Face aux inégalités, un enseignement gratuit et accessible à tous

Le 17 novembre, pour la journée internationale des étudiants, une plate-forme contre la précarité étudiante appelle à manifester afin de dénoncer la précarité grandissante des jeunes aux études, et proposer des alternatives. Pour lutter contre les inégalités sociales, Comac propose un enseignement gratuit pour un droit à l’éducation pour tous.


L’enseignement toujours plus inégalitaire

Dans notre société, les enfants dont les mères sont diplômées de l’enseignement supérieur représentent 12,7% de la population1. Sur les campus universitaires, ils représentent 74% des étudiants de BA12. D’un autre côté, les enfants issus d’un milieu ouvrier représentent 69% des jeunes en âge d’aller dans l’enseignement supérieur, mais ne sont que 26% inscrits, et encore beaucoup moins à terminer avec un diplôme3. Nombreux sont les chiffres qui démontrent que les enfants de classes défavorisées n’ont pas les mêmes chances que les jeunes des classes favorisées d’avoir accès et de réussir leurs études dans le supérieur.


La lutte contre la précarité étudiante: un choix politique

L’une des raisons principales des inégalités d’accès à l’enseignement sur laquelle il est possible d'agir directement et rapidement au niveau de l'enseignement supérieur est le coût élevé d’une année d’étude. En 2011, une étude de la FEF (Fédération des Etudiants Francophones) a évalué qu’une année dans le supérieur universitaire pour un étudiant kotteur représente près de 10 000 euros (nourriture, logement, transport, minerval, livres et syllabus, etc.)4. Un prix élevé qui fait réfléchir à deux fois les familles populaires: « Je vis seul avec ma mère, malade de longue durée. Elle a été forcée de travailler à nouveau pour que je puisse faire des études. Mais c’est un choix difficile: je n’ai pas le droit à l’erreur et je dois travailler à côté sinon c’est impossible de tout payer » témoigne Julien (Master en médecine à l‘ULB, nom d’emprunt). Ces sacrifices ne sont pas toujours possibles et de nombreuses familles n’ont pas les moyens de payer à leurs enfants des études. Ainsi, 50% des étudiants travaillent comme jobbiste pour payer leurs études ou s’inscrivent au CPAS. En Belgique, depuis ces 15 dernières années, le nombre d’étudiants au CPAS a été multiplié par 7, de 3 654 à 27 1335.

Les publicités du site RichMeetBeautiful.be, installées aux abords des universités et intitulées "Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie, sortez avec un sugar daddy", incitant à la prostitution étudiante avec une image des plus explicites illustre la précarisation grandissante des étudiants : en Belgique, près de 1800 étudiants se prostituent, principalement pour payer leurs études.

Et ce n’est pas la politique du ministre de l’enseignement supérieur de Communauté française Jean-Claude Marcourt (PS) qui améliore quoi que ce soit. En décembre 2016, il instaure une modification de l’octroi des critères de bourse : chaque famille ayant des revenus inférieurs à un certain palier est automatiquement suspectée de fraude et le ou les étudiants du foyer ne peuvent avoir accès à une bourse6. Des milliers d’étudiants ont donc vu leur bourse refusée.

Aujourd’hui, on ne peut que constater un manque de volonté du pouvoir politique à apporter une solution à ces inégalités. Ils réduisent les budgets d’un enseignement déjà sous-financé (depuis 1970, la part de moyens investis dans l’enseignement en proportion du nombre d’étudiants a été divisée par 2), impactant l’accès aux études, ces coupes étant réalisées dans les budgets des bourses d’aide à la réussite.

Un enseignement au service des entreprises et pas des besoins de la société

La déclaration de Bologne explique ces politiques actuelles: leur objectif est de « rendre les universités et écoles supérieures européennes plus compétitives et plus attrayantes vis-à-vis du reste du monde » et de veiller à ce que l'enseignement « réponde aux besoins d'un marché du travail en pleine évolution »7. Les entreprises européennes ont d'une part besoin d'une main d’œuvre formée aux nouvelles technologies, flexible et peu rémunérée et d'autre part d'avoir quelques universités d'élite à la pointe de la technologie avec les meilleurs chercheurs et étudiants.


Une vision individuelle et élitiste de l’enseignement

Concernant manque de moyen dans l’enseignement, les tenants d’une vision élitiste d’une éducation “à l’américaine” prennent ce prétexte pour augmenter le minerval: il n’y a pas assez d’argent, prenons-le dans la poche des étudiants. Ainsi, Dirk Van Damme, l'un des directeurs belges de l'OCDE8, estime que la récente augmentation du minerval en Flandre (passé de 500 à 890 euros) était “peanuts”9. Ces acteurs défendent l’enseignement comme privilège qu’il faut mériter, dans lequel il faut investir comme capital “humain”. Celui qui fournira les efforts suffisants pourra, diplômé, faire valoir cet investissement qui rapportera plus que son “capital de départ”. C’est ce qu’estime l’ancien recteur de l’UNamur, Yves Poullet, pour qui il “faudrait bien à un moment donné augmenter le minerval”10, reprenant la vision individualiste de l’enseignement, où l’étudiant est seul responsable de son échec et sa réussite.


La gratuité du minerval pour une accessibilité réelle

Les chiffres précédents démontrent que les causes de l’échec à l’université sont d’abord issues des inégalités sociales, et non pas d’une responsabilité individuelle. Ceux qui n’ont pas les moyens au départ d’investir dans leur formation n’y ont simplement pas accès.

En 1983, la Belgique ratifiait le Pacte de New-York, stipulant que « l’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité […] par l’instauration progressive de la gratuité ». Près de 35 ans plus tard, avec un PIB deux fois supérieur à celui d’alors11, le minerval est toujours une barrière objective à un enseignement démocratique. Face aux inégalités sociales grandissantes, la gratuité du minerval ferait tomber une grande barrière à l’accès aux études. Une mesure concrète évaluée à 400 millions d’euros d’investissement par an pour l’ensemble des étudiants belges. Dans un pays qui a décidé d’investir d’ici 2030 15 milliards d’euros pour acheter des avions de chasse à portée nucléaire, il s’agit d’une question de choix politique. La gratuité permet de garantir le droit à l’éducation comme droit collectif, pour tous, à l’opposé de la vision libérale d’une éducation comme privilège individuel.

Avec la plate-forme étudiante contre la précarité, Comac sera présent le 17 novembre pour se mobiliser. Rendez-vous dès 14h Gare Centrale à Bruxelles pour le départ de la manifestation.

   

   1. Enquête sur les Forces de Travail, SPF économie, 2011.

   2. Enquête UCL & ULB, 2011-2012.

   3. Enquête sur les Forces de Travail, SPF économie, 2011.

   4. http://fef.be/2011/12/01/cout-et-qualite-des-etudes-superieures-lenquete...

   5. http://fef.be/2017/09/15/aides-sociales-quels-sont-tes-droits/

   6. http://plus.lesoir.be/77494/article/2017-01-13/trop-pauvre-pour-pouvoir-...

   7. http://ec.europa.eu/education/policy/higher-education/bologna-process_fr

   8. L'OCDE     = l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques,     qui rassemble les pays riches

   9. http://www.demorgen.be/binnenland/-er-moet-bespaard-worden-op-het-secund...

  10. http://www.lalibre.be/actu/belgique/a-un-moment-donne-nous-devrons-arriv...

  11. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeT...

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