par les universités. L'idée est de pousser un maximum d'institutions à désinvestir leurs fonds du secteur de l'énergie fossile. Il y a actuellement chaque année 5,6 trillions de dollars investis dans l'extraction des énergies fossiles. Mais depuis 2011, le mouvement « Divestment » a déjà réussi à désinvestir 3,4 trillions de dollars. C'est une victoire énorme des citoyen·ne·s.

Pour quelles raisons faut-il désinvestir dans les énergies fossiles ?

B.M. Il existe trois types d'arguments. Le premier est d'ordre moral. Si nous voulons sauver le climat, nous ne pouvons tout simplement plus continuer à investir dans l'industrie fossile. Ensuite, il y a l'argument politique qui consiste simplement à demander aux décideurs de respecter leurs engagements envers le climat. Que ce soit les gouvernements lors du dernier sommet climatique ou l'UGent qui a fait de la durabilité l'une de ses images de marque. Enfin, il y a l'argument économique selon lequel les énergies fossiles ne seront plus rentables à l'avenir.

À propos de ton argument politique justement, l'accord climatique conclu lors de la COP21 n'a-t-il pas permis de sauver le climat ? Le président de la COP21, Laurent Fabius, avait en effet conclu le sommet en félicitant les 150 chefs d'État et de gouvernement d'être parvenus à un « projet d'accord ambitieux » ayant pour objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Pourquoi cette campagne reste-t-elle alors encore nécessaire ?

B.M. La COP21 a été un acte symbolique important, en termes de principes qui y ont été acquis. Par exemple, la décision de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré est un signal fort. Mais le problème c'est que, si on regarde les mesures proposées pour atteindre cet objectif, nous allons en réalité tout droit vers un réchauffement de 3,5 degrés. Une catastrophe ! Au niveau mondial, les subsides gouvernementaux versés à l'industrie fossile restent encore quatre fois plus importants que dans les énergies renouvelables. Ceci ne fait que démontrer que nous devons continuer à mettre la pression pour que les principes acquis lors de ce sommet climatique soient respectés et concrétisés. En ce sens, l'accord de Paris ne signifie pas la fin du combat climatique, mais seulement le début.

« Les subsides gouvernementaux versés à l'industrie fossile sont quatre fois plus importants que dans les énergies renouvelables. »

Où en est la campagne Fossil Free en Belgique ?

B.M. En Belgique c'est assez nouveau. Ce mouvement a démarré aux États-Unis et en Angleterre et se propage à présent partout, de l'Amérique latine à l'Europe en passant par la Chine. Ce mouvement est occupé à grandir au niveau mondial. De plus en plus de gens ont conscience qu'on ne peut plus continuer à investir dans les énergies fossiles. En Belgique, cela se développe sur plusieurs campus à la fois : cela se lance déjà à l'ULB, la KUL et l'ULg. À Gand, nous avons lancé « Fossil Free Gent » depuis plusieurs mois maintenant.

Ces derniers mois, UGent1010 a en effet beaucoup discuté avec les autorités de l'université de Gand. Comment se sont déroulées ces discussions jusqu'à présent ?

B.M. Cela fait en effet plusieurs mois que nous discutons au sein des organes de l'université, notamment avec Jeroen Vanden Berghe, membre de la direction journalière en charge de la direction administrative, technique et financière de l'université. Au fil des discussions, il devenait de plus en plus clair que les finances de l'UGent étaient... disons vraiment louches (rires). Il y avait une certaine ouverture pour en discuter, mais il est vite devenu clair que les autorités ne voulaient pas pousser l'affaire trop vite. C'est là qu'on s'est dit qu'il fallait sortir cette histoire des organes de l'université, car on ne peut plus se permettre d'attendre. On veut continuer à travailler au sein des organes, mais en faisant pression de l'extérieur aussi.

Est-ce que vous savez où UGent investit précisément ses fonds ?

B.M. On a effectivement reçu des chiffres, mais pas tous (rires). L'université de Gand à un pot de 230 millions d'euros qu'elle investit dans 3 banques : BNP-Paribas, KBC et Belfius, avec un taux d'intérêt élevé, entre 7 et 9%. Or, nous savons que toutes ces banques-là investissent dans les énergies fossiles.

Jeroen Vanden Berghe nous a dit avoir négocié un nouveau deal avec 2 des 3 banques. Dans l'une des banques, rien ne sera plus investi dans les énergies fossiles et dans une autre 1,2%. Cela reste cependant problématique à trois niveaux. Premièrement, on n'a reçu aucun chiffre pour la 3e banque. Pourquoi ne peut-on pas les voir ? Deuxièmement, on ne parle ici que de l'extraction directe des énergies fossiles. Tout le reste de la chaine de production liée à l'énergie fossile comme les raffineries, etc. n'est donc pas concerné. Pourquoi ne peut-on pas avoir accès aux chiffres concernant l'ensemble des investissements ? Enfin, l'université de Gand publie dans ses rapports officiels que ses investissements sont 100 % durables, alors même qu'il y a encore au minimum 1,2% qui sont investis dans l'extraction directe des énergies fossiles. Cela ne va pas de communiquer qu'on est 100 % durable si on ne l'est pas.

Quels sont vos plans à présent ?

B.M. Nous voulons augmenter la pression sur les autorités en sensibilisant un maximum d'étudiant·e·s, via les journaux étudiants, en allant speecher dans les auditoires et sur les réseaux sociaux. On a également lancé une pétition et on prévoit une première action ludique dans le rectorat dans les semaines à venir.

On veut également agir au niveau individuel en demandant aux étudiant·e·s de retirer leur argent des grandes banques qui investissent dans l'industrie fossile. Un compteur sera mis en ligne sur notre site, afin de comptabiliser l'argent retiré par chaque personne. Chaque personne pourra y introduire la somme d'argent qu'elle a retirée d'une banque investissant dans l'industrie fossile.

Comment estimez-vous vos chances de succès ?

B.M. Ce sera un projet de longue durée. Mais on pense qu'on peut vraiment faire changer les choses. Notre société est basée sur le profit et le pessimisme est très présent parmi les gens mais je suis convaincu qu'on peut changer les choses. Et ici, à l'université de Gand, les étudiant·e·s peuvent avoir un impact sur la politique de leur université. Tous les mouvements sociaux ont toujours un impact sur la société. Même si cela ne se voit pas toujours dans l'immédiat, cela peut déjà faire changer les choses dans l'esprit des gens et c'est finalement ça le plus important.

« Tous les mouvements sociaux ont toujours un impact sur la société. »

UGent1010, c’est quoi ?

UGent1010 est un groupe d'étudiant·e·s qui s'engage pour un futur durable. Nous nous concentrons en premier lieu sur l'Université de Gand et ce parce nous croyons et remarquons qu'en tant qu'étudiants de cette même institution, c'est de cette manière que nous pouvons être efficace et avoir de l'impact. C'est ainsi que nous avons pu dégager une série d'objectifs prioritaires et de propositions.

UGent1010 a deux objectifs généraux. Nous cherchons d'une part à travailler de manière active à la sensibilisation des étudiant·e·s. Cela va de l'organisation d'un ciné-débat, d'une conférence à des actions de visibilité dans les restaurants étudiants.

D'autre part on se positionne en faveur d'une diminution rationnelle de l'impact de l'Université sur l'environnement. Là-dessus nous travaillons en partenariat avec le service "environnement" de l'Université, les commissions facultaires, etc.

Cela va de soi que ces 2 aspects de notre travail se renforcent l'un l'autre. En tant qu'institution du Savoir, l'UGent joue évidemment un grand rôle d'exemple. Une université durable est donc précieuse à deux titres.

Par ailleurs, plus nombreux·ses sont les étudiant·e·s sensibilisé·e·s, plus la pression pour que l'Université mette en place des changements significatifs est grande.

UGent1010 n'est pas la seule organisation écologique à Gand, en Belgique ou dans le monde. Il y en a une multitude d'autres. C'est pour cela que nous accordons énormément d'importance à travailler autant que possible en partenariat avec d'autres organisations, apprendre d'elles et s'en inspirer.


 

  1. UGent1010 contre le TTIP et le CETA

UGent1010 était également présent lors de la dernière manifestation contre le TTIP. Pour quelles raisons ?

B.M. : UGent1010 était en effet présent à la manifestation fin septembre contre le TTIP. Le TTIP et le CETA vont directement à l'encontre des principes votés lors de la COP21. Chapeau au mouvement qui s'est développé en Wallonie. En Flandre le mouvement est malheureusement moins fort, mais beaucoup de gens actifs sur la question du climat se mobilisent également contre ces traités. [Plus d'informations sur le CETA plus loin dans ce numéro]


 

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