Contre l'augmentation du minerval pour les étudiant.e.s étranger.e.s

Le 20 avril prochain, des actions sont prévues sur plusieurs campus de Belgique pour lutter contre la hausse du minerval des étudiant-e-s hors Union Européenne. En utilisant l’équité comme fausse excuse, la majorité PS-CDH et les recteurs font le choix d'une mesure discriminatoire qui menace  l’accessibilité et pousse vers l'élitisation de notre enseignement supérieur. Comac soutient ces actions et appelle à la mobilisation contre une mesure injuste et dangereuse.

Le 24 mars dernier, les recteurs des universités de la FWB ont décidé de maintenir, malgré les protestations d’étudiant-e-s sur place, l’augmentation du minerval pour les étudiant-e-s des pays en voie de développement. Les étudiant-e-s en provenance de ces pays (dont par exemple le Maroc, la Turquie ou encore la Palestine) devront payer 4175€ de droits d’inscription au lieu des 2758€ précédemment demandés, soit une augmentation de plus de 50%. Mais la modification du décret Paysage, votée l’an dernier par la majorité PS-CDH, prévoit que ces frais d’inscriptions puissent grimper jusqu’à 12.525€ de frais, soit 15 fois le minerval normal. De nombreux-ses acteurs-trices et associations (dont Comac) avaient déjà à l’occasion signé une carte blanche pour dénoncer cette mesure antisociale et dangereuse en novembre dernier dans la Libre Belgique [1].

Derrière la fausse excuse de l’équité, une mesure antisociale

D’après les recteurs, ce n’est pas une question d’argent, mais d’équité. Les universités ne reçoivent pas de subventions pour ces étudiant-e-s, il serait donc normal que ceux-ci payent plus. Mais où est l’équité quand cette mesure revient en fait à exclure des étudiant-e-s du système ? Il est clair que pour beaucoup d'étudiant-e-s étranger-e-s, payer 4.000€ de minerval sera tout simplement impossible. Les premiers effets se sont d’ailleurs déjà fait sentir. D’après un membre du Cercle des étudiants camerounais de l’ULB, « on ressent une baisse drastique des étudiants issus des pays plus pauvres, comme le Cameroun » [2]. Sous couvert d’équité, on ferme donc surtout la porte de notre enseignement supérieur à un grand nombre des habitant-e-s de ces pays.

Donner d’une main ce qu’on prend de l’autre

Dans les faits, le coût pour les établissements de l’accueil de quelques étudiant-e-s étranger-e-s est marginal. On parle de 6 à 9.000 étudiants sur les 144.000 de la Communauté Française, cela veut dire 5 étudiant-e-s sur un auditoire de 100 personnes. L’augmentation imposée est de très loin supérieure au coût occasionné par leur encadrement ou la construction de locaux.

Les revenus engrangés par les universités sur base de cette mesure seront relativement faibles par rapport au budget total, mais elle leur permet d’aller chercher directement dans la poche d’une partie des étudiant-e-s de l’argent que le mouvement étudiant réclame depuis des années au gouvernement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette mesure faisait partie du projet de la loi sur le financement du ministre Marcourt, qui visait à refinancer l’enseignement supérieur (voir article de Comac à ce sujet en juin dernier). Sur les 7,5 millions accordés aux universités en 2016 dans le cadre de ce refinancement, on estime qu'environ 4 millions étaient issus de cette l’augmentation du minerval des étudiant-e-s étranger-e-s. Le gouvernement PS-CDH fait donc payer le coût de sa politique d’austérité et de sous-financement aux étudiant-e-s.

Une brèche dans l’accessibilité et une vision élitiste de l’enseignement

Cette mesure participe également à l’élitisation de nos universités. Les recteurs invoquent le fait que des frais d’inscription trop faibles rendraient les universités « peu crédibles » et pas assez attractives. Un argument qui n’est pas sans rappeler la multiplication des « advanced masters » ou des MBA à un prix exorbitant afin d’attirer des grandes entreprises et les plus riches, comme dans la faculté Solvay à l’ULB, qui a récemment ouvert une formation à 50 000 dollars [3]. Une pente glissante qui pousse notre enseignement supérieur vers un système à l’américaine, avec une éducation à deux vitesses qui exclut des meilleures formations (voire exclut tout court) les étudiant-e-s qui ne peuvent pas se les payer.

Non seulement cette augmentation est une discrimination inacceptable en soi, mais elle ouvre une nouvelle brèche dans l’accessibilité de notre enseignement supérieur. Aujourd'hui, le gouvernement augmente le minerval pour les étudiant-e-s étrangèr-e-s, et demain pour qui ? Au début de la législature le ministre Marcourt proposait déjà un minerval différencié, plus cher pour les étudiant-e-s les plus riches. Une tentative d’augmenter le minerval en le cachant sous un vernis social (voir http://ptb.be/articles/le-ptb-repond-marcourt-augmenter-le-minerval-n-es...). 

Comac s’oppose donc à l’augmentation de minerval des étudiant-e-s hors UE et sera présent aux actions prévues le 20 avril à Bruxelles et Louvain-la-Neuve aux côtés de nombreuses associations et cercles signataires, comme le CNCD-11.11.11, Oxfam ULB, le Cercle du Libre Examen ou encore la FEF. Ce n’est que par une mobilisation importante que les recteurs et le gouvernement reculeront. Mais plus largement, il est aujourd’hui nécessaire de continuer à lutter pour un réel refinancement public de notre enseignement supérieur.


[1] http://www.lalibre.be/debats/opinions/nous-sommes-contre-l-augmentation-du-minerval-des-etudiants-etrangers-a-4-175-5832baefcd70d913edcf4ada 
[2]  http://bx1.be/news/des-etudiants-protestent-contre-laugmentation-du-mine...
[3]  
http://www.lalibre.be/debats/ripostes/prets-a-payer-50-000-dollars-pour-...
[4]  
La liste complète est disponible sur https://www.facebook.com/events/643531412519618/

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