Cinq raisons de manifester contre Trump

Presque tous les jours, le président américain Donald Trump signe une loi aux conséquences négatives pour le peuple, le climat ou la paix dans le monde. Ses porte-parole, eux, ne craignent pas de présenter au monde des « faits alternatifs » (lisez : mensonges). Voici cinq raisons importantes pour aller manifester le 24 mai prochain contre la venue de Trump
en Belgique.

Les 24 et 25 mai prochains, Donald Trump viendra en Belgique dans le cadre d’un sommet de l’Otan à Bruxelles. Via Facebook, quelques étudiants de Gand ont lancé un appel à une marche de protestation. Cet appel a depuis reçu le soutien de nombreuses organisations et associations. Au journal télévisé de VTM, Natalie Eggermont, la porte-parole de la manifestation, a expliqué : « Nous voulons avant tout envoyer un signal fort comme cela a été le cas pour la Marche des femmes aux États-Unis. L’action, c’est la réaction, nous allons donc montrer qu’il y a encore des gens qui croient dans un avenir solidaire. » La marche aura lieu le 24 mai à 17 heures à Bruxelles. Les organisateurs décrivent la manifestation comme une « marche de protestation contre Trump et son gouvernement de milliardaires. C’est une marche pour la paix et contre les aventures militaires, pour la préservation de notre planète et de l’environnement, pour la défense des droits humains de TOUS, pour la lutte contre le sexisme, le racisme et les discriminations. »

1. Un gouvernement de milliardaires.

 

L’actuel gouvernement américain est le plus riche de tous les temps. Le milliardaire Trump et les membres de son cabinet possèdent ensemble 13,7 milliards de dollars. C’est 55 fois plus que le gouvernement de George Bush qui avait lui aussi été qualifié de « gouvernement de millionnaires ». C’est très parlant sur la vision du monde qu’ont les membres de ce gouvernement et sur les objectifs qu’ils visent. Presque tous les membres de ce gouvernement font partie du 1 % des plus riches : CEO, top-banquiers, riches généraux et même quelques multimilliardaires (le 0,001 % des plus riches !). Ils vont évidemment mener une politique servant leurs propres intérêts, aux dépens de ceux du 99 %. Ainsi Steve Mnuchin, ancien banquier chez Goldman Sachs et désormais secrétaire des Finances, va assouplir la régulation des banques. Le nouveau secrétaire des Affaires étrangères est quant à lui l’ex-CEO de la plus grande multinationale du pétrole au monde ExxonMobil, Rex Tillerson. Il a un jour résumé sa vision du monde de manière appropriée en disant « ma philosophie, c’est gagner de l’argent. »

Et gagner de l’argent, c’est précisément ce que va faire l’élite économique avec Trump au pouvoir. Le gouvernement de milliardaires veut diminuer pour la énième fois l’impôt des sociétés. Toutes sortes de régulations sociales et écologiques seraient supprimées pour laisser le champ libre aux patrons des entreprises. Les travailleurs seront le dindon de la farce et feront également les frais de la politique antisociale de Trump. Pour payer ses investissements à grande échelle dans l’infrastructure, l’armée et des projets insensés comme le grand mur à la frontière mexicaine, Trump veut imposer des économies pour le montant vertigineux de 10,5 trillions (dix mille cinq cents milliards) de dollars. Et, pour l’élite de Trump, le peu de protection sociale qui existe aux États-Unis, comme le salaire minimum et l’assurance-maladie obligatoire d’Obama, doit tout simplement être supprimée.

Dans le magazine The Nation, la journaliste Naomi Klein a comparé la présence de cette top-élite ultra-riche dans le gouvernement à un coup d’État : « Désormais, ils suppriment l’intermédiaire et font ce que tout grand chef fait quand il veut que quelque chose soit fait comme il l’entend : ils le font eux-mêmes. C’est Exxon qui est ministre des Affaires étrangères. C’est Hardee qui est ministre de l’Emploi. C’est General Dynamics qui est ministre de la Défense. Et, pour à peu près tout le reste, ce sont les types de Goldman Sachs. Après avoir privatisé l’État par petits morceaux pendant des décennies, ils ont décidé de s’emparer du gouvernement lui-même. La dernière frontière du néolibéralisme. »

2. La guerre.

 

Bien que les Américains consacrent déjà près de 600 milliards (!) de dollars par an à leur armée, soit 54 % du budget dont dispose le gouvernement, Trump veut encore y investir 500 à 1000 milliards supplémentaires. Ces énormes dépenses, Trump ne les fait pas par hasard. Si les Américains renforcent encore grandement leur immense armée, c’est bien pour l’utiliser. Il n’est donc pas étonnant que l’industrie militaire, entre autres, soutienne à fond la militarisation voulue par Trump. Pour les États-Unis, le défi consiste à rester la première puissance mondiale au moment où d’autres pays comme la Chine s’imposent de plus en plus comme puissances économiques et politiques dans le monde. Ces dernières années, la Chine a connu un développement économique rapide et a dépassé les États-Unis en tant que plus grand exportateur économique mondial.

Trump est opposé à la stratégie jusqu’à présent menée par Washington contre l’essor de la Chine. Il veut une approche bien plus agressive, avec des mesures protectionnistes pour bloquer les exportations chinoises. Une telle guerre commerciale fait évidemment très fortement augmenter les tensions, avec même le risque de provoquer une véritable guerre, ce qui déclencherait probablement une guerre mondiale. Il est à espérer que l’on n’arrive pas jusque là. Mais, entre-temps, Trump a également un autre projet pour l’armée américaine : une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Durant la campagne électorale, il a promis à plusieurs reprises de « s’emparer du pétrole de Daech ».

On sait que Washington pousse vivement les pays européens au sein de l’Otan, comme la Belgique, à consacrer davantage de moyens à la défense. Un ultimatum a déjà été lancé pour que tous les États-membres de l’Otan, dont la Belgique, augmentent considérablement leurs dépenses militaires pour atteindre au minimum 2 % de leur produit intérieur brut (PIB). Trump entraîne ainsi le reste du monde dans son dangereux plan de militarisation et de menace de guerre. Après la visite du vice-président Mike Pence à Bruxelles, le Premier ministre Michel a expliqué : « Il était bien informé et avait bien compris que nous avons la forte volonté politique d’en faire plus à l’avenir, mais il sait aussi que cela demande du temps. » Selon une estimation d’avant 2015, notre pays consacre 0,9 % du PIB aux « dépenses pour la défense » – un terme qui recouvre tant le budget de la défense que les pensions des militaires. Si la Belgique suit la volonté de Trump, elle devra ainsi doubler ses dépenses militaires, et notre gouvernement laisse entendre qu’il veut embrayer dans cette logique.

3. Le climat

Natalie Eggermont, de l’organisation Climate Express et organisatrice de la marche de protestation contre la venue de Trump en Belgique, a écrit à ce sujet un article pour la FGTB Métal : « On sait désormais que le président Trump constitue un danger pour le climat, qu’il est un négationniste climatique partisan du charbon, qu’il veut que les États-Unis se retirent de l’accord sur le climat et qu’il ne voit aucun problème à effectuer des forages pétroliers dans les parcs nationaux. Mais ce que l’on sait beaucoup moins, c’est que le sommet de l’Otan fournit lui aussi bien assez de raisons de manifester pour le climat. […] L’industrie militaire est une des industries les plus polluantes, produisant de gigantesques émissions de gaz à effet de serre (l’armée américaine que Trump veut encore développer est d’ailleurs le plus grand consommateur de pétrole au monde). […] Elle n’est pas seulement un utilisateur passif, mais aussi un défenseur actif et l’ange protecteur de l’industrie des carburants fossiles. Lors de la guerre en Irak, on vu par exemple que l’industrie militaire et celle de l’armement étaient des fervents partisans de l’intervention militaire. De manière générale, l’appareil militaire est très régulièrement utilisé dans le monde pour contrôler les territoires riches en pétrole et protéger les routes de transport de ce combustible. Aux États-Unis, l’armée est encore intervenue récemment pour étouffer les protestations pacifiques contre le pipeline dans le Dakota du Nord. »Outre la menace que Trump et son gouvernement font peser sur la paix mondiale, tous les peuples du monde ont de bonnes raisons de redouter leurs plans concernant le climat. En effet, si, d’ici 2050, nous n’effectuons pas un virage total vers une énergie plus propre et renouvelable, la planète se réchauffera de 4 à 6 degrés Celsius. Cela provoquerait une catastrophe mondiale irréversible avec des conditions météorologiques extrêmes et une dangereuse montée du niveau des mers et océans. Ce que concocte le gouvernement américain en matière de climat concerne donc tous les habitants de la Terre. En collaboration avec les plus grands pollueurs, des multinationales comme ExxonMobil – dont le CEO a carrément rejoint le gouvernement de Trump en tant que secrétaire des Affaires étrangères –, Trump veut supprimer de nombreuses règles de protection de l’environnement. Un des slogans de la campagne de Trump était Trump digs coal, Trump aime le charbon. Le charbon est une source d’énergie bon marché mais très polluante, à laquelle sont imposées des normes de plus en plus strictes. Pour le milliardaire Trump, qui place le profit au-dessus de l’être humain et de la nature, c’est une absurdité. Son programme électoral stipulait littéralement qu’il fallait utiliser « les 50 trillions de dollars que représentent les réserves américaines non encore exploitées en gaz de schiste, pétrole et gaz naturel, plus du charbon propre pour des centaines d’années ».

4. Les droits des femmes

Au plan des droits des femmes, c’est à un tempo record que Trump fait régresser la situation de plusieurs décennies. Ainsi, immédiatement après son entrée en fonctions, Trump a signé une loi interdisant que l’argent de l’État fédéral puisse être octroyé à des associations et ONG pratiquant des avortements ou diffusant de l’information à ce sujet. Il a aussi nommé comme juge à la Cour suprême Neil Gorsuch, un homme connu pour ses positions anti-avortement. Nous n’avons encore probablement vu que le sommet de l’iceberg. Le nouveau vice-président américain est Mike Pence, l’ancien gouverneur de l’Indiana. En tant que gouverneur, il a instauré une loi obligeant les mères à payer des funérailles au fœtus en cas d’avortement ou de fausse-couche. Dans une interview télévisée, Trump a lui-même déclaré qu’il estimait que les femmes qui avortent « doivent d’une manière ou d’une autre être punies ». De nombreuses Américaines n’ont toutefois pas l’intention de se laisser dépouiller de leurs droits. Le lendemain de la prestation de serment de Trump, des millions de femmes et d’hommes descendaient déjà dans la rue, aux États-Unis mais aussi dans le reste du monde, pour une Marche des femmes qui est devenue une manifestation gigantesque contre tout ce que Trump symbolise.

5. Diviser pour régner

Le véritable agenda de Trump est clairement de servir l’élite américaine. Mais, pour obtenir le soutien d’une partie de la population des travailleurs ordinaires, Trump fait tout pour se présenter comme une sorte de héros populaire qui va « rendre le pouvoir au peuple ». C’est pourquoi il cherche des boucs émissaires : les migrants, les réfugiés et les musulmans. C’est ce qu’il a fait durant sa campagne électorale et c’est ce qu’il continue à faire en tant que président. Trump reprend ainsi la politique de déportation qu’Obama avait interrompue en 2012, avec des conséquences dramatiques. Des familles sont déchirées, des parents séparés de leurs enfants. Trump a aussi tenté d’instaurer un « Muslimban ». Cette mesure empêche les ressortissants de sept pays musulmans de se rendre aux États-Unis. L’annonce de cette mesure a immédiatement entraîné le chaos dans de nombreux aéroports internationaux. Des compagnies comme KLM, EgyptAir et Qatar Airway ont refusé de transporter des passagers issus de ces sept pays. Des dizaines de personnes ont été arrêtées de manière arbitraire dans des aéroports américains, bien qu’elles disposent d’un visa en règle. En présentant tous les citoyens de ces pays comme des terroristes, Trump attise le racisme et la division dans la population et prépare les esprits pour une nouvelle guerre au Moyen-Orient
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