Appel à la résistance : les autorités de l'ULB veulent faire payer les cercles et tuer le débat sur le campus

Les autorités de l’ULB ont décidé, la semaine dernière, de rendre la location de locaux systématiquement payante, et d’en augmenter le prix. Les cercles devront donc payer pour réserver la plupart des auditoires afin d'y faire leurs conférences, ateliers, semaines culturelles, festivals estudiantins. Par exemple, avec ce nouveau système, la conférence sur l’écologie organisée par comac le 8 novembre dernier aurait dû couter plus de 400 euros, sans compter le matériel à louer (micro etc.) qui deviendrait lui aussi payant.

Tous les jours, de nombreuses activités ont lieu à l'ULB. La plupart du temps, ces événements sont organisés bénévolement par des étudiant·e·s qui prennent sur leur temps libre. Cet engagement permet à notre université de ne pas être qu'un lieu d'étude, mais également un lieu de démocratie, où la vie étudiante et le débat sont particulièrement développés, au bénéfice de tou·te·s.

Un frein à la culture et à la démocratie 

Or, l'immense majorité de ces cercles n'auront pas les moyens de maintenir leurs activités avec de tels tarifs : « Avec Comac, nous organisons presque chaque semaine une conférence, ou une activité, par exemple sur l’écologie, les réfugiés, le sexisme, le racisme,… des thèmes de sociétés qui concernent tout le monde. Avec cette augmentation, Nous ne pourrions plus organiser tout cela et nous ne sommes pas le seul cercle dans ce cas » explique Caroline De Bock, présidente de Comac ULB.

Si la disparition de la vie étudiante sur le campus est un problème en soi, se pose également la question de la démocratie. Cette problématique n'est pas neuve à l'ULB. En 2013 déjà, les autorités mettaient en place la réforme de la gouvernance, divisant les organes de gestion de l'université pour plus « d’efficacité » et de « démocratie ». La conséquence fut une baisse du nombre de représentant·e·s étudiant·e·s dans ces instances, ainsi qu'une restriction des débats à la faveur de la direction[1]. Laquelle, d'ailleurs, fut remaniée par la mise en place d’un directeur général de l’ULB : Michel Loebs, ancien CEO de la multinationale Chiquita Europe et de Pierre Gurdjian comme président du CA, ex-directeur général de la branche belge de McKinsey, multinationale de la consultance[2]. La gratuité des locaux est un principe démocratique fondamental qui est actuellement remis en cause. Pourquoi l’ULB met-elle tellement en avant l'engagement de ses étudiant·e·s et se décrit-elle comme « moteur permanent de réflexion, lieu de débat et d'opinions, foyer de créativité et de diffusion des connaissances»[3], si c'est pour ensuite limiter l'engagement ainsi que l’accès à la culture et au débat ? Année après année, l’université piétine ses valeurs de liberté de parole, de contestation, gagnées par les étudiants depuis Mai 68.

Un système qui favorise les sponsors et la rentabilité

Nous courons également le risque de voir les cercles avec le plus de moyens maintenir leurs activités alors que d'autres cercles devraient réduire les leurs. En effet, tous les cercles ne veulent pas être sponsorisés. Si des cercles deviennent dépendants d'entreprises privées pour proposer leurs activités aux étudiants du campus, sera-t-il toujours possible d'organiser une conférence à propos de l'influence des multinationales sur le réchauffement climatique ?

Seule alternative : faire payer les participant·e·s. Et ce alors que nous sommes dans un contexte où ceux et celles-ci sont de plus en plus précaires. En effet, le nombre de bénéficiaires du CPAS s’est multiplié par 7 en 15 ans[4]. Nous risquons donc de voir apparaître une inégalité dans l'accès aux différents événements sur le campus.

A Comac, nous considérons que l'université doit être un espace de débats sur le monde dans lequel nous vivons afin de développer des citoyens critiques qui puissent se mettre au service de la société.

Financer l’université via le public ou par les étudiants ?

L’ULB justifie sa décision par la nécessité de remplacer et entretenir le matériel audiovisuel, mais pour Comac, ce n’est pas aux étudiant·e·s de payer. Ou, plus précisément, de payer une deuxième fois, puisque ce sont déjà eux, ou leurs familles, qui financent l’université via leurs impôts et le minerval.

La jeunesse a besoin et a droit à un enseignement gratuit, public, de qualité et accessible à tous. L’université est un lieu d’émancipation et formateur de citoyen·ne·s, d’un esprit critique, via notamment l'engagement des étudiant·s ainsi que des débats accessibles et ouverts. On a droit à un débat et une vie culturelle riche qui ne se marchandise pas. Les locaux doivent donc être mis gratuitement à disposition des cercles.

On le sait, l'enseignement est sous-financé. Néanmoins, c’est une question de choix politique : récupérer quelques milliers d’euros via le prix des locaux ou investir des milliers chaque année dans la promotion de l’université.

Quelles perspectives ?

Suite à la mobilisation d’une centaine d’étudiant·e·s devant la réunion du bureau du CoA du 6 novembre, les étudiant·e·s ont obtenu que la note sur l’augmentation des tarifs soit suspendue en attendant une nouvelle discussion en CoA du 27 septembre. Mais pas de l’annuler. Le BEA, l’ACE et l’AIC rencontreront les autorités pour en discuter d’ici le 27 novembre. Il est donc nécessaire de se mobiliser ce jour-là pour refuser que les salles à l’ULB soient payantes.

L’histoire, ancienne et récente, le montre : la mobilisation permet d'obtenir des victoires. C’est en se mobilisant qu’on a obtenu, via de larges mouvements étudiants en 2009 le gel du minerval et sa gratuité pour les boursier·e·s. C'est également comme ça qu'on a obtenu, il y a deux ans, qu’il n’y ait pas de home à côté de la jefke comme initialement prévu par Immobel. C'est encore grâce à la mobilisation que nous avons pu empêcher McKinsey de s'installer à l'ULB l'année passée.

Cette fois encore les étudiants vont se mobiliser. Les autorités tentées de s'en prendre à l'engagement et au débat démocratique sur le campus n'ont qu'à bien se tenir !

[1] http://www.comac-etudiants.be/articles/grande-reforme-de-la-gouvernance-lulb-nest-pas-une-entreprise

[2]http://www.levif.be/actualite/belgique/nouveau-pdg-a-l-ulb-l-universite-une-entreprise-comme-une-autre/article-opinion-453409.html

[3]                  https://www.ulb.ac.be/ulb/presentation/ulb-4.html

[4] http://www.lalibre.be/actu/belgique/le-nombre-d-etudiants-au-cpas-multiplie-par-7-en-15-ans-594b5a0ecd70530690c09fe9

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