Double cohorte : De Block nuit à la santé publique

1. Des centaines d'étudiant.e.s attendu.e.s pour manifester

 

Ce vendredi 20 octobre, des centaines d’étudiant.e.s sont attendues à la gare centrale pour manifester (http://www.lavenir.net/cnt/dmf20171020_01073231/medecine-manifestation-d...). Cette manifestation, appelée par de nombreuses organisations étudiantes, critique la gestion faite par nos dirigeant.e.s de la fameuse double cohorte.

 

Depuis le passage d'un cursus de médecine en 7 ans à un cursus en 6 ans (2011) afin de mieux correspondre aux normes européennes, tou.te.s les acteur.rice.s concerné.e.s savent que deux promotions seront diplômées au même moment en 2018. Or, ces deux promotions devront effectuer leurs stages de spécialisation en même temps, ce qui veut dire qu'il y aura beaucoup plus de stagiaires que les années précédentes pour un nombre similaire de places. La commission de planification estime le manque de places de stage à 1200. De plus, même avec suffisamment de places de stages, nos institutions manqueraient de moyens pour rémunérer l’ensemble des assistant.e.s.  Une situation absurde puisque notre pays est actuellement en pénurie de médecins.

 

Comac soutient les revendications de la manifestation :

  • Une augmentation des places de formation et un maintien de sa qualité
  • Une place d’assistanat pour chaque diplômé en 2018
  • Une révision des critères de maîtres de stage
  • Le maintien de la formation de médecine générale en 3 ans
  • Une augmentation des bourses de recherche
  • Un financement suffisant des hôpitaux et de tous les lieux de stage à hauteur de leurs besoins

Nous aimerions par ailleurs entamer une réflexion par rapport à d’autres sujets, directement ou indirectement liés à la double cohorte, et extrêmement importants :

               2.           Burn-out, pénurie, sous-financement et qualité de la formation

Les assistant.e.s (ou PG: post-gradué.e.s)  sont surchargé.e.s de travail. De plus, chaque PG est obligé.e de signer un “contrat” stipulant qu'il/elle accepte de travailler en moyenne 60h/semaine avec des pics de 72h/semaine sans récupération. Avant ce contrat, la loi permettait qu’ils/elles puissent travailler 48h/semaine avec des pics de maximum 60/h, ce qui était bien au-dessus des 38h/semaine légales en Belgique.

Les autorités hospitalières et académiques se justifient en disant que pour que le/la PG ait une formation de qualité, il faut qu’ils/elles fassent un certain nombre d’”actes techniques” durant leur formation, ce qui nécessiterai beaucoup d'heures de travail. Cet argument ne tient pas la route. Avoir une formation de qualité passe surtout par un encadrement adéquat de la part des résident.e.s, du temps pour faire des recherches scientifiques et approfondir certains sujets, ainsi que par un espace de collaboration et d'entre-aide entre les PG. Tous ces aspects manquent cruellement à leur formation.

En revanche, en faisant travailler un.e PG pour deux, on masque la pénurie criante de médecins dans les hôpitaux. Cette pénurie est dénoncée depuis longtemps par les acteur.rice.s sur le terrain et le cadastre dynamique des deux côtés de la frontière. Plus des 2/3 des médecins actif.ve.s actuellement ont plus de 45 ans.[4]

Ensuite, le salaire des PG est assumé soit par le/la maîtr.ess.e de stage soit par l’hôpital. Dans un contexte de sous-financement des établissements, il est inenvisageable d'engager un nombre suffisant de nouveaux.elles PG avec ce mode de rémunération.

Ces éléments impactent la qualité de la formation. En effet, avec tout le travail qu'il/elle a à abattre pour combler la pénurie, un.e PG ne peut pas se former correctement. C'est d'autant plus difficile en n'ayant aucune vie sociale et en étant constamment fatigué.e. Pour beaucoup, le burn-out  menace à tout instant, menant jusqu'à arrêter la médecine.

Nous sommes donc face à un paradoxe : il manque de places de stage pour la double cohorte alors que les PG se tuent à la tâche au détriment de la qualité de leur formation. Réduire le temps de travail des PG permettrait de débloquer des places de stage.

 

               3.           Pénurie et sélection durant les études

Le burn-out[5] n’est pas un problème touchant que les médecins et les assistant.e.s. Ce phénomène existe dès les études de médecine. Le rôle des facultés de médecine dans le taux de burn-out chez les futur.e.s/jeunes médecins a été établi par plusieurs études.[6]

L’isolement, la compétition, des responsabilités trop élevées par rapport aux compétences et une charge de travail trop importante sont tous des facteurs de risques importants de la dépression et du burn-out.[7];[8] Or, depuis plusieurs années, les études de médecine deviennent de plus en plus éprouvantes, au point de parler d'une véritable sélection au fur et à mesure des études. Même durant les dernières années, des étudiant.e.s parfois brillant.e.s abandonnent sous la pression. Cela sans parler de la sélection au début des études (concours et/ou examen d'entrée).

Une réduction du temps de travail des PG permettrait d'absorber la double cohorte en 2018, mais cela mettrait en évidence la pénurie de médecins les années suivantes. Une bonne occasion de prendre ce problème en main une bonne fois pour toute et de réorganiser les études de médecine par rapport aux besoins de la société. Cela voudrait dire :

-          En finir avec la sélection et garantir une formation de qualité orientée vers la réussite pour un maximum d'étudiant.e.s.

-          Promouvoir les spécialités en pénurie, telles que les urgences, la gériatrie ou encore (et surtout) la médecine générale.[9]

 

               4.           Le financement

Toutes ces mesures demanderaient des moyens financiers. Plutôt que de réaliser des économies sur le dos des patient.e.s et du personnel, comme c'est le cas à l'heure actuelle, nous proposons deux initiatives pour limiter le gaspillage et investir l'argent dans l'intérêt du plus grand nombre.

A.      Économiser sur les salaires des spécialistes

Les salaires des spécialistes s'élèvent en centaines de milliers d'euros par mois (jusqu'à 640 000€ bruts/an pour un.e néphrologue !).[10];[11] Le système de payement à la prestation permet aux spécialités utilisant de technologies onéreuses (ex : les radiologues) d'engranger une rémunération substantielle. Pourtant, la profession de médecin, en comparaison à d'autres métiers, est intrinsèquement motivante (par exemple grâce au service rendu à des personnes dans le besoin). Les honoraires exorbitants ne sont donc pas nécessaires.

En généralisant le système de paiement des hôpitaux universitaires (qui constitue une rétribution tout à fait confortable) et en mettant fin au paiement à la prestation, notre assurance maladie pourrait économiser 2,8 milliards d'euros.[12]

B.      Le modèle Kiwi

Le modèle Kiwi a été développé en 2004 par Dirk Van Duppen (Médecine Pour Le Peuple - MPLP) afin de diminuer le prix des médicaments pour les patient.e.s et pour l’État. Cela dégagerait de l'argent qu'on pourrait investir ailleurs.

Comment ça marche ? Il s’agit d’un système d’appel public d’offre pour les médicaments. Concrètement, l’État demande aux entreprises pharmaceutiques qui produisent le même type de médicament de faire une offre de prix. L’État ne rembourse alors que le médicament le moins cher.[13]

C’est comme cela qu’aux Pays-Bas, les médicaments sont trois, quatre, voire cinq fois moins chers qu’ici. Il en va de même en Nouvelle-Zélande, où le modèle a été conçu et est appliqué depuis 1993. En appliquant le modèle Kiwi, la sécurité sociale pourrait économiser 1,5 milliards d'euros.[14]

A l'heure actuelle, c'est pourtant dans le sens inverse que De Block se dirige puisqu'elle a récemment augmenté le prix de médicaments tels que des inhibiteurs de la pompe à protons comme l’oméoprazole (très utilisé dans le reflux gastro-oesophagien) et certains antibiotiques.

               5.           L'union fait la force

Maggie DeBlock ne s'engagera pas de gaieté de cœur dans cette direction. Toutefois, les faits convergent dans notre sens. C'est notre système de soins de santé, donc la santé de la population, qui est en jeu. Il est grand temps de faire entendre nos voix, au nord comme au sud du pays. Le CP en front commun de mai dernier était une première étape pour faire plier la ministre. La lutte engagée par les travailleur.euse.s du secteur non-marchand ces derniers mois également. Continuons à agir de manière unifiée pour forcer le débat de fond et imposer la prise en compte des intérêts du plus grand nombre.

 

[1]http://vgso.be/persbericht-dubbele-cohorte/

[2]http://fef.be/wp-content/uploads/2017/05/2017.05.18-DP-M%C3%A9decine-.pdf

[3] Liste des signatair.ric.es : cf. note de bas de page n°2.

[4] http://www.lalibre.be/actu/belgique/medecine-generale-le-cadastre-confir...

[5] La Presse Médicale. Vol 33, N° 6  - mars 2004. p. 393

[6] http://internat.martinique.free.fr/biblio/rapport_burn_t_medecin_ca.pdf

[7] Kains E, Piquard D. Le burn-out de l’étudiant en médecine. ULB, 2 D.M.G.-ULB

[8] http://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/186586

[9] https://kce.fgov.be/fr/publication/report/m%C3%A9decine-g%C3%A9n%C3%A9ra...

[10] https://kce.fgov.be/sites/default/files/page_documents/KCE_229_Hospital%...

[11] http://kce.fgov.be/sites/default/files/page_documents/KCE_178C_manual_pr...

[12] http://ptb.be/articles/la-sante-sous-la-loupe-propos-des-specialistes-ch...

[13] https://www.gvhv-mplp.be/index.php/fr/12-nieuws-nouvelles/586-le-modele-...

[14]https://ptb.be/articles/comment-le-gouvernement-nous-fait-payer-un-demi-...


Cet article est une version actualisée d’un article déjà paru en mai 2017 sur la question. L’article originel faisait suite à un communiqué de presse en front commun d’un nombre conséquent d’acteur.rice.s flamand.e.s et francophones. Vous pouvez trouver cet article ici : http://www.comac-etudiants.be/articles/double-cohorte-de-block-nuit-la-s...

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